Un nouveau roman de Maurice G. Dantec

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Lensman
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Message par Lensman » mer. juil. 04, 2007 10:27 pm

Bon, le roman sort fin août, et j'aurai peut-être le temps, d'ici là, de me remettre de ce compte-rendu, avec cette affaire de Diable et de Christ. Décidément, je ne suis plus de mon temps..
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Transhumain
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Message par Transhumain » jeu. juil. 05, 2007 10:47 am

montag a écrit :Pour donner des munitions aux détracteurs et des infos aux amateurs, voici une premmière lecture de :

"Artefact : Machines à écrire 1.0" de Maurice G. Dantec

http://yoros.free.fr/artefact.htm
Des munitions contre Dantec, certes non. Mais contre une certaine manière de ne pas s'affronter à sa littérature, sans doute... Pardon, Montag, mais quand vous écrivez, plus haut, que le projet de Dantec consiste à :
élaborer une théorie de la littérature dans le cadre d'une théorie du monde, du réel. La fiction comme mode d'écriture n'est pas une option, c'est un moyen, celui d'amener l'esprit du lecteur sur des territoires complexes qui associent des idées, des émotions, des paroles, des actions. L'idée, d'autant plus présente dans "Artefact", est qu'un roman est une "machine à écrire" (sous-titre du roman) dans l'esprit et l'âme du lecteur et du corps social.
alors vous quittez le champ de la critique. "élaborer une théorie de la littérature dans le cadre d'une théorie du monde", pardon, mais ça ne veut rien dire, du moins tant que vous n'explicitez pas votre propos. Vous ne parlez plus du livre (son style, ses idées) mais du projet avoué de Dantec. Pourquoi donc la critique se soucierait-elle des intentions de l'auteur ? Elle ne le fait que trop souvent, et c'est une grave erreur. Prenez La Horde du contrevent. Il n'est jamais venu à l'esprit de Damasio d'écrire un roman fascisant. Et cependant, nous sommes nombreux à avoir décelé, dans son merveilleux livre, une élimination quasi systématique des faibles. Ca n'a rien de suspect, mais une fiction échappe, ontologiquement, à l'intention première (j'y reviens sans cesse, mais c'est essentiel). Le critique n'a pas à s'intéresser à ce qu'a voulu faire l'auteur (car alors il juge le texte non plus selon ses critères distanciés, mais selon l'adéquation entre le résultat et l'intention), mais seulement à ce qu'il a fait. Au livre. Alors, bien sûr, on ne peut jamais échapper totalement au discours de l'auteur, et plus encore à l'image qu'on se fait de lui.
Dans son ouvrage "Un monde à notre image", François Jost, Professeur à l'Université Paris III (qui s'intéresse surtout, aujourd'hui, à la télévision), désignait quatre "masques" de l'énonciation (filmique), qui, tous, impactent notre regard sur l'auteur, et donc sur l'oeuvre :
le supposé-réalisateur, instance que l'on crédite d'une intention discursive : celle de « parler cinéma ». Il est construit en fonction de la sensibilité du spectateur à l'énonciation cinématographique ; ainsi, lorsque tel ou tel mouvement de caméra, telle ou telle utilisation de la musique de film n'ayant pas de pertinence au niveau diégétique, en ce sens qu'ils ne produisent pas d'inférences narratives, sont renvoyés au « style ». À ce niveau, on décèle aussi bien une intention communica­tive, qui minore les problèmes de cohérence langagière, qu'une intention artistique qui en fait sa finalité.

le narrateur implicite. Ici, il s'agit bien d'une instance construite à partir du système filmique seul. Relèvent de l'énonciation narrative, tout plan, tout son, toute combinaison audiovisuelle nécessaires au spectateur pour comprendre le récit. Si tel travelling de la scène du port dans La Lune dans le caniveau paraît gratuit à certains critiques, c'est-à-dire commutable avec un plan fixe, c'est qu'on ne l'ancre pas dans une intention narrative. Ce n'est pas le cas du dernier panoramique de Profession reporter, dont la finalité est de tenir hors champ la suite des gestes qui, pourtant, vont aboutir à la mort du personnage principal : dans ce dernier cas, le mouvement de caméra tient le spectateur à l'écart d'une scène qu'il doit reconstruire, le plaçant en situation de focalisation externe.

