Biographie

d'Olivier Ledroit

 

"Un graphiste hors norme"

 
 
     
 
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Bibliographie d'Olivier Ledroit:

Les Chroniques de la lune noire (scénario de Froideval; Zenda, puis Dargaud)
T1 Le Signe des ténèbres (1989)
T2 Le Vent des dragons (1990)
T3 La Marque des démons (1991)
T4 Quand sifflent les Serpents (1992)
T5 La Danse écarlate (1994)

Xoco (scénario de Mosdi; Vents d'Ouest)
T1 Papillon obsidienne (1994)
T2 Notre Seigneur l'écorché (1995)

Sha (scénario de Mills; Soleil)
T1 The Shadow One (1996)
T2 Soul Wound (1997)
T3 Sould vengeance (1998)

La porte écarlate (scénario de Ledroit; Soleil)
T1 Les Irradiés (1998)
série inachevée.

Requiem (scénario de Mills; Nickel)
T1 Résurrection (2000)
T2 Danse macabre (2001)
T3 Dracula (2002)
T4 Le Bal des vampires (2003)
T5 Dragon Blitz (2004)
série prévue en 12 tomes
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Les Arcanes de la lune noire (scénario de Froideval; Dargaud)
Ghorghor Bey (2001)

L'univers féerique d'Olivier Ledroit (recueil d'illustrations; éditions Daniel Maghen)

 
 
 
 
 

Olivier Ledroit est né à Meaux en 1969. Quand il entame le parcours de L'école Duperrez (école supérieure des arts appliqués), il se destine à l'illustration. Mais dans les années 80, la littérature illustrée, et la littérature jeunesse, n'ont pas la cote: on est alors bien loin des futures Chroniques du bout du monde et autres Spiderwick qui décorent délicieusement les étals des libraires actuels. La bande dessinée? Là encore on est loin, à cette époque, de la fièvre de publication fantastique qui semble s'être emparée des éditeurs depuis une dizaine d'années. Pourtant, le dessin de Ledroit séduit immédiatement Guy Delcourt (des éditions du même nom) et François Froideval (alors maître à penser du jeu de rôle en France, et traducteur de suppléments de Donjons et Dragons).. Et puis à quelque chose malheur est bon: Froideval, qui écrivait alors un roman d'heroic fantasy, efface malencontreusement le fichier de son ordinateur… Il propose alors à Ledroit de reprendre ce scénario sous la forme d'une BD. Les Chroniques de la Lune noire voient le jour en 1989.

Cette série, en laquelle personne ne croyait, trouve un écho positif chez Zenda, une maison d'édition plutôt spécialisée dans les adaptations de comics américains que dans la bande dessinée francophone. C'est le début d'un énorme succès. La promotion auprès du public de rôlistes se fait notamment par l'entremise d'illustrations (posters) de Ledroit dans le magazine Casus Belli, un magazine dont Froideval était le créateur. Mais la série gagne rapidement un public qui déborde largement le cadre du jeu de rôle. Le dessin de Ledroit, neuf et baroque, s'accorde pleinement avec les envolées épiques de l'histoire de Froideval. Les deux auteurs ouvrent donc une brèche dans le paysage, ma foi plutôt conventionnel, de la BD française. Une brèche qui totalise aujourd'hui plus d'un million et demi d'exemplaires, excusez du peu!

Ledroit, en véritable métronome, dessine un album par an des Chroniques, jusqu'en 1992. Au fur et à mesure des tomes, son dessin devient plus mature, plus maîtrisé, mais il conserve toujours cette fougue juvénile et cette capacité unique d'outrance qui le caractérisent tant. Mais 1992, c'est aussi la mort de Zenda: après le rachat de la maison d'édition par Glénat (qui conserve un temps le nom Zenda comme édition et depuis pour une collection de fantastique), son catalogue est dispersé aux quatre vents, et Les Chroniques de la lune noire aboutissent chez Dargaud en 1994. La danse écarlate, le cinquième tome des Chroniques, que beaucoup considèrent comme le meilleur et qui aurait sans doute dû voir s'arrêter là la série, est le dernier opus dessiné par Ledroit, à qui la nouvelle tutelle éditoriale semble ne plus vraiment convenir.

