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: Première question classique, quand avez-vous
découvert la fantasy et y'a-t-il un livre ou un auteur qui vous ai marqué
? Pierre Grimbert : Je ne me rappelle pas avoir eu le sentiment
un jour de découvrir la fantasy. Il me semble que j'en ai toujours lu,
depuis les albums de l'école primaire, avec des dragons tous ronds et des
gentilles sorcières. Ma génération a ensuite connu l'arrivée
des jeux vidéo, de D&D, du cinéma à effets spéciaux
Bref, j'ai l'impression d'avoir toujours été entouré de fantasy.Dans
mes premières lectures de fan, les auteurs qui m'ont marqué sont
Vance, Leiber et Moorcock. J'ai finalement lu le SdA assez tard ; c'était
un véritable enchantement, mais je n'ai pas reçu la " claque
" ressentie par les profanes, lorsqu'ils découvrent le genre par le
biais de Tolkien. Nous : Quand avez-vous
décidé d'être écrivain et pour quelle raison ?
Pierre Grimbert : Comme tout lecteur passionné : un jour, on finit
par se dire : " pourquoi pas moi ? " Comme j'étais plutôt
branché BD, je me suis d'abord essayé au scénario, sans succès.
Il m'a fallut plusieurs années avant d'enfin oser me lancer dans l'aventure
d'un roman. J'ai eu beaucoup de chance avec Six héritiers : Mnémos
démarrait et cherchait ses auteurs, la fantasy francophone était
quasi-inexistante, ce qui a attiré l'intérêt de la presse
Bref, les premiers tomes n'ont pas trop mal marché, et je me suis pris
à rêver d'une vie d'écriture. Il y a des hauts et des bas,
mais on se sent libre, et tous les amateurs de fantasy connaissent l'immense valeur
de la liberté. Nous : Revenons
sur La Malerune, votre deuxième ouvrage. Comment est née l'idée?
Qu'aviez-vous envie de dire ou de faire ? Pierre Grimbert
: Après Ji, je voulais mettre en scène un monde de fantasy
où la magie serait beaucoup plus présente, et où les peuples
ne se résumeraient pas aux seuls Humains. L'histoire générale
du Troisième Monde s'est formée petit à petit, au fil des
notes, comme d'habitude. J'envisageais un cycle d'ampleur ; divers événements
sur lesquels je ne reviendrai plus ont fait s'interrompre la série après
le premier volume. Mais jamais, jamais il n'avait été question de
l'abandonner complètement ! Il fallait que la suite de cette histoire soit
racontée, et je suis très heureux qu'on y soit enfin parvenu.
Nous : Comment s'est fait le passage de témoin
avec Michel Robert ? Pierre Grimbert : D'après mon
sentiment, dans les meilleures conditions possibles ! Au départ du projet,
je m'attendais à un tas de difficultés (voire de conflits), mais
le talent naturel et l'investissement total de Michel n'ont laissé aucune
chance aux obstacles éventuels. En pratique, j'ai d'abord commencé
par trier et réorganiser toutes mes notes pour présenter à
Michel quelque chose de lisible et plus ou moins cohérent (mais qui n'était
guère plus que des pistes et des idées en vrac). Il a étudié
tout ça avec beaucoup (beaucoup beaucoup !) de sérieux et m'a proposé
sa vision de l'évolution de l'histoire et des personnages. Il est tout
de suite apparu que nous étions sur la même longueur d'onde. Michel
s'est alors attelé à la rédaction et je n'ai plus eu grand-chose
à faire, mais nous sommes restés en contact pendant toute l'écriture
de ce deuxième tome. Je pense qu'il en ira de même pour la suite,
même si les destinées des persos ne sont plus entre mes mains depuis
longtemps ! Nous : Est-ce facile de confier
son univers à quelqu'un d'autre ? Pierre Grimbert
: Faire partager la vision d'un univers est très facile ; c'est la base
même de l'activité de l'écrivain. Le tout est d'accepter que
cette vision soit reprise, et donc altérée par quelqu'un d'autre.
Je n'avais pas vraiment de problème de ce côté-là ;
j'étais même très curieux, et très impatient de voir
comment les éléments du livre allaient évoluer sous une autre
plume. Je n'ai pas été déçu, car en plus d'avoir parfaitement
respecté l'univers des Armes des Garamont, Michel a largement enrichi le
cycle par un tas d'inventions géniales
Il est évident que
les plus grandes difficultés étaient pour lui. Je me crois incapable
de faire ce qu'il a fait, à savoir rentrer complètement dans une
histoire et en écrire la suite tout en conservant son esprit
Surtout,
lorsqu'on songe qu'il est " attendu au tournant " par une certaine catégorie
de lecteurs et de critiques, ceux qui préféreront critiquer les
conditions de ce passage de relais, plutôt que le livre lui-même.
Nous : Avec
le recul, quel regard portez-vous sur Le secret de Ji et La Malerune ?
Pierre Grimbert : J'ai beaucoup d'affection pour l'un et l'autre. Comme
pour des amis fidèles, je connais leurs faiblesses et leurs qualités
Tout ce que j'écris maintenant fait référence à ces
premiers textes, et il en sera toujours ainsi. Six héritiers est mon premier
livre et reste celui dont on me parle le plus
Difficile de ne pas avoir,
pour lui, une sorte " d'amitié " bienveillante. Nous
: Vous écrivez également pour la jeunesse.
Travaillez-vous différemment suivant les publics ? Pierre
Grimbert : Les images que m'inspirent les romans pour la jeunesse sont tout
aussi fortes, mais l'écriture est légèrement différente,
pour des questions d'accessibilité évidentes. Les textes sont plus
courts (quoique la tendance s'inverse au fil des ans), le vocabulaire simplifié,
et je tiens moi-même à respecter une certaine morale dans l'histoire.
Hormis ces détails techniques, je n'ai pas l'impression d'écrire
plus " bêtement " les livres pour la jeunesse, que les autres.
Nous : Comment se passent vos relations d'écrivains
avec les enfants? Selon de nombreux auteurs, c'est un public exigeant
Pierre Grimbert : Je ne ressens rien de tel
Je dirai que les enfants
sont plus spontanés dans leurs critiques : s'ils aiment le livre, ils s'abandonnent
complètement à leur plaisir, et s'ils s'ennuient, ils laissent simplement
tomber. C'est assez rafraîchissant. Et pour un gamin de 10 ans, un écrivain,
c'est encore un peu un magicien
Ça le restera jusqu'à ce qu'on
lui apprenne à critiquer, analyser, décortiquer, comparer, résumer,
décoder, parfois jusqu'à l'écurement, et qu'il décide
finalement que " les livres, c'est chiant ". Nous :
Vous avez beaucoup écrit pour la jeunesse ces derniers temps. Allez
vous revenir aux adultes ? Pierre Grimbert : Inévitablement,
mais j'ignore encore quand, ou sous quelle forme. Ah, si : il y sera sûrement
question de fantasy. Nous : Quels sont
vos projets ? Pierre Grimbert : Actuellement, c'est la BD.
Un travail sur une série comique qui, je croise les doigts, a toutes les
chances de voir le jour. J'ignore ce que je ferai immédiatement après
; peut-être le tome 2 de cette BD, ou un grand format pour la jeunesse
Cela nous mène dans quelques semaines et je suis dans une période
où j'ai honoré tous mes contrats. J'ai donc l'embarras du choix
pour les voies à suivre, mais encore le temps d'y penser ! Nous
: Quel métier vouliez-vous faire lorsque vous
étiez petit ? Pierre Grimbert : Je ne suis pas encore
grand, alors pour répondre à ça
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