le filmeur empirique. La distance qui sépare cette instance des précédentes est celle qui oppose l'intention et l'aléa, la nécessité et le hasard. Est renvoyé à cette instance tout élément visuel qui n'est pas considéré comme intentionnel : tremblé, faute de scripte, bruit d'avion qui passe dans le lointain, etc.

l'auteur construit. Comment le spectateur renvoie-t-il les images et les sons à telle ou telle des trois instances que je viens d'énumérer ? En fonction de l'idée qu'il se fait de l'auteur, répondrais-je, de la place et du rôle qu'il lui attribue. C'est à ce niveau seul que l'on peut parler de responsabilité narrative : ce que nous imputons au supposé-réalisateur dépend de la façon dont nous construisons l'auteur ou, pour dire les choses autrement, de l'intentionalité, à laquelle nous l'identifions.
(source : Jost François (2006). "L'Auteur construit". La Licorne, Numéro 26. En ligne : http://edel.univ-poitiers.fr/licorne/document383.php)

L'intentionalité, A LAQUELLE NOUS IDENTIFIONS l'auteur... Pas l'intention réelle, qui nous demeure inaccessible (rien ne prouve que l'auteur est sincère quand il révèle ses intentions). A lire Jost, on comprend mieux pourquoi, dans une sphère hypermédiatique, le discours critique est parasité à outrance par des informations extérieures au texte. Notez que l'auteur y est évidemment pour beaucoup. J'évoquais sur un autre fil de discussion le glissement symbolique qu'Internet opérait, entre les auteurs, les éditeuirs, les critiques et les simples lecteurs. Ce n'est sans doute pas un hasard si des écrivains comme Pynchon (dont la vie est entourée de secret) ou Jonathan Littell (qui refuse les interviews TV) soulèvent l'enthousiasme. Par leur retrait, leur distance, ils imposent un respect symbolique. Ils ne sont pas des individus lambda qui publient des livres. Ils sont Pynchon. Ils sont Littell. Des Auteurs. Moins vous accorderez d'importance à l'auteur en tant qu'individu, plus vous serez à même de porter un regard aigü, et objectif, sur son oeuvre.

Ce que vous écrivez ici, cher Montag, Dantec le répète depuis plusieurs années. Pour lui, ses romans ne devraient pas faire l'objet d'une approche critique traditionnelle, puisqu'il ne s'agit jamais que de transmettre des idées directement dans notre cerveau. Dans un long texte sur mon blog, je reprochais à Cosmos Inc. de s'effondrer sur lui-même, d'exploser artificiellement. Dantec a fait allusion à mon texte, dans une lettre adressée aux convives d'un soir, lue par David Kersan. Il répondait que pour lui, peu importe l'échec esthétique. Seule importe la force de frappe. La transmission virale (mémétique, dirait Dawkins) des idées, des images. D'accord. Ca, c'est le point de vue de l'auteur. Mais le critique n'a pas à se conformer à ce point de vue. Le critique doit évaluer la qualité de l'oeuvre, selon certains critères (originalité, cohérence, cohésion, etc.) et l'expliquer (défricher les thèmes du livre, analyser le style, la construction, etc.).

Vous écrivez aussi, dans votre critique : "Les trois textes sont des "machines à écrire" (sous-titre du roman) dans l'âme et l'esprit du lecteur, des substances actives qui colonisent le cerveau et engagent un travail de maturation, qui se poursuit longtemps après la lecture."
En fait, n'importe quel livre un peu intelligent est, dans la terminologie dantécienne, une "machine à écrire" télépathique. Il n'a pas tort, mais il me semble qu'il oublie un peu vite l'ambiguïté fondamentale de la fiction. S'il écrit dans nos cerveaux, ce n'est certes pas directement. A cela, plusieurs raisons. D'abord, l'auteur construit, déjà évoqué : les idées de Dantec seront reçues différemment, sous diverses formes, selon l'image que l'on a de Dantec. Ensuite, un roman n'est pas un essai, nous en avons parlé précédemment : les idées qu'essaie de transmettre Dantec sont transmutées par la fiction ; ce ne sont plus les idées originelles qui sont transmises, mais des métaphores, des idées nouvelles. Enfin, l'inconscient du lecteur transforme ces idées à son tour ; elles entrent en résonance avec d'autres, personnelles. S'il écrit dans nos cerveaux, c'est à l'aveugle.

