Comme chaque automne, Les Utopiales, le festival international
de science-fiction s'est déroulé à Nantes du 3 au 5 novembre. Cette
année, la Russie et les pays de l'ex-bloc communiste étaient à l'honneur
avec une thématique toute trouvée : Invaders from Marx qui
promettaient d'être bien plus originale que l'anniversaire Jules
Verne des Utopiales 2005. Chose curieuse, pour la première fois,
le festival est tombé au milieu des vacances scolaires de la toussaint,
ce qui n'a pas empêché les acteurs de l'imaginaire, auteurs, éditeurs,
etc. et bien entendu le public d'être au rendez-vous. Petit reportage-photo.
Librairie
Le festival ne serait rien sans sa librairie-salon du livre, occupant
comme toujours la mezzanine qui surplombe la cité des congrès. A
nouveau, les librairies "complices" étaient au rendez-vous : Aladin,
L'Atalante, L'Autre Rive, Coiffard, Durance, Siloë-Lis, Les Enfants
Terribles et Vent d'Ouest.
Plusieurs centaines de mètres carrés de science-fiction, fantasy,
fantastique, bande dessinée : que du bonheur !
Les tables de dédicaces ou se sont succédés les auteurs. Au premier
plan : Serge Lehman, Javier Negrete, Roland C. Wagner, Sylvie Denis.
Un peu plus loin : Danielle Martignol, Ayerdhal
L'inimitable Laurent Kloetzer lit l'introduction de son Royaume
blessé.
Expositions
Dans les allées des Utopiales, on croise parfois de drôles de choses
sorties tout droit d'un film de science-fiction, et tous ne sont
pas des fans de Star Trek déguisés. Parfois, même, c'est de l'art.
Les Machines Hystériques, sculptures vivantes de Bill Vorn.
Ces créatures étonnantes en aluminium, composées d'un corps sphériques
et de huit bras articulés qui s'agitent de manière à suggérer un
comportement dysfonctionnel. Doté de capteurs sensoriels, les machines
sensorielles étaient censées réagir au stimuli des spectateurs mais,
personnellement, je n'ai pas eu l'impression de leur faire beaucoup.
Quoiqu'il en soit, une performance artistique impressionnante. Dans
ces cas-là, une vidéo vaut mieux qu'on long discours.
Les voitures volantes, une exposition tirée du livre éponyme publié
chez Favre.
Les super-héros étaient à l'honneur avec des affiches de films,
des figurine et des statues grandeur nature
Pour les enfants, l'exposition Skylab 5, proposait la visite
d'un laboratoire de recherche sur les exta-terrestres.
Au programme, déguisements, activités manuelles, enregistrements
de dialogues ET.
Comme toujours, une salle était reservée aux jeux de rôles, de cartes
et de plateaux. Pour la première fois cette année était remis le
prix du meilleur scénariste de jeu de rôle et du meilleur maître
de jeu.
Une exposition d'illustrations de Benjamin Carré, lauréat du prix
Art&Fact.
Conférences
Plus de café littéraire cette année, seul les conférences et rencontres
présentés à l'Espace Shayol ont été conservé. Deux fois moins de
rendez-vous, donc, et moins encore si l'on considère les horaires
d'ouverture du salon rétrécis. Curieusement, les quelques conférences
en rapport avec la thématique du salon n'étaient pas les plus intéressantes.
La conférence "Bedtime for democraty".
De gauche à droite : Fabien Clavel, Serge Lehman, Norman Spinrad,
Stéphane Beauverger, Serge Lukyanenko (auteur du roman Les sentinelles
de la nuit dont a été tiré le film Nightwatch) et sa
traductrice. On dévie rapidement du débat original qui consistait
à déterminer ce qui, dans le présent ou l'avenir, dans la réalité
ou dans la littérature de science-fiction, pourrait menacer la démocratie.
