Conte horrifique, roman sur la cellule familiale, ses mensonges, ses legs impossibles et le sort réservé aux filles : ce premier livre aborde l’emprise avec une envoûtante maîtrise et tient son lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.
Dans un futur proche où le grand dérèglement contraint aux migrations, un père a choisi de fuir la ville pour emmener sa famille sur la Butte, le domaine de ses ancêtres isolé en montagne. Pilha, Dag et Mette, ses trois filles, y endurent une vie de servitude sous les ordres de leur mère. Il y a aussi Finn, le frère, né un jour de tempête, le seul pour lequel le père envisage un avenir.
Car viendra le temps où il faudra conduire chacune des filles en haut de la montagne. Ainsi en a décidé la malédiction qui pèse sur la lignée. Ainsi en a décidé le père. Il faudra sacrifier au rituel. Parce que ce qui coule entre les cuisses des filles ne permet pas le doute. Lorsque Pilha, l’aînée, est atteinte de la mystérieuse maladie du sang, elle est escortée jusqu’au Mont. Et Pilha ne revient pas.
Dag l’a compris, elle sera la prochaine. Alors, c’est décidé : son sang ne coulera pas. Dans la forêt dont elle a fait son royaume, la tension monte. Et de découvertes macabres en révélations, la jeune fille trouvera le courage de s’arracher à la funeste destinée familiale.
Sacrifier la féminité
Nous voici projetés dans un futur proche où le climat déréglé et les migrations ont un tant soit peu désorganisé la société. Un homme a choisi de revenir à la Montagne, là où vivaient ses ancêtres. Il est le Père et a trois filles : Pilha, Dag et Mette. Les trois filles sont élevées par la Mère, à la dure, tandis qu’elle enchaîne les grossesses et met enfin au monde un fils, Finn. Le garçon a la préférence du Père qui, suivant un rituel ancien, devra sacrifier ses filles dès qu’elles seront atteintes de la maladie du sang, à l’instar de la sorcière naguère tuée par l’ancêtre du Père. Pilha sera la première à subir ce rituel, sous le regard d’un Finn abasourdi. Dag, elle, a décidé qu’elle ne se laisserait pas faire. Au village, l’enseignante, madame D. finit par s’inquièter de la disparition de Pilha et des marques sur le corps de Dag. Elle finira par devenir son alliée.
Un roman saisissant
Ici tombent les filles constitue le premier roman de Stephene Guilleux, psychologue clinicienne auprès d’enfants et d’adolescents : ceci explique peut-être une partie de l’ambiance du livre, ancré dans l’enfance. On dirait presque un conte par moments, mais un conte noir : on a ici un Père qui déteste ses filles, manifestant une peur bleue de la femme, sans compter son effroi devant le sang des règles… L’histoire est servie par un style sobre, sans afféteries mais très envoûtant : on n’est pas loin du fantastique sous certains aspects.
C’est déroutant, donc réussi.
Sylvain Bonnet