Pour finir, j'aimerais vous poser une question : vous évoquez pour Artefact une structure "trinitaire",. C'est intéressant, mais fort curieusement, vous la composez de l'Ange, de l'Homme et du Diable. Etrange articulation, si vous voulez mon avis (le terme de Trinité renvoyant exclusivement, pour les catholiques, à Dieu, indivisible mais trine : le Père, le Fils et le Saint-Esprit). Comment articulez-vous votre trinité à celle de l'Eglise, à laquelle Dantec faisait déjà largement référence dans Cosmos Inc. ?...

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Message par systar » jeu. juil. 05, 2007 11:19 am

Seule importe la force de frappe du livre, et non sa réussite esthétique... C'est cette conception, et celle-là seulement, qui d'ailleurs peut justifier qu'il ait accepté de pondre un pavé par an, ce qui est un rythme d'écriture beaucoup trop soutenu pour que chaque page soit vraiment écrite... Si la pensée peut, elle, aller à toute vitesse, et c'est le cas chez Dantec, l'écriture, elle, a un rythme qui lui est propre, fait de tentatives, de renoncements, de pesées, de risques, de reculades. Faites-en l'expérience en écrivant, juste comme ça, pour vous, quelques pages de fiction, en tentant de les écrire de telle sorte que vous puissiez les trouver belles, harmonieuses, à la fois intelligentes et sensuelles: vous verrez que vous y passerez la journée lors même que vous ne vouliez y consacrer qu'une petite heure.

Quant à ce qu'Olivier a expliqué en parlant d' "intentionalité" reconstruite (attention à ne pas confondre avec l'intentionnalité husserlienne, si je te suis bien, Olivier...), la démonstration en bonne et due forme qu'il faut refuser à l'auteur le statut de personne la plus compétente pour parler de son oeuvre et de ce qui se passe à travers cette oeuvre figure, sous sa forme la plus nette et la plus systématique, dans Vérité et méthode de Gadamer.
Au fond, on pourrait poser une question simple: quand bien même l'oeuvre de Dantec serait exactement tout ce que Dantec veut qu'elle soit (une machine à écrire, un virus, une arme, etc.), quels sont ses effets concrets, spirituels, quels sont les effets de sens que cela a produit en vous une fois que cette arme/machine à écrire/virus a agi? Et là, on ne peut plus se dispenser d'un travail sérieux d'analyse...

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Lensman
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Message par Lensman » jeu. juil. 05, 2007 11:22 am

J'ajouterai juste que pas mal de romanciers s'étonnent de ce que l'on dit parfois trouver dans leurs livres (soit ils sont flattés, soit ils s'en offusquent). Dans le cas de Dantec, il y a de toute évidence une volonté "militante" très affirmée, exprimée dans ses romans (à partir d'un certain moment, en tout cas). Il y a là visiblement deux manières de faire de la littérature (on peut imaginer des étapes intermédiaires entre les deux, par exemple à la Heinlein pour rester dans la SF, où il y a un "jeu" permanent entre ce que l'auteur veut dire de ses convictions, ce que croit connaître le lecteur des convictions de l'auteur, etc.). Dans Dantec, pour certains lecteurs (plus ou moins de mon type), cela semble trop brutal: on oublie la littérature, on ne retient que l'imprécation, et l'immersion ne se fait plus.
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Message par systar » jeu. juil. 05, 2007 11:37 am

Avec Dantec, c'est très difficile, quand on tente de le commenter (j'avais essayé, de mon côté, avec Grande Jonction, puis American Black Box, voir sur mon site si ça en intéresse quelques uns), d'éviter la paraphrase, tout simplement parce qu'il n'arrête pas de théoriser lui-même ce qu'il fait au moment où il le fait. Les cas les plus aboutis de narration de la genèse qui devient une genèse de la narration (héhé... 8) ) sont dans Villa Vortex et dans Cosmos Incorporated.
Pour l'éviter, il y a un procédé qui est simple dans son principe et difficile dans son exécution: refuser tout ce commentaire permanent que propose Dantec, et repartir dans la réflexion en faisant fond sur d'autres présupposés que ceux de Dantec.
Par exemple, dans Villa Vortex, déceler la démarche de conversion au christianisme, que Dantec ne thématise pas, mais qui finit par transparaître. J. Asensio avait mené cette lecture-là, non sans quelque talent, sur son blog Stalker.

