| Nous
: Vous souvenez-vous de l'idée originelle du roman
? Qu'aviez-vous envie de faire et de dire ? Ayerdhal : Les
Chroniques sont nées de beaucoup de choses et, entre autres, de discussions
que nous avions avec Serge Lehman sur la conception d'un protocole révolutionnaire.
Notre réflexion concernait bien sûr une problématique contemporaine,
mais comme j'ai toujours cru aux vertus de la métaphore romanesque et qu'il
ne me paraissait pas inutile de me référer aux utopies ou aux contes
philosophiques, j'ai choisi de décaler mon histoire vers une époque
médiévale et de mettre en exergue certaines similitudes désagréablement
flagrantes. Pour abréger : ce que je voulais dire tient assez bien dans
la dédicace et le dernier paragraphe du roman. Nous : Quelle
était le contexte lorsque vous l'avez écrit ? Ayerdhal
: Le même qu'aujourd'hui, je le crains. Nous : Comment
le résumeriez-vous à quelqu'un qui ne l'aurait pas encore lu ?
Ayerdhal : Je ne sais pas
comme la quatrième de couverture
du Diable ? Même si c'est vrai, je ne suis pas sûr qu'il soit très
engageant de dire : c'est l'histoire de quelqu'un qui croit au devoir de ne jamais
se taire et qui s'arrange pour être contagieux. Pas davantage que : c'est
l'histoire d'anonymes à qui quelqu'un répète inlassablement
" si tu n'aimes pas le monde, change-le " et qui finissent par
essayer. Nous : Comment est né
le personnage de Parleur ? Ayerdhal : Aïe. Disons que
j'ai un peu construit Parleur autour des travers que me reprochait ma fille, dont
l'adolescence commençait à en avoir sérieusement marre de
mes leçons d'éducateur de cuisine et de moraliste de salon.
Nous : Sa lecture fait penser à quelques
événements comme la commune de Paris. Cela a-t-il été
une influence ? Ayerdhal : Soyons franchouillards (pour
emmerder Jr) : oui, c'est un peu une commune de Paris se développant dans
une très lyonnaise Croix-Rousse légèrement déplacée
à Marseille. Nous : Six ans ont
passé depuis sa première publication, quel regard portez-vous sur
ce livre ? De l'attachement ? Ou en voyez-vous tous ses défauts ?
Ayerdhal : D'une part, le roman appartient aux lecteurs depuis qu'il a
été publié. D'autre part, je ne l'ai pas lu. Avoir un regard
sur lui nécessiterait un recul qu'aucun auteur ne peut prendre sans se
mentir. Ce serait un peu comme prétendre avoir une objectivité sur
ce qu'on a été à vingt ou à trente ans sous prétexte
que le temps qui passe confère une expérience porteuse de sagesse,
alors qu'on n'a fait que vieillir. Nous : Les
Chroniques d'un rêve enclavé en est à sa troisième
édition. Est-ce une joie pour l'auteur que vous êtes que ce livre
continue à vivre ? Ou au contraire la page est-elle définitivement
tournée ? Ayerdhal : J'écris pour être
lu, parce que je ne sais pas parler et que je suis suffisamment impudent pour
croire que j'ai des choses à dire. Alors oui, il est pour moi important
que mes ouvrages vivent. Par ailleurs, ils sont aussi ma seule source de revenus
Nous : Le qualificatif de livre " profondément
humain " vous satisfait-il ? Ayerdhal : Il est difficile
de se satisfaire de l'humanité (tellement que j'ai écrit Les chroniques)
mais, puisque mon ambition est justement de contribuer un peu à son humanisation,
je serais de très mauvaise foi en dénigrant le compliment.
Nous
: Quels sont vos projets ? Un roman est apparemment en
préparation au Diable Vauvert. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Ayerdhal : Je travaille depuis bientôt deux ans sur Transparences,
effectivement pour le Diable, un
suspense, thriller, polar (?) qui démarre
avec la chute du mur et qui va un peu au-delà de la chute des tours. Qu'en
dire ? Le personnage principal est un criminologue d'Interpol à qui on
a confié la charge de compulser les crimes en série sur un quart
de siècle et qui tombe sur le dossier d'une gamine de douze ans qui a tué
ses parents, attachés culturels américains en poste à Berlin
en 85 (sic), et un couple de leurs amis. Comme elle a disparu après son
placement dans un établissement spécialisé et un nouveau
crime, il entreprend de remonter sa trace, qu'il découvre chaque jour plus
sanglante dans un contexte qui prend doucement mais sûrement une tournure
militaro-politico-économique à l'échelle de la planète.
La date de parution n'est pas arrêtée (ce sera en 2004, de toute
façon). D'ici là, pour l'automne, J'ai Lu devrait avoir publié
L'il du spad (Cybione 4) et le Diable republié
Le chant du drille. |