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Nous : C'est Comment vous est venue l'idée
du Roi d'Août ? Michel Pagel : Il y a une vingtaine
d'années, je lisais une biographie de Blanche de Castille (La Reine
Blanche de Régine Pernoud) dans laquelle il était fait allusion
en trois lignes au mystère historique que constitue le mariage entre Philippe
Auguste et Isambour de Danemark. Comme j'étais à l'époque
bercé de la fantasy de Poul Anderson, Danois d'origine, (notamment Le
Dernier Chant des Sirènes) j'ai immédiatement pensé que
ladite Isambour n'était pas totalement humaine. Bref, le fantastique m'a
semblé pouvoir se plaquer tout naturellement sur la réalité.
Nous : A-t-il demandé beaucoup de
documentation ? Michel Pagel : Enormément. Le projet
de départ était de ne dénaturer en rien l'histoire de France
pour ce qu'on en connaît. Idéalement, tous les événements
du roman qui sont vérifiables sont exacts. (J'ai dû laisser passer
quelques erreurs de détail, naturellement, mais j'ai tenté de les
minimiser.) Pour cela, j'ai lu tout ce qui s'est écrit sur Philippe Auguste,
y compris les chroniques d'époque et des catalogues d'actes. J'ai couru
pendant six mois les bibliothèques à la recherche d'ouvrages rares,
et il m'a fallu ensuite effectuer un travail de synthèse de toutes ces
sources, parfois contradictoires. (J'avoue que lorsque les historiens se disputaient,
j'ai choisi la version qui m'arrangeait le mieux sans me poser de questions :
je suis tout de même romancier). Et le plus amusant, c'est qu'à force
de me documenter, j'ai trouvé dans les textes d'époque des passages
qui corroboraient mes théories fantastiques - je les ai d'ailleurs placés
en exergue à la fin des chapitres. Nous : Pourquoi
avoir choisi cette période particulière de l'histoire et le personnage
de Philippe Auguste ? Michel Pagel : J'ai déjà
expliqué d'où était venue l'étincelle de départ.
Pour le reste, j'ai toujours été fasciné par le Moyen-Age,
et j'ai toujours rêvé d'écrire un gros roman historique, donc
la période s'imposait d'elle-même. Quant à Philippe Auguste,
c'est un hasard. Quand j'ai commencé à m'intéresser à
son règne, j'aurais été bien en peine de dire ce que ce roi
avait accompli. Je comptais à l'origine raconter essentiellement l'histoire
d'Isambour, avec Philippe en tant que personnage secondaire. Ce n'est qu'à
force de réfléchir au livre que j'ai fini par réaliser qu'il
devait être mon personnage principal. Nous :
Pourquoi avoir introduit un peu de fantastique dans ce roman avec Lysamour ?
Michel Pagel : Parce qu'ainsi que je le disais, j'ai toujours vu ce roman
comme un livre fantastique. L'idée était d'expliquer les mystères
de l'histoire par le biais du fantastique. Ma réflexion à cet égard
m'a conduit à imaginer le personnage de Lysamour, mais il est finalement
très secondaire : il ne me sert qu'à justifier les relations ultérieures
de Philippe avec Isambour. Nous : Comment
présenteriez-vous ce roman à quelqu'un qui ne l'aurait pas lu ?
Michel Pagel : C'est le genre d'exercice dans lequel je suis absolument
déplorable, désolé. Je ne saurais pas quoi dire.
Nous : Vous racontez l'histoire romancée de Philippe Auguste avec
quelques notions fantastiques, avez-vous créé une affinité
particulière avec ce personnage historique comme certains biographes ?
Le voyez-vous aujourd'hui comme un roi de France ayant existé ou un personnage
de roman ? Michel Pagel : Ma foi, les deux. Comme je le disais plus
haut, j'ai lu une dizaine de biographies de l'individu, écrites par les
historiens les plus divers. A partir de là, je me suis créé
une image du personnage, dont je me suis servi pour commencer le roman. Au fur
et à mesure que j'écrivais, cependant, et que Philippe se mettait
à vivre devant moi, il a certainement acquis une personnalité différente,
non seulement de ce qu'il a été en réalité mais aussi
de l'idée de départ que je m'en faisais. Le Philippe Auguste qui
agit dans Le Roi d'Août est, je crois, entièrement un personnage
de fiction que j'ai créé, du moins en ce qui concerne sa psychologie.
