Sacrifier la féminité
Nous voici projetés dans un futur proche où le climat déréglé et les migrations ont un tant soit peu désorganisé la société. Un homme a choisi de revenir à la Montagne, là où vivaient ses ancêtres. Il est le Père et a trois filles : Pilha, Dag et Mette. Les trois filles sont élevées par la Mère, à la dure, tandis qu’elle enchaîne les grossesses et met enfin au monde un fils, Finn. Le garçon a la préférence du Père qui, suivant un rituel ancien, devra sacrifier ses filles dès qu’elles seront atteintes de la maladie du sang, à l’instar de la sorcière naguère tuée par l’ancêtre du Père. Pilha sera la première à subir ce rituel, sous le regard d’un Finn abasourdi. Dag, elle, a décidé qu’elle ne se laisserait pas faire. Au village, l’enseignante, madame D. finit par s’inquièter de la disparition de Pilha et des marques sur le corps de Dag. Elle finira par devenir son alliée.
Un roman saisissant
Ici tombent les filles constitue le premier roman de Stephene Guilleux, psychologue clinicienne auprès d’enfants et d’adolescents : ceci explique peut-être une partie de l’ambiance du livre, ancré dans l’enfance. On dirait presque un conte par moments, mais un conte noir : on a ici un Père qui déteste ses filles, manifestant une peur bleue de la femme, sans compter son effroi devant le sang des règles… L’histoire est servie par un style sobre, sans afféteries mais très envoûtant : on n’est pas loin du fantastique sous certains aspects.
C’est déroutant, donc réussi.
Sylvain Bonnet