Dans Grande Jonction, peut-être le bouquin le moins tordu que Dantec ait écrit ces dernières années, j'avais utilisé une grille de lecture qui ne fait pas violence à l'oeuvre, à la lettre du texte, mais que Dantec ne thématisait pas clairement: lire le livre comme une "Révélation", au sens d'une mise en relation de l'homme et de Dieu par l'intermédiaire d'une parole allant de l'un à l'autre. De là, on pouvait identifier que le véritable thème de GJ était le personnage du prophète, de celui qui annonce un miracle plus grand que lui-même, et j'avais donc débouché sur la figure de Jean-Baptiste, qu'on retrouvait disséminée un peu partout dans la narration. Le moine-soldat qui meurt avant d'arriver sur le territoire de Grande Jonction, les deux tueurs chargés de protéger l'enfant-dieu (Gabriel), tout ça pouvait être lu comme autant de variations sur le thème de Jean-Baptiste, celui qui, le dernier, annonce le Messie puis s'efface à l'arrivée de celui-ci.

Voilà, à mon sens, comment on peut lire Dantec...

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Message par Lensman » jeu. juil. 05, 2007 12:50 pm

Là, je dévie de la discussion, mais enfin, je me demande d'où peut venir l'attirance de Dantec pour un modèle religieux, je veux dire, en y croyant vraiment (ou en croyant y croire, mais je ne sais pas si cela à vraiment un sens de distinguer)? Juste le fait que ce modèle a séduit des gens avant lui? (un désir d'imitation). Comment diable (ha!ha! ha!) peut-on être convaincu par un modèle religieux? Vaste question, me direz-vous, alors j'affine: comment peut-on être convaincu par un modèle religieux PLUTÔT qu'un autre (pourquoi ne pas s'enthousiasmer pour l'Islam, par exemple, dans le cas de Dantec?), sauf à dire que l'on a été illuminé, ce qui est peut-être la réponse de Dantec mais qui, évidemment, ne m'éclairerait pas beaucoup... Les bons lecteurs de Dantec (romans et essais) peuvent-ils dire si il s'est exprimé nettement (autant que faire se peut) sur ce sujet?
Oncle Joe

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Message par systar » jeu. juil. 05, 2007 1:15 pm

