Jean-Marc Ligny

L'auteur multi-genres !

 

A 37 ans, Jean-Marc Ligny fait partie des auteurs phares de la science-fiction française. Son succès, il l'a bâtit en explorant de nombreuses voies du polar au fantastique en passant par le space-opera, les livres pour enfants et le cyberpunk. Lorsqu'il ne joue pas l'anthologiste pour J'ai Lu, Jean-Marc Ligny aime mélanger dans ses histoires l'action et la mise en garde. Mise en garde contre la déshumanisation d'internet, mise en garde contre les dangers de l'extrême droite, mise en garde contre l'intolérance... il traque les défauts de notre société pour mieux les mettre en évidence. Associé à une patte particulière et à l'omniprésence de la musique en toile de fond de ses livres, Jean-Marc Ligny est un écrivain séduisant. En tout cas assez pour avoir envie de lui poser quelques questions.

 
 
     
 
 

Les oiseaux de Lumière
de Jean-Marc Ligny,
aux éditions J'ai Lu,
collection Millénaires
Genre : Space Opera
Couverture : Mandy
Date de Parution :
Mai  2001

Inédit

 
Lisez le prologue des Oiseaux de Lumière !!!
 
 
Jihad
de Jean-Marc Ligny
aux éditions J'ai Lu,
collection
nouvelle génération n°5604
Genre : SF
Couverture :
D.R.
Date de Parution : Septembre 2000

Réédition

Cosmic Erotica
sous la direction de
Jean-Marc Ligny,
aux éditions J'ai Lu, collection Millénaire n°6025.
Genre :
Anthologie féminine
Couverture : -
Date de Parution :
Janvier 2000

Inédit

 
 

Nous  : La musique est très présente dans votre œuvre, vous en écoutez beaucoup en travaillant ? Jean-Marc Ligny : Pas mal effectivement. Disons que je compose la bande son du film qui se déroule dans ma tête lorsque j’écris. Je choisis mes disques en fonction du sujet, de l’histoire, de l’ambiance que je souhaite créer autour de moi. Ça me permet de me concentrer et de ne pas me laisser distraire par les voitures qui passent, les tracteurs ou le téléphone…

Nous : Vous écoutez quoi comme genre de musique ?
Jean-Marc Ligny : Ça dépend surtout de ce que j’écris. Si c’est une histoire cyberpunk, ce sera plutôt de la techno, de l’électro... Si c’est une nouvelle dramatique, je taperais plus dans le gothique etc. Par exemple, pour la Mort peut danser j’ai surtout écouté Dead Can Deace puisque c’était un hommage à ce groupe.  Pour Jihad qui se passe en partie en Algérie, je me branchais plutôt Raï. Tout dépend vraiment du bouquin. D’ailleurs, en général, je mets les références musicales au début de mes livres pour les lecteurs qui veulent se plonger complètement dans l’ambiance. Et puis c’est aussi une forme de dédicace parce que ces groupes m’ont accompagné pendant parfois plusieurs mois. A leur manière ils ont aussi participé à cette création.

Nous : Aujourd’hui vous vivez en Bretagne, mais vous êtes né dans la région parisienne. Pourquoi avoir migré ?
Jean-Marc Ligny : D’abord parce que je suis tombé amoureux de la Bretagne en y allant en vacances, plus précisément là où je vis dans les côtes d’Armor. Ensuite parce que je cherchais une occasion de fuir Paris. Dans mon cas la capitale n’est pas très propice à la création littéraire. J’ai besoin de calme et de tranquillité. Et puis j’ai besoin d’avoir un paysage autour de moi qui m’inspire autre chose que le périphérique.

Nous : Une première nouvelle en 1978, puis très vite un premier roman. La SF découvre alors un nouvel auteur. Que se passait-il avant pour Jean-Marc Ligny ?
Jean-Marc Ligny : J’étais un gamin (rire). Je n’avais alors pas une idée très précise de mon avenir. J’avais bien essayé de faire du rock, mon autre passion, mais je n’étais pas très doué pour ça... Il ne suffit pas d’un gros ampli et d’une guitare pour devenir musicien. Je me suis alors mis à la SF. C’était en 1976. J’avais 20 ans. A ce moment-là, j’avais un peu de temps devant moi, rien à faire et l’envie de raconter une histoire. Non seulement je m’en sentais capable, mais surtout lire de la science fiction depuis une douzaine d’années m’avait donné envie d’en écrire. Voilà comment est né mon premier livre. Il n’est jamais paru parce qu’il faut avouer qu’il était assez nul (rire). Mais je me suis pas découragé. Aujourd’hui je pense que j’ai bien fait…

Nous :
Votre premier roman arrive assez vite après vos débuts…
Jean-Marc Ligny :
A vrai dire je me sens plus romancier que novelliste. J’ai écrit à peu près autant de nouvelles que de romans, c’est-à-dire une trentaine. Il m’arrive de faire des nouvelles parce qu’on m’en demande mais j’en écris rarement de moi-même, sauf cas exceptionnel. Je m’exprime mieux dans un format long. D’ailleurs on vient d’en parler, ma première tentative littéraire, c’était un roman, écrit en deux mois chez mes parents pendant les vacances alors que j’étais tout seul.

