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premier roman d'Alain Damasio, La Zone du Dehors (Cylibris, 2001), est
un roman de S.-F. touffu et « concept », mêlant politique et philosophie. Le second,
La Horde du Contrevent, est paru chez un nouvel éditeur, La Volte. Il est
assez particulier, puisqu'il ne comprend pas qu'un roman, mais également la bande
son (« la bande originale du livre », contenant 12 morceaux et des plages d'ambiances)
qui va avec, imaginée et composée par le musicien Arno Alyvan (on lui doit par
exemple la musique de plusieurs court-métrages, comme le court métrage d'animation
La routine de Cédric Babouche, ou celle de Derrière les Fagots de
Ron Dyens). Autant vous le dire tout de suite, au moment où j'écris ces
lignes, je n'ai pas encore eu accès à la B.O. Je ne vous rebattrais donc pas les
oreilles de l'originalité du concept, de l'extraordinaire adéquation de la sonorisation
avec le roman: je n'en sais rien. Je suis donc là pour vous parler du livre.
Première
impression du lecteur moyen : hein ? Quoi ? On ne comprend rien. Une page passe,
le lecteur obstiné s'obstine, une deuxième, il persévère, une troisième, il tient
toujours... Et on s'aperçoit soudain qu'on est à la fin du premier chapitre (pas
très long), et que ca commence à venir. Tout est à la première personne. Et il
y a vingt-trois premières personnes différentes. Des personnalités, des désirs,
des buts, des évolutions personnelles totalement différents, bien rendus par le
style, pour une manière unique, schizophrène, de voir chaque événement.. Mais
cela rend parfois (bon, souvent) le récit difficile à suivre, d'autant qu'il saute
d'un personnage à un autre quasiment à chaque paragraphe. Le personnage est signalé
par un glyphe qui lui est propre, mais de là à se souvenir de vingt-trois glyphes
quand on se bat avec le récit... A ce propos, il y a un site internet (http://www.lahordeducontrevent.org/liens.html),
très bien à priori (mais il y a de nombreuses parties qui ne seront pas fonctionnelles
avant quelques jours), avec des illustrations, des sons, et un certain nombre
d'explications, d'extraits et de descriptions. Pour ceux qui se décourageraient
dans la lecture, il peut s'agir d'une bonne incitation à avancer. Pour les courageux
et les téméraires, y venir ensuite, c'est très bien aussi... Ne pas lire le résumé
sur le site : il dévoile beaucoup trop de choses sur ce que le lecteur devrait
découvrir au fil du récit. Car Alain Damasio est visiblement un maître dans l'art
de faire durer le plaisir et de semer les informations une à une dans le texte.
Le style en général est à l'image de la profusion d'idées qui sous-tend le récit
et la manière de conter : un vocabulaire créé, créatif, mais qui énerve facilement
au début tant certains « jeux de mots » semblent faciles. Alors qu'on finit par
se rendre compte qu'il ne s'agit pas du tout de tentatives d'humour simpliste,
mais d'un véritable vocabulaire spécifique, qui améliore l'immersion du lecteur
dans cet univers très particulier (ou qui l'énerve à mort, c'est selon). A postériori,
on se dit que les souffrances et la désorientation du lecteur ont été volontairement
provoquées pour le mettre dans le bon état d'esprit pour accompagner la Horde.
Venons en donc au récit...
Autant en emporte le vent
Les
vingt-trois membres de la 34e Horde contrent jour après jour : ils avancent, à
pied, à contre-vent, un vent qui souffle toujours dans le même sens, d'amont en
aval, un vent ravageur et meurtrier qui peut même emporter les maisons solidement
construites. La 34e horde est la meilleure jusqu'ici. Elle est formée de jeunes
gens aux talents complémentaires, entraînés toute leur vie dans ce but. Elle ira
plus loin que toutes les Hordes jusqu'ici, jusqu'à l'extrême amont, la source
même du vent, quoi qu'il en coûte...
Un voyage initiatique
La Horde du Contrevent est un voyage initiatique. Un voyage qui entraînera les
membres de la Horde au delà d'eux même, au delà de toutes leurs attaches, voire
au delà de leur propre utilité ou inutilité. Un conte cruel, masochiste mais non
dénué d'une certaine superbe, l'histoire de désirs de dépassement qui écrasent
tout, dans un univers réellement dépaysant et original, avec de très jolies inventions
(comme la transcription du vent en glyphes par exemple). En tous cas, si vous
vous sentez de taille à attaquer ce style très particulier sur un grand nombre
de pages (il y a quelques moments où, il faut l'avouer, c'est un peu indigeste),
vous aurez entre les mains un roman original et intéressant qui devrait être encore
amélioré par l'ajout de la bande son correspondante. |