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Nous : Comment vous êtes-vous intéressé à la Science-Fiction
? Denis Guiot : En fait, il s'agit d'un hasard car je ne fais
pas partie de ces fans qui sont tombés dans la marmite tout petit. Mais, il faut
avouer qu'il existait des prédispositions : mon père était amateur de SF et donc
il y avait toujours des numéros de fiction, un livre ou deux qui traînaient à
la maison. Par conséquent, la SF ne m'était pas un sujet étranger mais je ne m'y
étais pas spécialement intéressé. Ensuite, en 1969, un copain m'a passé des romans,
c'était au moment où J'ai Lu commençait alors à sortir sa collection de SF. J'ai
donc commencé avec Sturgeon, Clarke…C'est plutôt assez bien comme début. Après,
comme je suis un peu monomaniaque, je me suis dis, je veux tout savoir, je veux
connaître entièrement la science-fiction. Nous : Pourquoi
vous intéressez-vous à la jeunesse ? Denis Guiot : Mon intérêt
pour les jeunes provient essentiellement de mon métier d'enseignant. Dans cette
profession, il faut avoir le goût d'initier, de convaincre, de proposer de nouvelles
choses. Entre 10 et 14 ans, beaucoup d'éléments commencent à se définir pour notre
vie future et je pense que c'est à cet age-là qu'il faut proposer des choses à
la fois distrayantes et problématiques pour présenter une certaine vision du monde,
poser quelques questions et voir apporter certaines réponses. Nous
: Pourquoi mélanger la science-fiction et les jeunes ?
Denis Guiot : Dans la SF, il y a toujours ce souci d'expliquer, d'initier,
de faire passer un message. En même temps, j'aime avoir un corpus clairement défini
et il me semblait que dans la SF jeunesse, il existait un terrain quasiment inexploré.
J'avais l'impression que je pouvais apporter quelque chose dans ce secteur spécifique
et même extrêmement spécifique. J'ai donc crée un grand prix de l'imaginaire,
des collections et j'ai même réalisé un dictionnaire d'initiation. Nous
: Selon vous, quelle est la place de la SF jeunesse dans
la littérature ? Et comment est-elle perçue ? Denis Guiot :
Actuellement, il n'existe que deux collections et quelques segmentations dans
des collections plus générales. Finalement, cela reste très réduit. Par ailleurs,
en ce qui concerne la littérature jeunesse, il y a assez peu d'éditeurs qui connaissent
la SF. La littérature jeunesse est une session assez féminisée et on sait que
la SF est préférée à 90 %, par les garçons. La tendance est donc évidente. L'éditeur
ne s'intéresse pas au domaine et donc, il délègue le pouvoir à quelqu'un de plus
érudit. Nous : Comment les jeunes réagissent-ils
avec la SF ? 
Denis Guiot : Ils aiment la SF, ses images, les situations, l'environnement...
Ce n'est pas sans raison qu'au niveau cinéma, avant le film Titanic, les
trois premières places du podium étaient tenues par des films de SF : Jurrasic
Park, E.T. et bien sûr, Star Wars. Bien sûr, il y a des films
compliqués dans lesquels le téléspectateur doit décoder, analyser, reconstruire
mais pour les films qui marchent comme Independance Days, Godzilla
et autres, il suffit de s'asseoir. Le public ne réfléchit pas, regarde et avale
tout. Ce genre là fait beaucoup de mal à la SF. Des films comme Bienvenue à
Gatacca, existent mais malheureusement font beaucoup moins d'entrée que les
autres grandes productions hollywoodiennes. Les jeunes aiment les images de SF
mais quand il faut aller plus loin comme dans la littérature où il s'agit de reconstruire
à partir de mots, là cela devient plus difficile. Les mots sont des symboles qui
demandent de l'imagination tandis que l'illustration mâche le travail. Il y a
un vrai travail de représentation, de reconstruction dans la littérature et la
SF encore plus, car on se retrouve sur des mondes étrangers, dans des temps lointains,
ect. Nous : Les thèmes abordés, ne sont-ils
pas trop compliqués pour les jeunes ? Denis Guiot : La clarification
est LA condition essentielle dans la littérature jeunesse. Il ne s'agit pas de
simplifier le message, l'environnement ou bien encore la phrase, il y a simplement,
une nécessité d'être clair : brosser un décor en quelques lignes, préciser dans
un dialogue qui parle, être précis dans le décor, dans la narration. Pour des
thèmes moins évidents tels que le clonage ou le cyborg, l'auteur doit avant d'aborder
le sujet expliquer de manières simples. Cela s'appelle la pédagogie : dire les
choses simplement et clairement. L'auteur doit leur parler dans leur langage,
être visuel, faire un énorme effort d'écriture et ne pas les prendre pour des
idiots. Nous : Quels sont leurs thèmes
préférés ? Denis Guiot : Pour certains, la SF, c'est aller
le plus loin possible dans le temps ou dans l'espace, pour d'autres il s'agit
plutôt d'une interrogation, même si elle est diffuse, sur l'avenir. Et puis, il
y a aussi le critère classique de la littérature pour la jeunesse, l'identification
avec des héros jeunes qui se retrouvent dans des contextes particuliers.