Nous : En 1985 , vous devenez pro. Qu’est-ce qui vous a décidé à franchir le pas ?
Jean-Marc Ligny :
Premièrement, le fait de quitter la capitale. A Paris, j’étais obligé d’avoir un autre boulot pour vivre. Deuxièmement, je pense que dès le début, être professionnel a été mon but. Avec la publication de mon premier roman, je me suis rendu compte que j’étais capable de séduire les éditeurs. Pour moi, il ne faisait alors plus aucun doute que je vivrais un jour de ma plume, même si ça devait me prendre quinze ou vingt ans ! Finalement, la patience a payé. (rire)

Nous : Aujourd’hui, c’est l’accomplissement d’un rêve de pouvoir écrire tous les jours et de vivre de sa plume ?
Jean-Marc Ligny : C’est à la fois l’accomplissement d’un rêve et en même temps le début d’un surpassement continuel. A chaque nouveau livre je suis obligé de me surpasser. Même pour un petit roman comme un Poulpe ou un Macno, qui ne me demandera pas des mois ou des années de préparation, j’essaie de faire aussi bien que pour un bouquin de 400 pages. D’abord parce que je suis un peu perfectionniste. Ensuite parce que je ne veux pas décevoir les lecteurs. J’écris aussi pour la jeunesse. C’est un public impitoyable qui veut d’abord et avant tout de bonnes histoires. L’auteur est au second plan. Cette exigence, je l’applique aussi au public adulte. Même s’ils sont un peu plus indulgents, ils attendent aussi de bons bouquins qui les tiennent en haleine des heures, qui leur font louper leur station de métro, qui leur fassent passer des nuits blanches…

Nous : Pourquoi vous être mis à faire des romans pour enfants ?
Jean-Marc Ligny : Ça s’est passé d’une façon assez curieuse. Je venais de publier Yurlunggur chez Denoël, un roman fantastique assez dur dans les milieux de la drogue. Et curieusement, j’ai été contacté par Bayard. La personne avait adoré Yurlunggur et m’a demandé d’emblée si ça m’intéresserait d’écrire pour la jeunesse. J’ai trouvé la proposition séduisante. A partir de là, on a beaucoup travaillé ensemble. Et comme j’étais plutôt content du résultat, j’ai continué dans cette voie après. C’est un exercice qui me plait énormément. On en a déjà parlé mais les enfants sont impitoyables et c’est une obligation d’excellence. Et puis j’aime bien dévoyer ces chères têtes blondes pour les amener vers une littérature plus ouverte et libre que les classiques qu’on tente péniblement de leur faire ingurgiter à l’école.

Nous : Quels sont vos rapports avec les enfants ?
Jean-Marc Ligny : Ca se passe très bien en général. Lorsque j’écris, je suis un peu schizophrène. Je me remets dans l’esprit de mes 12-14 ans, même si je ne bétifie pas. J’écris comme un adulte mais je pense comme un gamin. C’est pareil lorsque je suis devant eux. Le contact se fait tout de suite. Même quand mes bouquins sont un peu imposés par le prof, en général, ils aiment bien parce que ça cartonne dès le départ et qu’ils se mettent facilement à la place des héros.

Nous : Il y a une différence de réaction entre les adultes et les enfants ?
Jean-Marc Ligny : Tout à fait. Les jeunes sont beaucoup plus francs. Quand ils adorent c’est sans retenue, comme quand ils détestent d’ailleurs. Du coup, on a des discussions beaucoup plus franches et qui peuvent aller assez loin. Avec les adultes, il y a une barrière. Ils voient l’auteur avant le mec. Pour les enfants, je ne suis que le type qui a écrit l’histoire qu’ils ont aimée. On se trouve facilement sur la même longueur d’onde. Attention, je ne dénigre pas mon public adulte. Hier par exemple, pendant une séance de dédicaces, j’ai une jeune fille qui a découvert que j’étais l’auteur de La mort peut danser. Elle a fondu en larmes parce qu’elle avait flashé sur cette histoire et qu’elle l’a vécue presque en transe. C’est une réaction qui m’a ému. Je me suis dit que je n’avais pas écrit pour rien. Je le sais en théorie par les critiques. Mais là, c’était fort. C’est aussi pour donner ce genre de sensation aux gens que j’écris.

Nous : Vous y pensez lorsque vous écrivez ?
Jean-Marc Ligny : Non. J’oublie un peu tout le reste à part mes personnages et mon histoire. Les meilleurs moments, ce sont alors ces instants de grâce où j’oublie que j’écris. J’ai simplement l’impression de suivre une histoire que des amis me racontent dans ma tête. Et pour ces moments-là, je suis prêt à supporter les jours de galère, de recherches stériles, de pages blanches et de doutes.

Nous : Grand prix de l’imaginaire et prix Ozone en 1996 pour Slum city et Inner city. Recevoir un prix c’est une récompense ou une étape ?
Jean-Marc Ligny : Ca fait plaisir c’est sûr, parce que c’est la reconnaissance des pairs. Ceci dit, je ne cours pas après les prix. C’est une bonne surprise mais c’est tout. Ce qui compte, c’est la reconnaissance du public et les moments privilégiés où je peux le rencontrer.

Nous : Peut-on dire que vos deux thèmes de prédilection sont le cyberpunk et le space opéra ?
Jean-Marc Ligny : Je ne pense pas avoir de thèmes de prédilection. J’aime bien explorer tous les genres de la SF et des littératures de l’imaginaire en général. J’ai écrit de la fantasy, du polar, de la politique fiction, de la spéculative fiction… Mon prochain bouquin sera un space op’. Le suivant sera un post-cyberpunk. J’ai envie de tout explorer et de parfois tout mélanger. Il n’est pas exclu qu’un jour je fasse un roman historico-fantastique, ou un polar de fantasy, ou un roman ethnique cyber… Ce sont des domaines de la littérature qui se côtoient et s’interpénètrent. C’est aussi ce qui donne sa richesse aux littératures de l’imaginaire. Un imaginaire qui ne se développe pas, qui ne se nourrit pas de la culture de chacun, c’est un imaginaire qui se sclérose.  Quelqu’un qui ne rêve pas, c’est quelqu’un qui meurt.

 
Lire la suite de l'interview...