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Vous le savez sans doute - ou pas -, les éditions Mango ont refusé
de publier dans leur collection "Autres Mondes", Les Orphelins de
Naja, le dernier roman de Nathalie Le Gendre. Un roman pourtant
inscrit au programme des sorties 2007, mais qui met en scène des
pratiques pédophiles au sein d'une église du futur. Un sujet à l'évidence
trop sensible pour le responsable éditorial de Fleurus et Mango
Jeunesse, puisqu'il a annoncé à Denis Guiot, le directeur d'"Autres
Mondes", que Les Orphelins de Naja ne sortirait pas. Motif : "Il
ne veut pas d'emmerdes avec les actionnaires".
Les actionnaires en question c'est la holding de contrôle franco-belge
Médias-Participations, et qui essaime discrètement dans des secteurs
aussi divers que la bande dessinée (Dargaud, Le Lombard et Dupuis),
la presse (Rustica, Votre maison Votre jardin, Cuisine et terroirs),
l'animation (Ellipse animation) et la télévision (Télé Melody et
KTO). La fondation de ce groupe en 1985, s'est largement appuyée
sur le succès du magazine Familles Chrétiennes. À sa tête alors,
Rémy Montagne, avocat d'affaires, conservateur et catholique militant.
Un militantisme qui va largement infuser au sein des différentes
sociétés du groupe.
En dépit du décès de son fondateur en 1991, le Médias-Participations
est resté sur sa ligne éditoriale originelle, et c'est elle, aujourd'hui,
qui conduit à ce pénible épisode autour du roman de Nathalie Le
Gendre.
On peut certes parler de censure ou de pratiques moyen-âgeuses,
mais à notre sens, c'est à la fois bien pire, et en même temps dramatiquement
contemporain. Car nous avons ici affaire à une pratique d'autocensure
sournoise, motivée uniquement par une mesquine pétoche de technocrate.
Bien moins grandiloquente que la peur du scandale, c'est la trouille
de se faire taper sur les doigts qui motive la décision de la direction
éditoriale de Mango. Il sont les sujet banals de la peur qu'insuffle
le pouvoir de l'argent. Stress du cadre sup' qui sent grincer la
goupille de son siège éjectable. Au final c'est presque la peur
de la peur qui les anime. Ils veulent être tranquilles. Auquel cas,
ils n'ont sans doute pas choisi le bon secteur d'activité.
"Je ne veux pas d'emmerdes avec les actionnaires.", le nouveau mantra
des grands prêtres de la concentration économique qui ne sortent
plus sans leur parapluie. Il résonne dans les couloirs moquettés
des grands groupes industriels, et se banalise un peu plus chaque
jour. Surtout pas de vagues, surtout pas de vagues !. Et c'est précisément
parce qu'il nous semblait important d'en faire - des vagues -, que
d'un commun accord, ActuSF et le Cafard Cosmique ont décidé de relayer
ensemble cette lettre ouverte adressée à Mango, à l'initiative de
Jean-Marc Ligny. Parce que c'était une occasion de rappeler qu'on
n'écrit pas des livres avec un tableur, qu'une ligne comptable n'a
jamais fait rêver - en tout cas pas nous - et qu'on ne dirige pas
une maison d'édition avec seulement une calculette et des formules
statistiques. Cette autocensure minable, uniquement conditionnée
au politiquement correct, apanage des lâches et des thuriféraires
d'un pouvoir diffus d'actionnaires fantômes est un cancer qui appelle
toute notre vigilance et dont il nous faut d'urgence inoculer le
vaccin, sous peine de se retrouver un jour vide de toute intelligence.
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