| Nous
: Une question évidente : comment est né l'univers des
Oiseaux de lumière qui semble daté de quelques années ?
Jean-Marc Ligny : Il est né au début des années 80 devant une exposition
de vaisseaux spatiaux et de scènes "extraterrestres" mises en espace par Jacques
Lelut. C'était des maquettes de toute beauté, construites uniquement avec de la
récup, avec des éclairages, des hologrammes, une ambiance sonore, etc. L'expo
a pas mal tourné, notamment dans un train, et sur des péniches. Sous chaque maquette
était affiché un petit texte de présentation, un embryon d'histoire. Mon imaginaire
s'est emparé de ça et a bâti autour, peu à peu, tout l'univers des Chroniques
des Nouveaux Mondes… J'ai rencontré Mandy à une autre expo de Lelut (qui présentait
cette fois des androïdes). Comme il a été pareillement séduit, il s'est facilement
intégré à mon univers… dont on a poursuivi le développement, je dirais "à temps
perdu" (mais pas tant que ça) sur des années. Nous : Apparemment,
vous avez beaucoup travaillé à deux avec l'illustrateur Mandy. Comment vous-êtes
vous répartis les tâches ? Jean-Marc Ligny : On a été invités
à quatre reprises, en résidences d'artistes à Vouneuil-sous-Biard dans la Vienne,
pour préparer le scénario du roman. Quatre fois une quinzaine de jours, répartis
sur un an et demi environ. On n'a travaillé sur Les Oiseaux de Lumière
que dans ces moments-là. Mais j'avais déjà énormément de notes en amont… et Mandy
beaucoup de tableaux qui ont servi de base visuelle. J'avais déjà publié, une
dizaine d'années auparavant, trois romans et une dizaine de nouvelles sur les
Chroniques, donc je possède un gros dossier ! Ces romans seront d'ailleurs
repris bientôt chez J'ai Lu. Nous :
C'est un gros livre, il vous a demandé beaucoup de travail ? Jean-Marc
Ligny : À part ces quatre séances avec Mandy et presque vingt ans de notes
accumulées derrière, l'écriture du bouquin m'a demandé sept mois, dont les derniers
étaient plutôt intenses ! Mandy, pris par les éditions du Diable Vauvert pour
qui il travaille, ne pouvait pas m'aider. Heureusement, ma femme Régine a pris
le relais et grâce à elle, ses idées, ses réflexions, ses commentaires, ses corrections…
le roman a pu être mené à bien en temps et en heure, et sortir pile poil pour
obtenir le prix Tour Eiffel ! :-) (ce qui fut une totale surprise pour moi)
Nous : Par rapport à certains de vos romans
(je pense à Jihad ou Inner City), Les oiseaux de lumière
est plutôt optimiste. C'était une volonté dès le départ ? Jean-Marc
Ligny : Tout à fait. Il faut déjà être sacrément optimiste pour croire à l'exploration
spatiale par des vaisseaux habités, du moins dans un avenir envisageable. En outre,
je présente une humanité globalement pacifiée (même si des conflits et tensions
demeurent), sous la houlette de deux races infiniment supérieures et suprêmement
puissantes mais non agressives. Le fait est qu'il n'y a pas de morts ni de violence
dans Les Oiseaux de Lumière… Je crois encore en l'humanité, à long terme.
Nous : Les oiseaux de lumière
est considéré comme un hymne à la tolérance (en ce qui concerne les pratiques
sexuelles et le racisme), est-ce que c'était aussi une volonté dès le départ ?
Jean-Marc Ligny : Non, pas vraiment, mais Mandy et moi
étant "tolérants", nos personnages le sont aussi (ou le deviennent)… et pour que
l'histoire fonctionne, il fallait qu'ils le soient ! En outre, c'était nettement
plus agréable ainsi… Nous : Comment
présenteriez-vous ce roman à quelqu'un qui ne l'aurait pas encore lu ?
Jean-Marc Ligny : Faites-vous plaisir, oubliez vos soucis et ce monde cruel,
lisez-le ! C'est une parabole sur le pouvoir du rêve, une drogue douce sans effet
secondaire ni accoutumance ? sinon prendre goût au bonheur… ;-) Nous
: A peine publié, Les oiseaux de lumière a reçu
le prix Tour Eiffel. Comment le prenez-vous ? Comme une récompense, un heureux
présage pour la suite... ? Jean-Marc Ligny : À la fois
comme une consécration pour mes vingt ans de carrière opiniâtre, et comme un seuil
vers un niveau professionnel supérieur, peut-être plus confortable matériellement
mais bien plus exigeant sur le plan imaginaire et intellectuel, car je suis désormais
condamné à faire mieux, ou au moins aussi bien ! Nous : Dans
l'autre interview que nous publions sur le site, vous parliez de la relation particulière
que vous entretenez avec certains de vos personnages. Retrouver Oap Täo fut un
plaisir ? Jean-Marc Ligny : Un immense plaisir, mais faire
la connaissance de Frieda ? et surtout d'Hu-Reï ? encore plus ! Je crois que je
suis carrément amoureux d'Hu-Reï. Ma femme va être jalouse ! ;-) Nous
: Quels sont les prochaines histoires prévues dans les
Chroniques des Nouveaux Mondes ? Jean-Marc Ligny
: La réécriture de celles parues il y a 10 ans au Fleuve Noir, notamment la
Saga d'Oap Täo et Un été à Zedong. Et peut-être un roman jeunesse…
Plus quelques nouvelles qui seront disséminées ici et là, notamment dans Galaxies
(la revue) et dans mon antho Eros Millenium. Nous : Quels
sont vos projets immédiats ? Jean-Marc Ligny : Terminer
Eros Millenium, qui doit sortir en octobre, et qui est la version masculine
de Cosmic Erotica. On y trouvera des auteurs de premier plan comme Clive
Barker, Pierre Bordage, Neil Gaiman, K.W. Jeter ou Valerio Evangelisti… En octobre
également doit sortir chez Hors-Collection un album de photos étranges et magnifiques
de Jean-Luc Boivent, des images de déserts que j'ai "illustrées" par une légende
de mon cru… Et bientôt, je démarre un gros roman pour Flammarion, sur le dérèglement
climatique (entre autres) qui est prévu pour la rentrée 2002. Voilà ! Ça ira comme
ça ? |