Tous s'accordent sur le fait que, selon la formule de Churchill,
"la démocratie est le pire des systèmes à l'exception de tous les
autres". Un système qui peut se détruire lui-même en permetant à
un dictateur d'être élu légalement ne peut être le bon système.
"Speed Painting" par Aleksi Briclot et Benjamin Carré
Aleksi Briclot (à gauche) et Benjamin Carré nous ont offert une
brillante démonstration de leur talent en direct. Tout en répondant
aux questions du public et en revenant sur leur expérience d'illustrateur
de couverture dans l'édition de science-fiction et de designers
dans le jeu vidéo, ils ont réalisé à deux une illustration sous
Photoshop, devant les spectateurs qui pouvaient voir l'avancer de
leur travail en temps réel.
Le résultat final
Cory Doctorow : A gauche du copyright
Auteur de SF américain, Cory Doctorow est aussi un vaillant pourfendeur
du système de droits d'auteur tel qu'il existe à l'heure actuelle
et un fervent defenseur du système "Creative Commons", qui lui permet
notamment de proposer ses livres en téléchargement gratuit sur son
site, en plus de leur édition dans le système habituel. Au cours
d'un discours enflammé, il a méthodiquement démontré que les lois
censés protéger les auteurs nuisaient à ceux-ci autant qu'à leurs
lecteurs, et ne profitaient au final qu'aux grands groupes d'éditions
qui tenaient les rênes du marché.
Grand Prix de l'Imaginaire
Catherine Dufour reçoit le Grand Prix de l'Imaginaire du Roman Francophone
Après un long discours de remercierments qui restera sans aucun
doute dans les mémoires - et dont certains fans sont prêts à tout
pour obtenir l'enregistrement - Catherine Dufour, grande gagnante
du festival, a tenu à montrer qu'elle aussi était capable de dire
des choses sérieuses. Elle est donc revenue sur les problèmes de
parités dans le monde de la SF et comparé les proportions d'invités
hommes/femmes à ceux de grands partis politiques. Retrouvez la liste
complète des lauréats à cette adresse ainsi que des photos de la
remise de prix à cette adresse :http://www.actusf.com/forum/viewtopic.php?t=1473
Chessboxing
Le ring de Chessboxing monté dans le hall de la Cité des Congrès
de Nantes
L'un des évènements les plus innatendus de ce festival était le
match de chessboxing du samedi soir. Tiré par quelques passionés
de La trilogie Nikopol d'Enki Bilal, cet étonnant sport proposaient
à deux athlètes hors du commun de s'affronter alternativement au
cours...
... d'un match de boxe ...
... et d'une partie d'échecs !
Loin de l'absurdité que l'épreuve suggérait au premier abord, le
public a pu découvrir un sport étonnament prenant. Les séquences
de boxe et de jeu d'échecs chronométrés, alternés toutes les cinq
minutes, maintenanaient un suspens haletant. Les deux opposants
pouvaient ainsi remporter la partie soit en mettant l'adversaire
knock-out sur le ring, soit en mettant son roi échec au mat, soit
en jouant assez rapidement pour faire perdre l'adversaire au temps
sur la partie d'échecs. Une première en France !
Dernière édition ?
L'intérêt des français pour la SF étant ce qu'il est, on se demande
chaque année si cette édition des Utopiales ne sera pas la dernière.
Malgré le changement de direction et le nouveau partenariat avec
la chaîne Sci-Fi, le festival semblait bien plus léger que les précédents
années : moins de conférences, moins d'exposition, pas de fresque
en direct par les illustrateurs, et surtout moins d'auteurs invités,
qui pour la plupart étaient français. Mais le public n'ayant pas
été vraiment au rendez-vous, gageons que les organisateurs sauront
tirer la leçon et redresser le niveau pour les Utopiales 2007. Malgré
tout, le festival international de science-fiction de Nantes est
toujours l'occasion de rencontrer les auteurs, illustrateurs, éditeurs
et tous ceux partagent cette grande passion commune : l'imaginaire
!