Nous : A quel âge, peut-on lire de la SF pour jeunes
? Denis Guiot : Il y a un âge mini mais pas d'âge maxi. L'âge
mini reste bien évidemment la maturité de lecture, la maturité psychologique donc
suivant les titres de la collection, les jeunes peuvent commencer vers dix-douze
ans. Par contre, il n'existe pas d'âge maxi parce que je suis intimement persuadé
qu'un bon ouvrage pour la jeunesse se lit avec autant de plaisir, mais un plaisir
différent à l'âge adulte. Par exemple, Harry Potter se lit à tout âge. A chaque
étape, le livre vous apporte un plaisir différent. Nous : Y-a-t-il
des différences importantes entre la SF pour adulte et celle pour les jeunes ?
Denis Guiot : Il n'existe pas de frontière étanche. Des ouvrages
adultes peuvent être tout à fait lus par des enfants et inversement. Les livres
des années 50 ou 60 ou des ouvrages qui relèvent des critères de la littérature
populaire attirent souvent les jeunes. Ce n'est pas pour rien que dans les années
60 et 70, les jeunes lisaient essentiellement des romans Fleuve noir de la collection
anticipation. Maintenant, à 12 ans, les enfants peuvent lire des livres comme
Je suis une légende de Matheson ou bien L'homme qui rétrécit. Les critères de
la littérature jeunesse sont celle de la littérature populaire : la rapidité,
l'action sans oublier de la limpidité, de la clarté. Nous : Qui
sont les auteurs de la littérature jeunesse ? Denis Guiot :
Des auteurs de spécialisé dans la SF jeunesse, il n'y en a que 4 ou 5. Maintenant
et de plus en plus, ce sont des auteurs pour les adultes qui vont écrire pour
la jeunesse. Par exemple, Fabrice collin a écrit une dizaine de romans avant d'écrire
son premier livre jeunesse. L'avantage de jouer sur les deux 2 tableaux réside
entre autres dans la publication. Si un auteur sort 3 ou 4 livres par an, les
maisons d'édition ne pourraient pas tous les publier car il n'y a pas beaucoup
de collection de SF jeunesse. La SF reste un domaine compliqué à écrire. Si l'auteur
aime écrire de la SF pour adulte, il pourra ressentir le besoin de se lancer dans
la jeunesse soit parce que ce sera une sorte de récréation ou de défi, soit il
voudra toucher d'autres lecteurs. Pour certains, écrire pour des jeunes est un
vrai challenge car ils doivent rendre accessible leur univers complexe à des enfants
de 12 ans. Nous : Quel est l'avenir de
la littérature jeunesse de SF ? Denis Guiot : La SF n'a pas
réellement conquis son public jeune. Certes, le fantastique, la fantasy ont su
prendre l'avantage avec des livres comme Harry Potter ou le seigneur des anneaux
mais la SF relativement peu. Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste. Je pense
qu'il y a de la place pour une SF de jeunesse de qualité exigeante dans le cadre
d'une maison d'édition qui met en avant la qualité et non l'ultra- rentabilité.
Si on veux faire de l'argent, il ne faut pas faire de la SF de Jeunesse ! |