Auteur de best-sellers et maintes fois adapté à l’écran, la réputation de James Herbert n’est plus à faire : l’horreur et les fantômes sont ses spécialités. Outre les spectres, un de ses livres les plus connus montre un penchant très britannique pour la fin d’un monde. Les rats (et ses suites), décrit une invasion de rongeurs mutants, une approche de l’apocalypse particulièrement effrayante. Un autre de ses romans, Fluke (un clin d’œil à Virginia Woolf ?) montre un autre aspect de l’après-vie : la réincarnation (en chien, pour celui-ci). Les effets du réchauffement climatique nous rapprochent de plus en plus de la fiction, mais il nous reste peut-être assez de temps pour lire Présages. Bien qu’il soit difficile de le comparer au chef-d’œuvre de John Brunner Tous à Zanzibar, dont on ne saurait trop recommander la lecture, Présages peut-il éveiller les climato-septiques les moins obtus ? C’est à souhaiter...
La fin du monde ? C’est en ce moment, réveillez-vous !
Les choses vont très mal sur notre pauvre planète et, d’après les évènements qui se succèdent depuis quelques mois, cela ne semble guère en passe de s’arranger. Les exemples ne manquent pas : des milliers de pingouins se sont volontairement donné la mort, de terribles cyclones se succèdent, des feux gigantesques ravagent des milliers de kilomètres carrés de forêts, des volcans sous-marins se réveillent inexplicablement et des pluies diluviennes s’abattent sur l’Angleterre, surprenant un peuple pourtant habitué à l’humidité… Dans le monde entier, juste avant les catastrophes, certaines personnes sont persuadées avoir vu d’étranges globes lumineux, d’éphémères boules de foudre annonciatrices des désastres. Tout cela est-il naturel ou des forces démoniaques sont-elles à l’œuvre ? Pour le savoir, il faudrait se rendre à la Nouvelle-Orléans où une église très fermée accueille les dévots d’une religion aux officiants pas très catholiques…
L’humanité est la plus terrible des catastrophes naturelles…
Directement inspiré des théories défendues par James Lovelock dans les années soixante-dix, Présages est une bonne illustration de ce que peut donner la science-fiction lorsque les auteurs décident de relayer les défis les plus terribles auxquels l’humanité doit faire face. James Herbert reprend donc la théorie de Gaïa, la métaphore à laquelle James Lovelock a eu recours pour montrer que l’ensemble du vivant et notre planète sont plus intimement liés que nous ne voulions l'admettre. Comment avons-nous pu croire un seul instant que la pollution, le changement climatique, le dramatique déclin de la biodiversité pouvaient être indépendants des activités humaines, qu’elles concernent l’industrie, l’aménagement des territoires ou l’agriculture intensive ? Dans le roman, une partie de l’humanité tente bien de réagir, mais il est trop tard. Les services météo font désormais gérés par les ministères de la défense, les sciences de la vie ont été rebaptisées « sciences de la vie, de l’évolution et de l’extinction », les migrations climatiques prennent de l’ampleur. Une large moitié du roman nous décrit par le menu les conséquences tragiques de cataclysmes à la violence croissante, tandis que la seconde, plus classiquement horrifique, nous donne une explication surnaturelle qui, comme la Gaïa de Lovelock, peut-être envisagée comme une illustration symbolique des ravages causés par l’avidité du genre humain. En bon spécialiste de l’horreur, il nous livre donc un récit en deux parties mais dont la première, au regard de ce qui est en train de se produire réellement au vingt-et-unième siècle, est incontestablement beaucoup plus terrifiante que la seconde…