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Nous : Je voudrais d’abord qu’on parle
de Carmen McCallum qui est votre actualité. C’est déjà le 6ème album. Que
peut-on en dévoiler à ceux qui ne l’ont pas encore lu ? Gess :
Le sixième tome commence 5 ou 6 mois après la fin du cinquième. Carmen est chez
Russel, avec qui elle prend du bon temps. Un matin, des robots entrent dans la
maison dans laquelle elle se trouve et l’incendient. Elle s’en sort in extremis.
Russel par contre est porté disparu à la suite de l’explosion de son bateau de
pêche et Carmen part à sa recherche. On embraye à ce moment là sur une autre histoire
puisque le chef de la sécurité d’une multinationale travaillant sur les OGM se
fait tuer. Un de ses amis demande à la jeune fille de l’aider à enquêter sur sa
mort. Voilà en gros comment commence l’histoire.
Nous : Il
y a quand même des questions d’actualité comme le dopage. C’est un sujet qui vous
préoccupait particulièrement ? Gess : Ca fait en tous cas
partie des sujets sur lesquels on peut se poser des questions. L’organisme génétiquement
modifié peut, par définition, être n’importe quel organisme à la base… J’avais
entendu un généticien en parler en disant que le dopage par ce biais était déjà
en préparation et indétectable. C’est plutôt « formidable »…
Nous :
Comment travaillez-vous avec Fred Duval ? Vous discutez
ensemble du scénario ? Gess : Non c’est plutôt Fred qui
construit les histoires et qui me les propose. Mes propositions à moi sont par
contre beaucoup plus anecdotiques. Elles se situent plus sur le plan du décor
ou de tel ou tel évènement mineur qu’autre chose. Il fait ensuite ses choix par
rapport aux discussions que nous pouvons avoir ensemble. C’est plutôt bien parce
que ça me permet de faire du tourisme. Je n’aurais jamais pensé pouvoir aller
en Nouvelle Zélande au travers d’une BD. Ca m’a permis de découvrir un pays merveilleux,
en le voyant autrement que par Le Seigneur des Anneaux.
Nous :
Vous vous êtes beaucoup documenté sur cette région ?
Gess : Un petit peu oui. Internet est génial pour ça : toute
une partie se déroule sur le lac Topo. Il m’a suffit de taper son nom pour obtenir
plus de photos que je n’en voulais. C’est un pays magnifique qu’on n'a pas encore
assez exploité. En tous cas ça donne envie de s’y attarder d’avantage.
Nous :
Vous en êtes déjà au sixième tome, avez-vous une idée
de quand va s’arrêter l’histoire ? Gess : Non pas du tout.
Je crois qu’en SF, la diversité des sujets est infinie. En BD, les héros et les
héroïnes ne vieillissent pas, on peut donc faire durer les choses… Tout dépendra
de la collaboration. Tant que Fred aura des choses à dire, j’aurais du Carmen
à dessiner. En plus l’univers de Carmen et Travis est plein de petites histoires
courtes qui se mettent en place en parallèle. Je trouve ça hyper intéressant car
je découvre des pans inconnus de l’univers au travers d’elles et de la manière
dont Fred pose les choses. Je ne participe qu’à la création d’un bout infime de
l’univers de Carmen, je sais qu’il est en réalité beaucoup plus vaste…
Nous :
C’est cette partie découverte qui vous intéresse ? Gess :
Oui car je pense que ces aspects inconnus changent en fonction des personnes que
Fred a en face de lui. Je trouve donc ça passionnant de se retrouver au milieu
d’une aventure plus globale.
Nous : Vous
parliez tout à l’heure de science-fiction. C’est un milieu que vous avez approché
par le biais de l’illustration. Vous êtes naturellement attiré par le domaine
de l’imaginaire ou c’est le pur hasard qui a déterminé cela ? Gess :
Non, je suis un fan de science-fiction de base depuis toujours. J’ai été élevé
aux super-héros. J’ai ensuite plongé dans la SF. Ado, j’ai lu tout ce que je pouvais
lire de SF. J’ai ensuite fait un petit tour dans le polar. Ces deux genres sont
restés mes préférés. Quand j’ai commencé à faire des histoires courtes en BD,
je préférais les placer dans des ambiances policières. L’arrivée de L’Incal
et du Cyberpunk m’ont montré de façon évidente que polar et SF pouvaient être
liés. C’est tout de suite devenu plus intéressant car on laissait de côté l’onirisme
pour s’occuper d’avantage du social et de ce qui nous touche de manière plus spécifique.
Sans faire de la prospective, on peut d’avantage approfondir nos questionnements.
Mes rapports avec les genres de l’imaginaire passent donc plus au travers des
livres que l’on peut lire que du contact réel avec les gens.
Nous :
Vous êtes donc lecteur de SF… Gess : Oui, ça fait un moment
que je n’en ai pas lu mais j’adore ça. Cette littérature devrait faire partie
de l’enseignement classique. On y trouve des gens qui nous parlent de manière
très forte de nous, maintenant, et demain. Il ne s’agit pas de nous, médiocres
dans nos êtres, mais du ressenti lus global d’une planète, d’un univers et d’un
questionnement sur l’avenir que nous propose notre présent. C’est en tous cas
cette SF là qui m’intéresse.
Nous : Vous
avez réalisé beaucoup d’illustrations de Scott Card. Quelles sont vos relations
avec cette auteur ? Gess : Je ne l’ai rencontré qu’une fois,
lorsqu’il est venu à l’Atalante et au Festival de SF du Futuroscope (aujourd’hui
remplacé par les Utopiales de Nantes). Il a apprécié mon travail et j’en étais
très heureux, mais c’est tout parce que je n’ai pas osé l’approcher plus que ça.
Nous : L’illustration se rapproche-t-elle
de la BD ? Gess : oui et non car l’illustration oblige à
raconter une histoire sans la dévoiler, en une seule image, tout en étant attrayant
et concis. Il s’agit vraiment d’un autre boulot. C’est des fois flippant, des
fois facile. Avec Pierre Bordage par exemple, c’est simple parce qu’il n’est pas
très loin et que je peux l’appeler pour lui demander ce qu’il verrait comme couverture
à ses bouquins. Ca m’est déjà arrivé plusieurs fois et son choix était en général
le bon.
Nous : Vous arrivez à couvrir
de front les deux activités ? Gess : Tout dépend des quantités.
J’ai pas mal réduit le nombre d’illustrations que je faisais pour les éditions
de l’Atalante. Je vais être obligé de continuer pour pouvoir me consacrer à la
BD. Je préfère de toutes façons m’exprimer en racontant que d’illustrer quelqu’un
qui raconte.
Nous : Quels sont vos projets ?
Gess : Les septième et huitième tomes de Carmen.
Ultima Parano 2 et 3. En illustration, le prochain Scott Card qui est l’histoire
parallèle à la Stratégie
Ender. Et bien sûr finir Alvin
puisque les prochains tomes sont déjà annoncés. Voici les projets dont je suis
certain, mais si on fait le compte de tous, ils doivent bien être au nombre d’une
cinquantaine (rires)… |