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Olivier
Ledroit est né à Meaux en 1969. Quand il entame le parcours
de L'école Duperrez (école supérieure des arts appliqués),
il se destine à l'illustration. Mais dans les années
80, la littérature illustrée, et la littérature jeunesse,
n'ont pas la cote: on est alors bien loin des futures
Chroniques du bout du monde et autres
Spiderwick qui décorent délicieusement
les étals des libraires actuels. La bande dessinée?
Là encore on est loin, à cette époque, de la fièvre
de publication fantastique qui semble s'être emparée
des éditeurs depuis une dizaine d'années. Pourtant,
le dessin de Ledroit séduit immédiatement Guy Delcourt
(des éditions du même nom) et François Froideval (alors
maître à penser du jeu de rôle en France, et traducteur
de suppléments de Donjons et Dragons).. Et puis à quelque
chose malheur est bon: Froideval, qui écrivait alors
un roman d'heroic fantasy, efface malencontreusement
le fichier de son ordinateur… Il propose alors à Ledroit
de reprendre ce scénario sous la forme d'une BD. Les
Chroniques de la Lune noire voient le jour
en 1989.
Cette série, en laquelle personne ne croyait, trouve
un écho positif chez Zenda, une maison d'édition plutôt
spécialisée dans les adaptations de comics américains
que dans la bande dessinée francophone. C'est le début
d'un énorme succès. La promotion auprès du public de
rôlistes se fait notamment par l'entremise d'illustrations
(posters) de Ledroit dans le magazine Casus
Belli, un magazine dont Froideval était le
créateur. Mais la série gagne rapidement un public qui
déborde largement le cadre du jeu de rôle. Le dessin
de Ledroit, neuf et baroque, s'accorde pleinement avec
les envolées épiques de l'histoire de Froideval. Les
deux auteurs ouvrent donc une brèche dans le paysage,
ma foi plutôt conventionnel, de la BD française. Une
brèche qui totalise aujourd'hui plus d'un million et
demi d'exemplaires, excusez du peu!
Ledroit,
en véritable métronome, dessine un album par an des
Chroniques, jusqu'en 1992. Au fur et
à mesure des tomes, son dessin devient plus mature,
plus maîtrisé, mais il conserve toujours cette fougue
juvénile et cette capacité unique d'outrance qui le
caractérisent tant. Mais 1992, c'est aussi la mort de
Zenda: après le rachat de la maison d'édition par Glénat
(qui conserve un temps le nom Zenda comme édition et
depuis pour une collection de fantastique), son catalogue
est dispersé aux quatre vents, et Les Chroniques
de la lune noire aboutissent chez Dargaud en
1994. La danse écarlate, le cinquième
tome des Chroniques, que beaucoup considèrent
comme le meilleur et qui aurait sans doute dû
voir s'arrêter là la série, est le dernier opus dessiné
par Ledroit, à qui la nouvelle tutelle éditoriale semble
ne plus vraiment convenir.
Dès
lors, Olivier Ledroit va souvent changer d'éditeur:
il rejoint d'abord Vents d'Ouest pour qui il publie
Xoco entre 1994 et 1995. Un thriller
fantastique en deux tomes avec un scénario en béton
de Thomas Mosdi. Peu après, il décide de s'associer
à Pat Mills, un scénariste britannique qui s'était fait
connaître à travers Judge Dredd et
surtout Slaine. Ledroit ne le sait
pas encore, mais cette association avec Mills va durer
une dizaine d'années et n'est pas encore achevé à ce
jour.
En 1996, la paire d'auteurs publie le premier tome de
Sha chez Soleil. Une histoire de sorcière
revenue se venger à travers le temps. L'histoire, prévue
initialement en quatre tomes, offre un monde futuriste
aux traits de Ledroit dont la maîtrise est éblouissante.
Pour autant, la série ne remporte pas le succès commercial
escompté par l'éditeur. Les relations entre les auteurs
et Soleil s'effritent.
On leur demande d'abréger Sha en trois
tomes seulement… Pourtant, entre les deuxième et troisième
tomes de Sha, Ledroit trouve le temps
pour un projet en solo: La Porte écarlate,
en 1998, la première BD (et seule BD à ce jour) pour
laquelle il assume le dessin mais aussi le scénario.
La série est prévue en deux tomes, mais ne fera pas
non plus, long feu: malgré un scénario (librement inspiré
de Planète pour hôtes de passage, une
nouvelle de Philip K. Dick) et un univers parfaitement
maîtrisés, le trait plus brouillon de cet album ne rallie
le public habituel de Ledroit, et ce titre passera quasiment
inaperçu.
L'arrêt prématuré de La Porte écarlate
série sonne le glas des relations déjà conflictuelles
entre Ledroit et Soleil. L'auteur et l'éditeur ne répondent
visiblement pas à leurs exigences réciproques. Pour
cette raison, Ledroit fonde en 1999 les éditions Nickel,
avec ses deux compères: Jacques Collin (qui avaient
dirigé Zenda et qui officie surtout aujourd'hui en tant
que traducteur de roman, dont le cycle de L'Arcane
des épées de Tad Williams) et Pat Mills. Le
trio rétablit une forme d'artisanat dans une production
BD qui explose littéralement à l'orée du nouveau millénaire.
Ledroit dessine chez lui, en famille.
Il assume lui-même la maquette, tandis que son épouse
lui fait ses phylactères, traduction de Collin du scénario
de Mills. En 2000, Résurrection, le
premier tome de Requiem, chevalier vampire,
est publié. Un album qui doit assurer la pérennité du
projet Nickel. Et Résurrection a bien
failli tout gâcher: une erreur de maquette livre un
album aux contrastes boostés; Le dessin de Ledroit est
partiellement masqué par des planches trop sombres.
Malgré tout, le public répond présent. Et depuis,
quatre autres tomes ont suivi, avec une amélioration
constante de la qualité et de la quantité
des tirages. Un véritable succès pour un trio de marginaux
de l'édition française.
Enfin, début 2005, Olivier Ledroit accepte le projet
de l'éditeur Daniel Maghen: réaliser un livre d'illustrations
à partir des dessins fantastiques féeriques, déjà utilisés
pour la réalisation d'un portfolio, et de plusieurs
inédits. L'Univers féerique d'Olivier Ledroit,
qui rassemble des dessins étalés sur plus de quinze
ans d'illustrations, vient contraster avec les projets
sombres et gore du dessinateur, procurant un espace
de merveilleux à ses lecteurs et offrant l'opportunité
d'une jouvence qui nous laisse mesurer l'étendue du
talent et le travail d'un graphiste hors norme.
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