Lensman a écrit :Là, je dévie de la discussion, mais enfin, je me demande d'où peut venir l'attirance de Dantec pour un modèle religieux, je veux dire, en y croyant vraiment (ou en croyant y croire, mais je ne sais pas si cela à vraiment un sens de distinguer)? Juste le fait que ce modèle a séduit des gens avant lui? (un désir d'imitation). Comment diable (ha!ha! ha!) peut-on être convaincu par un modèle religieux? Vaste question, me direz-vous, alors j'affine: comment peut-on être convaincu par un modèle religieux PLUTÔT qu'un autre (pourquoi ne pas s'enthousiasmer pour l'Islam, par exemple, dans le cas de Dantec?), sauf à dire que l'on a été illuminé, ce qui est peut-être la réponse de Dantec mais qui, évidemment, ne m'éclairerait pas beaucoup... Les bons lecteurs de Dantec (romans et essais) peuvent-ils dire si il s'est exprimé nettement (autant que faire se peut) sur ce sujet?
Oncle Joe
Ta question revient à se demander: bon sang, mais comment des gens, au vingt-et-unième siècle, peuvent-ils encore croire à ces vieilleries dépassées que sont les religions révélées??? :lol: :lol: :lol:
Plus sérieusement:
- il y a effectivement conversion par le sentiment intime d'une présence de Dieu, chez Dantec, je pense. Il raconte cette conversion et son baptême dans American Black Box, comment c'est en assistant à une messe à Notre-Dame de Paris qu'il a finalement opté pour le catholicisme romain.
- Sur l'Islam, il te répondrait sans doute qu'il ne voit dans l'Islam qu'une transcendance absolue de Dieu, un Dieu qui est intégralement miséricorde (voir les débuts des sourates sur Allah le miséricordieux, assez nombreux), mais qui n'est que miséricorde, qui n'a au fond aucun point commun avec l'homme, qui n'est pas digne d'être aimé, mais seulement d'être pris en pitié et pardonné. Ensuite il y a l'argument de la rationalité que Benoît XVI avait développé, qui recoupe ce que je viens de dire: l'idée que dans le christianisme, tu as à la fois l'idée de pardon, donc de rédemption ( dogme de la Résurrection de la chair, à la fin des temps), et l'idée qu'il y a une chose commune à l'homme et à Dieu, par quoi ils ne sont pas incommensurables l'un à l'autre: la rationalité. Dieu est un être de Raison, une raison infinie que l'homme aussi possède, quoique sous une forme finie pour son cas propre. Enfin il y a l'argument proprement politique de Dantec: le réel, selon lui, s'analyse en termes de "civilisations", c'est-à-dire, grosso merdo, de constructions politiques et spirituelles qui conditionnent la façon de vivre des hommes. Selon lui, la civilisation chrétienne serait préférable à la civilisation que l'Islam permettrait de mettre en place. J'ai pas trop le temps de développer, mais tu as une série d'arguments théologiques qui sont avancés par Dantec, notamment la compréhension de ce qu'on a appelé l'intellect agent.
Allez, si, je développe, sinon on ne va rien comprendre à ce que j'explique.
Chez Aristote, l'âme est composée d'un certain nombre de facultés, dont l'intellect agent. Grosso modo, c'est ce qui fait que vous comprenez quelque chose au monde qui vous entoure.
Au Moyen-Âge, Thomas d'Aquin et Averroès se sont disputés pour savoir comment il fallait comprendre cette notion d'intellect agent:
- pour Thomas, chaque homme possède un intellect agent qui lui est propre: c'est ce qui fait que chaque homme est libre de penser par lui-même.
- pour Averroès, il y a un intellect agent pour l'ensemble de l'humanité, une seule entité qui fait que, par exemple, quand nous entendons le mot "chien", nous pensons tous à la même chose. C'est une sorte de gros processeur collectif auquel nous nous connectons dès que nous pensons.
Pour Dantec, cette controverse est typique de l'opposition christianisme humaniste - Islam porteur de germes totalitaires. Dans un cas, l'homme individu est libre, dans l'autre cas l'homme est porté par des entités/totalités qui le dépassent. Il a utilisé cette controverse médiévale pour bâtir l'intrigue de Cosmos Incorporated.
(Soit dit en passant: ça ne tient pas, son opposition, du moins elle ne passe pas entre l'Occident et l'Islam, puisqu'un Maïmonide, penseur juif, concevait l'intellect agent exactement comme Averroès, dans le Guide des Egarés... menfin, passons).

Pour le reste, il faut admettre que certaines personnes se sentent touchées par qqch qu'elles appellent la Grâce (je suis l'une d'elles, quoique d'une façon sensiblement différente de celle de Dantec), tandis que pour d'autres tout ça n'est qu'inventions sans fondement. (cf la belle discussion sur la spiritualité avec Pierre Bordage, ces trois derniers jours...)
Bon, je sais pas si j'ai répondu à ta question, Joseph, à tous les coups j'ai dit des trucs que tu savais déjà...

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Roland C. Wagner
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Message par Roland C. Wagner » jeu. juil. 05, 2007 1:24 pm

systar a écrit :un pavé par an, ce qui est un rythme d'écriture beaucoup trop soutenu pour que chaque page soit vraiment écrite...
Ah, merci, Systar ! Tu viens de me mettre de bonne humeur pour la journée.

Sérieusement, on ne peut pas écrire une généralisation pareille. Si ton affirmation est sans doute exacte pour certains auteurs, elle est fausse pour d'autres.

Qu'un livre soit vraiment écrit ne dépend pas du temps que l'auteur y a passé. Ça, c'est un mythe. Tout simplement parce qu'il existe des gens dont le premier jet est quasiment parfait, et que ces gens écrivent parfois rapidement.
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Message par systar » jeu. juil. 05, 2007 1:31 pm

Roland C. Wagner a écrit :
systar a écrit :un pavé par an, ce qui est un rythme d'écriture beaucoup trop soutenu pour que chaque page soit vraiment écrite...
Ah, merci, Systar ! Tu viens de me mettre de bonne humeur pour la journée.

Sérieusement, on ne peut pas écrire une généralisation pareille. Si ton affirmation est sans doute exacte pour certains auteurs, elle est fausse pour d'autres.

Qu'un livre soit vraiment écrit ne dépend pas du temps que l'auteur y a passé. Ça, c'est un mythe. Tout simplement parce qu'il existe des gens dont le premier jet est quasiment parfait, et que ces gens écrivent parfois rapidement.
Roland... Je parlais de Dantec... :wink: (à moins que tu trouves l'écriture de ses bouquins parfaite? auquel cas tu serais encore plus dantécophile que bien des fans de son oeuvre, qui reconnaissent que ça pourrait être un peu mieux écrit, un peu mieux amené par endroits...)

