| Nous
: Nous sommes aux Utopiales, on vous a découvert
grâce à ce festival il y a quelques années maintenant, est-ce
que l'Europe de la SF est une idée importante pour vous ?
Andreas Eschbach : Oui bien sûr, le fait d'être en contact
avec des auteurs anglo-saxons montre que la SF européenne est en train
de prendre une véritable dimension. C'est fondamental. Nous
: Avez-vous fait des rencontres pendant ces quelques
jours ? Andreas Eschbach : Oui, j'ai beaucoup discuté
avec des auteurs espagnols et mexicains, on s'est échangé nos adresses
mail, on a réfléchi à ce que l'on pourrait éventuellement
faire ensemble. Nous : Avez-vous des
projets pour concrétiser cette SF européenne ? Andreas
Eschbach : Pour l'instant, chaque pays travaille dans son coin, on ne sait
pas qui publie quoi à l'étranger. Cependant il y a des projets concrets,
Noosfère souhaite développer un site important : Eurosfère.
Des anthologies européennes comme Utopiae 2001 sont en train de se monter
et j'espère que cela ouvrira des portes sur les autres SF qui nous entourent.
Nous : Valerio Evangelisti et Franco Ricciardelo
nous disaient que la SF italienne va mal. En Espagne, elle n'est pas reconnue
et ne semble pas prêt de l'être. Comment se porte la SF allemande
? Andreas Eschbach : Elle va mieux. Depuis cinq ans, on
voit apparaître de nouveaux auteurs et parallèlement les éditeurs
semblent développer un nouvel intérêt pour ce genre. Ceci
ne signifie pas que tout est résolu, toutes les revues qui publiaient des
nouvelles ont disparu car elles achetaient des récits anglo-saxons de grands
auteurs qui leur coûtaient beaucoup trop cher. En Allemagne, les gens avaient
peur du passage à l'an 2000 donc leurs préoccupations ne se tournaient
pas vers l'avenir mais maintenant que nous avons franchit le cap, on dirait que
l'intérêt revient. C'est l'inverse de ce que l'on peut observer en
France. Nous
: Avant le passage à l'an 2000 ce rejet venait
des lecteurs ou des maisons d'édition ? Andreas Eschbach
: Des éditeurs principalement à cause de leurs problèmes
d'argent insolubles. Nous
: Comment avez-vous commencé à écrire
? Andreas Eschbach : Je m'en souviens à peine, je
sais que je me faisais expliquer les lettres par mon père vers 5 ans (avant
d'entrer à l'école) et je créais des mots complètement
fantaisistes ou des petites bandes dessinées
C'étaient, je
crois, mes véritables débuts (rires). Nous
: Pourquoi avoir choisi la SF ? Andreas
Eschbach : Je n'ai pas choisi la SF, c'est plutôt elle qui m'a choisi.
J'en lisais étant enfant et lors de mes débuts dans l'écriture,
je me suis naturellement dirigé vers ce genre qui me laissait le plus grand
espace créatif. Nous
: Quels sont les auteurs qui vous ont marqué ?
Andreas Eschbach : On risque d'y passer une heure mais je peux quand même
citer Jules Verne puis plus tard Heinlein, au début j'étais petit
et je ne me souviens plus des noms. Nous
: Le roman qui vous a fait connaître, Des milliards
de tapis de cheveux, a été écrit il y a déjà
plusieurs années, quel regard portez-vous sur lui aujourd'hui ?
Andreas Eschbach : Il occupera toujours une place à part car c'est
le premier livre que j'ai écrit avec l'intention d'être publié
et qu'il contient des thématiques qui me poursuivent encore. J'y ai mis
tout ce que j'avais à dire cependant je reviens à ces questions
dans mon dernier roman en cours de traduction en français. Avec le recul,
je suis conscient de ses lacunes mais aussi de ses qualités. Nous
: Il a eu beaucoup de succès en Allemagne puis
en France tout comme Jésus Vidéo, comment réagit-on à
un tel engouement ? Andreas Eschbach : J'ai vécu
une sorte de schizophrénie. Il y a en moi d'une part l'écrivain
vissé derrière son bureau qui travaille en solitaire puis d'autre
part il y a le manager. C'est ce dernier d'ailleurs qui est ici aujourd'hui
Nous
: Vos romans sont très différents, on ne
peut pas vous coller une étiquette SF ou Fantasy, vous sentez-vous capable
d'écrire dans tous les genres ? Andreas Eschbach :
C'est une question que je me pose
Je pars d'une idée et j'essaie
de trouver la manière la plus adaptée pour en parler. Je ne désire
pas faire des clones de mes uvres précédentes. D'ailleurs
c'est un problème vis à vis des éditeurs qui préféreraient
pouvoir me faire entrer dans une case. Nous
: Quelles sont vos sources d'inspiration ?
Andreas Eschbach : Elles sont partout, dans les revues scientifiques, dans
ce qui m'arrive tous les jours, dans la littérature
Depuis 25 ans
j'ai un petit carnet dans lequel je puise mes idées. Nous
: Vous êtes allemand et dans Jésus Vidéo
vous parlez d'Israël et de religion, avez-vous eu des réactions de
la part des juifs ? Andreas Eschbach : Non pas que je sache.
On m'a juste confirmé - à mon grand soulagement - que ma vision
du pays était exacte. Pour le coup, en tant qu'allemand, je ne pouvais
rester extérieur au récit, c'est pour cela que j'ai choisi comme
personnage un écrivain de ma nationalité. Nous
: Et plus généralement, avez-vous eu des
réactions de la part des croyants ? Andreas Eschbach
: Oui, j'ai reçu des messages assassins pour me dire que je ne connaissais
rien à la véritable personne de Jésus. Mon livre a été
mis à l'index par une école franciscaine. Mais parallèlement,
il est recommandé par certaines bibliothèques qui traitent du sujet.
Nous
: Dans Station Solaire il y a une prise d'otage,
cela nous renvoi à l'actualité
Andreas Eschbach
: C'est vrai que dans le roman, ce sont des fondamentalistes de l'Islam mais
cela n'a rien d'étonnant, c'est un mouvement qui est en marche depuis plus
de dix ans. Je m'intéresse au fondamentalisme en lui-même qu'il soit
musulman ou chrétien, cela n'a pas d'importance. Nous
: Pour conclure, quels sont vos projets ?
Andreas Eschbach : Je suis en train d'écrire un second roman pour
la jeunesse. Il parle du clonage mais j'ai trouvé un biais pour traiter
ce thème récurent d'une façon originale. Je travaille en
même temps sur un nouveau roman pour adulte mais je préfère
rester discret sur ce sujet. |