| Nous
: On ne sait que peu de choses sur vous. Quel est votre
parcours littéraire ? Thomas Day : J'ai commencé à écrire
assez jeune sur la machine de ma mère jusqu'à ce que ladite machine rende l'âme
et que je passe aux logiciels de traitement de texte. Avant de publier sous le
nom de Thomas Day, j'ai publié beaucoup de nouvelles sous mon vrai nom, et sous
d'autres pseudos que je préfère taire (dans des quotidiens, des revues, des fanzines).
J'écrivais principalement de la littérature générale avant de passer à l'imaginaire
vers l'âge de 20 ans. Nous : Pourquoi
avoir choisi d'écrire spécifiquement dans le cadre des littératures de l'imaginaire
(Fantastique et Fantasy) ? Thomas Day : J'ai écrit un polar
qui sort chez Baleine. Et je bosse actuellement sur des projets de littérature
générale. Je n'ai rien d'un écrivain spécifique. Nous : Y'a
t-il des auteurs ou des livres qui vous ont marqué ou qui vous ont influencé ?
Thomas Day : William S. Burroughs, Cormac McCarthy. Quasiment
pas d'auteurs de SF (et surtout pas Dick !), c'est un genre qui ne m'intéresse
plus du tout en tant que lecteur. Je reste un gros fan de fantasy, bien que les
traductions françaises soient dans l'ensemble repoussantes. Nous
: Qu'aimez vous lire aujourd'hui comme histoire ?
Thomas Day : Aucune idée. J'achète énormément de livres, mais
surtout des essais et des livres de philo. En roman, j'ai tendance à découvrir,
plutôt qu'à suivre des auteurs. Là j'ai "découvert" Christopher Moore
et j'aime beaucoup beaucoup. Nous : Comment
présenteriez-vous votre livre à quelqu'un qui ne l'aurait pas encore lu ?
Thomas Day : Ça va aller vite, le sang va gicler et nul n'en
sortira indemne. Accessoirement c'est de la fantasy, mais le décor n'a aucune
importance, je ne suis pas un écrivain de fantasy (je ne respecte aucunement les
codes du genre). Nous : Vos deux derniers
textes dans Bifrost sont assez durs, voire même choquant pour certains (je pense
bien sûr à Dirty Boulevard). Quels rôles ont ces situations ou ces personnages
extrêmes ? Est-ce simplement une source d'inspiration pour vous, ou cela vous
permet-il tout simplement de rendre vos personnages plus poignant ?
Thomas Day : Dirty Boulevard, Extermination Highway et Punishment
Park sont trois textes qui forment un tout, c'est un tableau amer de ce que
la pression sociétale a tendance à produire comme hommes : des lâches, des machistes
et des racistes. Dans ces textes, je montre qu'on peut lutter contre cette pression
sociétale ou sombrer. Évidemment il est plus facile de sombrer. Je ne suis pas
loin de penser qu'il s'agit des seuls textes intéressants que j'ai jamais écrit
avec La notion de génocide nécessaire, qui était aussi dans Bifrost et
a été repris dans mon recueil Sympathies for the devil. Nous
: Doit-on s'attendre avec Rêves de guerre a un texte
aussi dur que ces nouvelles ? Thomas Day : Non.
Nous : A quelles réactions vous attendez-vous
de la part du public ? Qu'ils en gardent le souvenir d'un livre poignant, plaisant,
profond ? Thomas Day : J'espère qu'ils ne vont pas lancer
le livre à travers leur chambre en pensant qu'ils ont payé 140 balles une telle
merde. J'ai mis dans "Rêves de Guerre" tout ce que je pouvais y mettre
au moment où je l'écris, ça me permet de dormir sur mes deux oreilles.
Nous : Mnémos publie donc votre premier roman.
Considérez-vous cela comme une étape dans votre carrière ? L'angoisse de l'attente
n'est pas trop forte ? Thomas Day : J'avoue ne pas comprendre
la question. J'écris des livres, après je me bats avec des éditeurs pour que ça
reste mes livres et que les couvertures soient pas trop moches. C'est tout. Je
n'arrêterai jamais d'écrire, donc. Nous : Cela
fait déjà quelques années que vous avez publié votre première nouvelle. Pourquoi
avoir attendu aussi longtemps pour ce roman ? Thomas Day
: Je l'ai écrit il y a quinze ans, réécrit X fois, il a failli sortir cinq ou
six fois auparavant chez divers éditeurs. Ce roman est à mes yeux une sorte de
livre maudit. Je n'ai rien ressenti quand j'ai vu le livre pour la première fois
chez Mnémos, même pas du soulagement, quelle poisse !, je crois que mon plaisir
ne se trouve pas là, mais quand je suis devant mon clavier et que j'écris. Sincèrement
le meilleur moment relatif à Rêves de Guerre (époque Mnémos) c'est quand
j'ai mis le chèque de l'avance dans le trou perpétuel qui me sert de compte bancaire.
Ça a calmé mon banquier et il ne m'a pas appelé pendant au moins un mois. À la
vérité je me sens incapable de parler de Rêves de guerre, je suis déjà
passé à autre chose. Nous : Quels sont
vos projets ? Thomas Day : J'en ai une méga-chiée. Un recueil
de nouvelles fantastiques qui s'appelle Stairways to hell chez Bifrost/Etoiles
Vives (mars 2002), un Space Opera chez Bifrost/Etoiles Vives qui s'appelle Les
Cinq Derniers Contrats de Daemone Eraser (septembre 2001). Un roman en collaboration
avec Michael Rheyss qui s'appelle L'école des Assassins (début 2002). Tout
ça c'est fini, dans la boîte. Ainsi qu'une nouvelle qui s'appelle American
Drug Trip, une nouvelle pas piquée des hannetons qui me plaît bien.
Sinon, j'ai signé chez Gallimard pour un roman qui s'appelle La Voie du sabre
et je dois signer bientôt chez Mnémos pour un Sherlock Holmes avec des extraterrestres,
une course-poursuite dans les Andes. Etc. Je travaille aussi sur un roman de littérature
générale qui s'appelle La Maison aux fenêtres de papier, un autre qui s'appelle
Dragon et sur un énorme polar sur fond de cannibalisme qui s'appelle Le
Sentier du loup. Tous ces trucs sont en chantier depuis des années comme la
suite de Rêves de guerre : N'Ki, reine cruelle. J'écris, je baise
et je voyage, je ne sais rien faire d'autres. Et c'est déjà pas mal. |