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La grande Muraille de Mars

Alastair Reynolds (Auteur), Amir Zand (Illustrateur de couverture), Florence Dolisi (Traducteur), Pierre-Paul Durastanti (Traducteur)
Langue d'origine : Anglais
Aux éditions : 
Date de parution : 09/10/2025  -  livre
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Alastair Reynolds - La grande muraille de Mars. Un recueil par un maître de la science-fiction

Un maître de la science-fiction

Avec le cycle des « Inhibiteurs », Alastair Reynolds s’est imposé comme un des maitres du space opera. Et son talent se confirme d’année, il n’y a qu’à lire le splendide Eversion (Le Bélial, 2023) ou La maison des soleils (Le Bélial, 2024). C’est aussi un nouvelliste et les éditions Le Bélial ont décidé l’année dernière de publier un recueil volumineux, La grande muraille de Mars.

Space opera en miniature

On commence donc avec la nouvelle éponyme, La Grande Muraille de Mars, qui décrit une guerre entre humains et fusionnés (des humains augmentés je suppose) dans tout le système solaire avec comme but d’abattre l’artefact de la grande muraille tout en échappant aux vers (des gros robots laissés sur place). C’est un peu obscur, vertigineux aussi. Zéphyr est plus classique : on retrouve deux vaisseaux, l’un avec un équipage humain et l’autre avec une « fusionnée » que le mécanicien Inigo baptise Zéphyr. Le capitaine se méfie d’elle, Inigo tombe amoureux. Pour sauver son vaisseau d’un poursuivant, Inigo cherche à convaincre Zéphyr de les aider. Dans Par-delà le Rift de l’Aigle, un homme se réveille après un long voyage cryogénique, accueillie par une ex-petite amie… qui finit par lui dire qu’il se trouve sur une station près du nuage de Magellan, très loin de la civilisation. Mais est-ce vrai ? C’est très réussi, l’histoire évoque sa novella Mémoire de métal.

Dans les réussites, on trouve aussi Les Fleurs de Minia : un homme débarque sur une planète et retrouve des descendants de colons humains. Leur planète est menacée, il accepte de les aider, en partie à cause d’une jeune fille nommée Minla, et de rester pour les guider dans leurs efforts technologiques…  Et cela dérapera, le tout évoquant la prime directive de Star Trek.

Des sources d’inspiration variées

On change de braquet avec Bleu Zima où une journaliste vient rencontrer un artiste célèbre dans la galaxie, Zima, auteur d’une teinte de bleu très populaire, qui exige d’elle qu’elle laisse son aide-mémoire. Elle accepte… Mais Zima n’est pas un humain mais un robot qui a accédé à la conscience depuis sa naissance dans la silicon valley. Et il recrée une piscine (il était au départ un robot voué au nettoyage d’une piscine) afin d’accomplir sa dernière exhibition. Etrange. Dans Fureur, un empereur est victime d’un assassinat… mais ce n’est pas grave, son prochain corps est prêt. De fait, la tentative d’assassinat était plus un signal qu’autre chose, surtout avec cette inscription mystérieuse sur la balle. Son fidèle Mercurio, un robot d’apparence humaine décide de mener l’enquête… Ce qu’il va découvrir va bouleverser sa vie de robot.

 

On se croirait chez Jack Vance avec L’Apprenti du chirurgien des étoiles : un jeune garçon embarque à bord d’un vaisseau où il devient apprenti chirurgien. Le voilà qui opère des hommes, des cyborgs. Et il s’amourache d’une jeune fille bourrée d’implants… Avant d’apprendre la vraie nature de l’équipage : ce sont des pirates. Surtout, ils retiennent une créature alien et sa mère pour leur armement. Ça ne durera pas avec ce jeune gars amoureux et plein d’idéal. Dans La Fille du fabricant des traîneaux, on fait la connaissance d’une jeune fille est persécutée par le fils d’un riche propriétaire sur une planète gelée. Elle reçoit un cadeau d’une vieille de trois cents ans, un artefact qui va lui permettre de vieillir plus lentement et de vivre plus longtemps. Anecdotique. Dans Troïka, il y a aussi un artefact, étranger cette fois, qui apparaît dans le système solaire. On le surnommé le Matriochka. Emane de lui un signal qui est… de la musique russe. L’artefact vient en fait du futur pour prévenir que quelque chose a dérapé. La chute est très intéressante. Dans Le dernier journal de bord du Lachrimosa, on voit aussi une exploration de vaisseau qui tourne mal. Reynolds excelle à décrire les dérapages.

Petite touche de politique avec La Voleuse d’eau : sur une Lune divisée en stations nationales, une femme, mère célibataire sauve, contre l’avis de sa hiérarchie, un voleur d’essence (ou d’eau ?) par conviction (on ne laisse pas un homme mourir). Elle y perdra ses habilitations. Passionnant.

 

Vers le grand vertige

 

On change de niveau avec Grand Sommeil : Gaunt, un homme très riche endormi au 21e siècle en attendant l’immortalité, se réveille au 23e siècle. Pas d’immortalité mais deux milliards d’humains dorment tandis que des machines sentientes, qu’il a contribué à inventer, en affrontent d’autres sur un autre plan de la réalité. Lui ne sera qu’un mainteneur… excellente histoire comme Vanité : Loti, une tailleuse de roche est engagée par un richissime homme d’affaires pour sculpter le David de Michel-Ange sur un astéroïde… Mais l’astéroïde est projeté sur la base de Naïade et il y a des morts. Des années plus tard, une détective retrouve Loti et la met devant un dilemme : rester inconnue et libre, ou être arrêtée pour cet attentat et devenir célèbre pour avoir sculpté cet astéroïde. Entre polar et SF, Reynolds nous offre une perle. Et puis il y a Capsule d’urgence : Mike est blessé sur un champ de bataille où s’affrontent robots et méchas. Il est placé dans une capsule d’urgence et est opéré à distance d’une hémorragie cérébrale par une chirurgienne. Mais tout autour de lui, la bataille fait rage et il décide de s’éloigner du champ de bataille… Mais il comprend qu’en fait, il n’est pas Mike.

 

Terminons avec A Babelsberg où un cyborg nommé Vincent (en hommage à Van Gogh) est démasqué : il a sciemment laissé mourir un équipage humain descendu sur Titan. Mais un autre Cyborg, Maria, veille et rétablira la justice. Le face-à-face est passionnant. Célébrons Alastair Reynolds qui, après avoir débuté dans la Hard Science, démontre aussi qu’il est un grand écrivain.

 

 

Sylvain Bonnet

 

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