| Nous
: La plupart de vos uvres relèvent des
genres de l'imaginaire. Y êtes-vous particulièrement attaché
et pourquoi ? Froideval : J'ai toujours été
un lecteur de fantastique et de science-fiction. Je préfère ça
à des romans classiques parce que les situations de la vie quotidienne
m'ennuient profondément. Si une histoire se déroule dans notre monde,
cela ne m'intéresse pas. Ca passe mieux s'il y a autour un univers fantastique,
de fantasy ou de science fiction. Nous : C'est
pour cela que vous utilisez les genres de l'imaginaire dans vos scénarios
Froideval : Ce qui m'intéresse, c'est de mettre en scène
des univers, d'écrire des situations extrêmes, de donner aux lecteurs
des choses qui les décoiffent et qui les dépaysent. Moi j'adore
la fantasy, le space-opéra parce que ce sont des terrains fertiles et qu'on
y trouve des situations hors normes vraiment intéressantes. Nous
: Quels sont les auteurs qui vous ont marqué
? Froideval : Des tas : Verne, Wells, Heinlein, Van Vogt,
Asimov, Herbert
Tous les classiques
Y'en a des paquets et des paquets
(rires). J'ai des milliers de bouquins à la maison. Ce qui m'intéresse
surtout, ce sont les grandes sagas historiques, les vies d'hommes célèbres.
Toujours des choses surdimensionnées. Ce qui fait rêver, ce qui dépayse
Nous : Et aujourd'hui ? Froideval
: En France j'aime bien ce que font
Pierre Bordage, Ayerdhal
et Pagel
J'ai plein de copains
là dedans, je les connais tous. Et puis il y a toujours de très
bonnes choses chez les américains. En BD, j'ai adoré les histoires
de Karl Barts, avec Picsou, Donald etc. Evidemment Astérix et Valérian.
Là aussi il y en a beaucoup. Mais c'est pareil. J'en ai lu tellement que
ça devient dur de dire lesquels sont mes préférés
et surtout de n'en citer que quelques-uns. Je sais pas, j'ai dû lire 15
000 bouquins et vu autant de films. Donc aujourd'hui ça commence à
faire une masse. Nous : Qu'est-ce que
vous aimez faire avec vos lecteurs ? La même chose que ce que vous aimez
lire ? Froideval
: Ca dépend si c'est une histoire qui vient de moi ou si c'est une
histoire que je fais pour l'illustrateur. En général, si je dois
travailler avec quelqu'un, j'essaie de voir ce qu'il fait, ce qu'il aime, quel
est son trait. Je prends sa palette de couleurs. Et avec tout ça j'essaie
de faire une histoire qui lui convient et qui nous plait à tous les deux.
Les histoires que j'aime raconter sont différentes à chaque fois.
Mens Magna c'est du fantastique. Fatum est un truc un peu mafieux,
un peu SF. Les Chroniques de la Lune noire c'est de la pure fantasy. Ce
que j'aime, c'est que le lecteur se prenne une vraie claque (avec les cheveux
bien plaqués en arrière) en ouvrant une de mes BD
Nous : Pourquoi ne pas avoir écrit des
nouvelles ou des romans ? Froideval : En fait, au début,
Les Chroniques de la Lune Noire auraient dû être un roman.
J'ai commencé à écrire ça quand j'étais aux
Etats-Unis en 1982. J'avais écris les deux premiers chapitres lorsqu'à
cause d'une erreur de manip j'ai écrasé les fichiers. Plus moyen
de les récupérer. J'étais tellement énervé
que j'ai laissé tomber pour me consacrer au jeux de rôle. Et puis
en rentrant en France, on m'a présenté Ledroit. Comme son dessin
était clairement un dessin de fantasy, je lui ai proposé mon histoire
pour en faire un scénario. Et c'est comme ça qu'au lieu d'être
un roman, Les Chroniques de la Lune Noire sont devenues une BD.
Nous : Et après vous ne vous êtes
pas remis à la nouvelle ou au roman ? Froideval : Je
pourrais. Ca me travaille de temps en temps. C'est clair que c'est quelque chose
qui m'intéresse comme, pourquoi pas, de réaliser un film. Mais pour
l'instant je n'ai pas ressenti le besoin absolu de me lancer. Ca arrivera peut-être
un jour. Nous
: Pour revenir aux Chroniques de la Lune noire,
le onzième tome vient de sortir, 16 ans après la sortie du premier.
Quel regard portez-vous sur cette série ? Froideval
: Je ne sais pas. Je n'ai aucune fierté ou prétention sur ce
que je fais. J'ai du décalage. Je peux très bien relire une de mes
BD comme si ce n'était pas moi qui l'avait écrite. Je ne les renie
pas mais il n'y a pas de fierté particulière. J'ai toujours beaucoup
de recul par rapport à mes BD. Après, ça plaît, ça
ne plaît pas, ce n'est pas mon problème. Je ne fais pas ça
pour séduire ou pour emmerder le monde. Je fais seulement ce que j'ai envie
de faire. Après si ça fait rêver les gens, si ça les
dépayse, tant mieux. Nous : Après
11 tomes, où en êtes vous ? Avez-vous encore des choses à
dire ? Froideval : En tous cas, je sais où je veux
emmener ma série. Je savais où elle allait avant d'avoir écrit
la première phrase. Je pourrais écrire 4 000 ans dessus. Je sais
comment va se développer cet univers. Après il y a des choses que
tu dois raconter par rapport à ce cycle. Et puis une fois que tu l'as écrit,
tu passes à autre chose. Nous : Beaucoup
de lecteurs suivent Les Chroniques de la Lune Noire et plus généralement
vos séries. Vous avez des relations particulières avec eux ?
Froideval : Je les vois finalement assez peu. Je ne dédicace
pas beaucoup. Après il y a quelques discussions. Mais ce ne sont jamais
des discussions très fouillées. Lorsque tu dédicaces, tu
ne vois la personne que 5 ou 10 minutes. C'est pas comme si tu étais autour
d'une table pendant des heures. Nous :
Qu'est-ce qui vous pousse ? Le plaisir de raconter des histoires ? Froideval
: Oui. C'est exactement ça : l'envie de raconter des histoires et d'explorer
des univers. C'est le genre de question qui mériterait des heures pour
y répondre. Qu'est-ce qui nous pousse ? J'ai la grande chance de vivre
en racontant des histoires. Si ça peut faire rêver les gens c'est
formidable. C'est comme quand je travaillais sur le jeux de rôle, on a fait
rêver des milliers de gens et c'est très bien. On est tous des grands
rêveurs quoi
(rires). Nous : Et
les projets ? Quels sont-ils maintenant ? Froideval
: Y'a un truc avec le dessinateur de Fatum. Une histoire de science-fiction.
Après chez Casterman j'ai une nouvelle série en préparation
qui se passe au début 1900 sur une île anglo-normande avec un univers
fantastique et onirique, mais avec également des morceaux d'histoires.
J'aurais avec moi un dessinateur russe qui est très très doué
qui a fait L'Oiseau de feu chez Casterman. Et puis il y a les autres séries
que l'on connaît déjà. Methraton, la suite de 666 qui
s'appellera 6666 et qui se passe 4000 ans après la fin de la première
série. Ce sont des histoires je pourrais raconter pendant des siècles.
Y'a pas le dixième de ce que j'ai imaginé qui sera publié.
Je n'ai pas d'angoisse de la page blanche (rires)
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