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Nous : Comment êtes vous tombée dans
la littérature ? Catherine Dufour : Comme beaucoup,
à un âge trop tendre pour réellement m'en souvenir. J'ai lu
des trucs un peu benêts jusqu'à 9 ans, jour béni où
mon père m'a filé Les hommes stellaires de Leigh Brackett.
J'ai commencé à écrire dès que j'ai pu, de la poésie
surtout. Pour moi, la poésie est le degré premier de l'écriture,
comme la paire de cerise sur l'oreille est le degré zéro de la bijouterie
: fraîcheur et évidence. Nous : Y
a t il des livres et des auteurs qui vous ont marquée ?
Catherine Dufour : Bien sûr ! Tout le temps. Heureusement. De Shambleau
de Catherine Moore à American psycho de Brett Easton Ellis, en passant
par Les liaisons dangereuses de Laclos. Mais je brûle systématiquement
ce que j'ai adoré. Par exemple, fut un temps où je m'empiffrais
de Michelet et de Barbey d'Aurevilly, et je n'arrive vraiment plus à comprendre
ce que je leur trouvais. J'ai aussi eu des relations haine/haine avec des auteurs
comme Nietzsche, dont je ne pouvais pas lire 3 pages sans envoyer le bouquin contre
le mur. Résultat, je passais mon temps à me lever pour aller le
ramasser et continuer à le lire. Nous :
Qu'est ce qui vous a donné envie d'être écrivain ?
Catherine Dufour :Je ne crois pas qu'on écrit parce qu'on en a
envie, mais parce qu'on en a besoin. Je croise tous les jours sur le net des gens
qui ont 10 fois plus de talent que moi, si on se réfère à
la dizaine de pages qu'ils ont bien voulu pondre. Tapez " Kronik à
Machin " ou " faqnopi " dans n'importe quel moteur de
recherche et vous verrez ce que je veux dire. Seulement voilà, vous n'en
lirez jamais davantage de la part de ces gens là, parce qu'ils n'ont pas
besoin d'écrire. Quant à savoir pourquoi j'en ai besoin, moi personnellement,
je n'ai pas encore réussi à savoir. Je suppose qu'il vaudrait mieux
demander à un psychiatre. Nous : Pourquoi
avoir choisi d'écrire de la fantasy humoristique ? Catherine
Dufour :A cause de Terry Pratchett ! Ca faisait des années que j'étais
en quête d'un nouveau " Grand Auteur ", pleurant mes enthousiasmes
défunts. Et je " L "'ai rencontré ! Joie, pleurs
de joie ! De rire, plutôt. Quelqu'un capable d'illustrer le terme "
maladresse " par " il ne trouverait pas son cul avec ses deux
mains " mérite une statue. Nous : Votre
humour et votre style fait en effet parfois penser à Terry Pratchett justement,
la comparaison vous agace-t-elle ou au contraire vous fait-elle plaisir ?
Catherine Dufour :Bien sûr qu'elle me fait plaisir. D'ailleurs je
lui ai piqué tous ses jeux de mots. Je l'ai prévenu, évidemment.
Soyons claire : Pratchett n'est pas qu'un sac à humour british. Il arrive
à insuffler une humanité à ses livres et une vie à
ses personnages. C'est un auteur complet. Nous : La
figure de la Mort dans " L'ivresse des providers " est-elle un hommage
à Pratchett ? Non. Sa Mort est un personnage complexe et
attachant, la mienne est une névropathe à jeter. D'ailleurs elle
finit par se faire jeter. Reste à savoir si la poubelle tiendra.
Nous : Tout en ayant une veine assez humoristique,
vos deux premiers livres chez Nestiveqnen sont assez différents. Quelles
ont été vos sources d'inspiration pour ces deux histoires ?
Catherine Dufour :Blanche neige est une sombre revanche contre la niaiserie
nuisible des contes de fée, quoiqu'en dise Bettelheim. Alors que l'Ivresse
est la découverte hallucinée d'un Nouveau Monde virtuel.
Nous : En effet, si le premier volume était
plutôt axé sur les contes, le second est plutôt orienté
vers les nouvelles technologies. Peut-on en déduire que c'est un monde
qui vous intéresse ? Catherine Dufour :D'abord,
c'est le domaine où je travaille. Ca aide. Et puis, que cette boite en
plastique banalement moche soit capable de vous relier à wattmille inconnus
me fascine. J'ai découvert un réseau farci de gens parfaitement
géniaux. Et du pourcentage habituel de crétins, bien sûr.
Nous : Avoir publié deux livres a-t-il
changé quelque chose dans votre vie ? Catherine Dufour
:C'est en train. Là, par exemple, au lieu d'être chez moi à
faire des collages, je suis ici à répondre à vos questions.
Se faire lire est assez étrange. Si j'osais, je dirais que c'est plutôt
indiscret. Ecrire pour être lue est bizarre, aussi. J'ai longtemps écrit
sans aucune ambition éditoriale. Mais comme j'ai actuellement le nez dans
les changements qu'ont provoqué le fait d'être publiée, je
ne peux pas vous répondre plus précisément. Nous
: On vous sait novelliste (notamment pour Oxymore dans
" Lilith et ses sours "), faites vous une différence dans l'écriture
en format court et en format long ? Catherine Dufour :La
même qu'entre raconter sa vie et citer une anecdote. Par contre, le plaisir
d'écrire est le même. Et il n'y a que ça qui m'intéresse,
au fond. Nous : Quels sont vos projets
? Catherine Dufour : Le tome 3 de Quand les Dieux buvaient,
d'abord. Un dossier Pratchett dans " Faeries, la revue fantasy de
Nestiveqnen, ensuite. Et d'autres projets beaucoup trop inaboutis pour que je
puisse en parler sans leur porter la poisse, pour peu que Dieu me prête
vie et quelques heures par jour pour dormir. |