Dès lors, Olivier Ledroit va souvent changer d'éditeur: il rejoint d'abord Vents d'Ouest pour qui il publie Xoco entre 1994 et 1995. Un thriller fantastique en deux tomes avec un scénario en béton de Thomas Mosdi. Peu après, il décide de s'associer à Pat Mills, un scénariste britannique qui s'était fait connaître à travers Judge Dredd et surtout Slaine. Ledroit ne le sait pas encore, mais cette association avec Mills va durer une dizaine d'années et n'est pas encore achevé à ce jour.

En 1996, la paire d'auteurs publie le premier tome de Sha chez Soleil. Une histoire de sorcière revenue se venger à travers le temps. L'histoire, prévue initialement en quatre tomes, offre un monde futuriste aux traits de Ledroit dont la maîtrise est éblouissante. Pour autant, la série ne remporte pas le succès commercial escompté par l'éditeur. Les relations entre les auteurs et Soleil s'effritent. On leur demande d'abréger Sha en trois tomes seulement… Pourtant, entre les deuxième et troisième tomes de Sha, Ledroit trouve le temps pour un projet en solo: La Porte écarlate, en 1998, la première BD (et seule BD à ce jour) pour laquelle il assume le dessin mais aussi le scénario. La série est prévue en deux tomes, mais ne fera pas non plus, long feu: malgré un scénario (librement inspiré de Planète pour hôtes de passage, une nouvelle de Philip K. Dick) et un univers parfaitement maîtrisés, le trait plus brouillon de cet album ne rallie le public habituel de Ledroit, et ce titre passera quasiment inaperçu.

L'arrêt prématuré de La Porte écarlate série sonne le glas des relations déjà conflictuelles entre Ledroit et Soleil. L'auteur et l'éditeur ne répondent visiblement pas à leurs exigences réciproques. Pour cette raison, Ledroit fonde en 1999 les éditions Nickel, avec ses deux compères: Jacques Collin (qui avaient dirigé Zenda et qui officie surtout aujourd'hui en tant que traducteur de roman, dont le cycle de L'Arcane des épées de Tad Williams) et Pat Mills. Le trio rétablit une forme d'artisanat dans une production BD qui explose littéralement à l'orée du nouveau millénaire. Ledroit dessine chez lui, en famille. Il assume lui-même la maquette, tandis que son épouse lui fait ses phylactères, traduction de Collin du scénario de Mills. En 2000, Résurrection, le premier tome de Requiem, chevalier vampire, est publié. Un album qui doit assurer la pérennité du projet Nickel. Et Résurrection a bien failli tout gâcher: une erreur de maquette livre un album aux contrastes boostés; Le dessin de Ledroit est partiellement masqué par des planches trop sombres. Malgré tout, le public répond présent. Et depuis, quatre autres tomes ont suivi, avec une amélioration constante de la qualité et de la quantité des tirages. Un véritable succès pour un trio de marginaux de l'édition française.

Enfin, début 2005, Olivier Ledroit accepte le projet de l'éditeur Daniel Maghen: réaliser un livre d'illustrations à partir des dessins fantastiques féeriques, déjà utilisés pour la réalisation d'un portfolio, et de plusieurs inédits. L'Univers féerique d'Olivier Ledroit, qui rassemble des dessins étalés sur plus de quinze ans d'illustrations, vient contraster avec les projets sombres et gore du dessinateur, procurant un espace de merveilleux à ses lecteurs et offrant l'opportunité d'une jouvence qui nous laisse mesurer l'étendue du talent et le travail d'un graphiste hors norme.

 
Laurent Deneuve