Le véritable Philippe Auguste, même s'il n'avait pas les mêmes
motivations, a néanmoins bel et bien accompli les mêmes actes (en
tout cas, ceux qui sont vérifiables et ne relèvent pas du fantastique
pur et simple). Donc, pour répondre à votre question : il s'agit
d'un mélange des deux, oui. Nous : Avez-vous
travaillé sur son caractère ? Michel Pagel
: Evidemment. Par chance, ce caractère avait été assez bien
dépeint par les contemporains de Philippe. Dépeint, mais pas expliqué,
car il recèle bien des contradictions. Mon travail a donc été
de trouver la raison de ces dernières, de cimenter toutes les pièces
dont je disposais afin d'obtenir un personnage cohérent. Nous
: Est-ce un plaisir ou bien une crainte de jouer avec
l'Histoire avec un grand H comme dans ce roman ? Michel Pagel
: C'est bien entendu un plaisir, mais qui s'assortit de la crainte de ne pas en
être capable. J'avoue qu'avant de commencer la rédaction du livre,
je ne savais absolument pas par quel bout la prendre. La deuxième crainte
était, du fait de la complexité de l'époque, notamment en
matière de politique, de me retrouver à écrire un traité
d'histoire plutôt qu'un roman. J'espère avoir réussi la fusion
entre les deux. Nous : Etait-il destiné
dès le départ à une collection de littérature général
et cela a-t-il changé votre manière de travailler par rapport à
vos romans "SF" ? Michel Pagel : Il était
au départ destiné à la collection Millénaires, de
J'ai Lu. Il en a été écarté (par un commun accord
de l'auteur et de l'éditeur) parce qu'il se retrouvait trop historique
et pas assez fantastique. Ce qui répond je pense à votre question.
Je ne cherche absolument pas àm'insérer dans le moule d'une collection
: j'ai passé trop de temps à faire ça au Fleuve Noir pour
m'y adonner encore. J'écris les romans que j'ai envie d'écrire.
Ensuite, les publie qui veut. (Il arrive d'ailleurs que certains restent un bon
moment dans un tiroir avant de trouver l'éditeur qui leur convient. Ça
n'a heureusement pas été le cas pour Le Roi d'Août).
Nous : Enorme par rapport à vos autres
romans, comment avez-vous travailler et combien de temps y avez-vous passé
? Michel Pagel : J'ai commencé par une période
de documentation pure, qui a duré six mois, puis la rédaction m'a
demandé environ un an et demi. (Durant lesquels j'ai cependant effectué
aussi deux traductions pour gagner ma vie). En dehors de la lourdeur inhabituelle
de la documentation, j'ai travaillé comme je le fais toujours : en m'appuyant
sur un plan précis, mais sans hésiter à le modifier au fur
et à mesure que l'histoire se construit. Nous : J'imagine
que sa sortie est un soulagement ? Michel Pagel : Sa sortie,
d'autant qu'il s'agit d'un très bel objet, me fait un grand plaisir. Mais
pour ne rien vous cacher, le soulagement, je l'ai surtout éprouvé
quand j'ai écrit le mot FIN au bas de la dernière page. Si on se
rendait compte du travail et du stress que représente l'écriture
d'un roman de cette taille, on n'en écrirait jamais. (Heureusement, l'inconscience
veille.) Nous : Avez-vous déjà
eu des réactions de lecteurs sympathiques ou insolites ?
Michel Pagel : Quelques avis de lecture positifs, oui, mais il est encore
un peu tôt. Nous : Ce roman historique
publié dans une collection de littérature général
annonce-t-il un changement de cap de Michel Pagel ? Michel Pagel
: Non, pas réellement. Plutôt un élargissement des centres
d'intérêt et donc des débouchés. Mais je reste dans
le domaine de la littérature populaire et du fantastique. D'ailleurs, je
prépare en ce moment la suite de la Comédie Inhumaine (qui devrait
sortir en Millénaires, cette fois.) Nous : Quels
sont vos projets ? Michel Pagel : Outre celui signalé
ci-dessus, je viens de terminer un roman fantastique intitulé L'Esprit
du Vin, qui n'a pas encore été acheté par un éditeur.
Après le Millénaires, je me lancerai sans doute dans un nouvel ouvrage
à coloration historique, mais très différent du Roi d'Août.
La chose est cependant encore nettement trop floue dans mon esprit pour que j'en
dise plus. |