J'abonderai même dans ton sens, en disant que malheureusement pour eux, certains besogneux auront beau faire autant d'efforts qu'ils voudront, ils feront toujours de la daube...

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Message par systar » jeu. juil. 05, 2007 1:35 pm

Il va sans dire que ce que j'explique sur l'Islam ne correspond pas à ce que moi j'en pense personnellement, puisque je n'y connais rien, et que je n'ai même pas lu le Coran en entier...

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Message par Roland C. Wagner » jeu. juil. 05, 2007 1:51 pm

systar a écrit :[(à moins que tu trouves l'écriture de ses bouquins parfaite?
Je ne connais aucun livre dont l'écriture soit parfaite. Et Dantec a un côté irrémédiablement brouillon dans son écriture.

Cela dit, en lisant ta phrase, j'ai vraiment cru que tu faisais une généralité.
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Message par Lensman » jeu. juil. 05, 2007 2:03 pm

Ce qui m'a toujours étonné, c'est l'utilisation de comparaisons basées sur des raisonnements logiques pour déterminer laquelle des religions révélées est la vraie (je parts qd même de l'idée qu'il n'y a qu'une seule religion révélée véridique, ou alors on est dans le franc n'importe-quoi!).
Je ne vois pas en quoi la religion révélée serait, en soi, dépassée, rien à voir avec l'époqe, mais c'est laquelle la bonne, si il y en a une bonne? En tout cas, le critère de la messe semble juste esthétique: à ce compte là, on risque de faire des choix bizarres, selon les lieux et les époques... on me dira que c'est le problème de Dantec. C'est assez amusant, je dois l'avouer.
Dit comme ça, la "transcendance absolue de Dieu", ça sonne plutôt bien, je trouve Dantec bien difficile!
Je m'étonne aussi que des considérations de préférence de "civilisation" viennent interférer avec ce qui relève de la révélation.
Quel charabia, Seigneur (je m'y mets aussi!)! Si cela pouvait faire de la bonne SF, ça pourrait passer. Mais j'en doute beaucoup.
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Message par systar » jeu. juil. 05, 2007 2:48 pm

Lensman a écrit :Ce qui m'a toujours étonné, c'est l'utilisation de comparaisons basées sur des raisonnements logiques pour déterminer laquelle des religions révélées est la vraie (je parts qd même de l'idée qu'il n'y a qu'une seule religion révélée véridique, ou alors on est dans le franc n'importe-quoi!).
Je ne vois pas en quoi la religion révélée serait, en soi, dépassée, rien à voir avec l'époqe, mais c'est laquelle la bonne, si il y en a une bonne? En tout cas, le critère de la messe semble juste esthétique: à ce compte là, on risque de faire des choix bizarres, selon les lieux et les époques... on me dira que c'est le problème de Dantec. C'est assez amusant, je dois l'avouer.
Dit comme ça, la "transcendance absolue de Dieu", ça sonne plutôt bien, je trouve Dantec bien difficile!
Je m'étonne aussi que des considérations de préférence de "civilisation" viennent interférer avec ce qui relève de la révélation.
Quel charabia, Seigneur (je m'y mets aussi!)! Si cela pouvait faire de la bonne SF, ça pourrait passer. Mais j'en doute beaucoup.
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Oui, je plaisantais sur l'époque qui vieillirait le message des religions: celui-ci est intemporel, évidemment. En fait, tes objections portent, il faudrait que tu en discutes avec Momo lui-même, maintenant...
Effectivement, civilisation et révélation, ça ne se superpose pas. Si tu savais combien je me sens parfois bien plus proche de certains musulmans du Maghreb que de cathos bien franchouillards...
et pour répondre à ta question: la bonne, de religion révélée, c'est la catho!!! 8) :lol: 8)

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Message par Lensman » jeu. juil. 05, 2007 3:01 pm

La messe est dite!
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Message par Nébal » jeu. juil. 05, 2007 3:45 pm

... bon, ben j'en resterai pour ma part au Grand Punta (me reste plus qu'à trouver un chat crevé et un congélateur, juste au cas où). :P :arrow: :arrow: :arrow:

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