Interview de Gérard Klein

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orcusnf
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Message par orcusnf » jeu. nov. 30, 2006 9:42 pm

donc, faut inventer la sacem du livre? dur à appliquer quand même...

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Roland C. Wagner
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Message par Roland C. Wagner » jeu. nov. 30, 2006 9:57 pm

Pas de problème, l'économie de la musique, telle qu'elle est structurée, c'est bien un truc d'escrocs nageant en eaux troubles. De gens qui ne se gênent pas pour faire pression sur les députés pour assurer la survie de leur système de dinosaures et leurs énormes bénéfices.

29 ayant-droits ? Tout ça pour toi ? À quoi bon se décarcasser, ce sont les intermédiaires qui se sucrent. Cela dit, il suffirait d'un rien pour que tout le système s'écroule.

Quand je vois par exemple comment la SCPP cherche à tuer les webradios en leur imposant des tarifs délirants (sans oublier les 1500 euros réclamés par la SPPF) je me dis que ce modèle économique est en train de livrer son dernier combat. Et pareil pourla SACEM (dont, rappelons-le, 60 000 sociétaires ne touchent aucun droit, et seulement 8,8 % l'équivalent du SMIC ou plus alors que ses « frais de gestion » sont de plus de cent millions d'euros par an).

D'autres modèles éconmiques sont possibles. J'en ai inventé un bout pour m'amuser, ici, mais d'autres personnes bien plus sérieuses et compétentes y réfléchissent également. Les licences Art Libre, Creative Commons (qui a assisté à la conférence de Cory Doctorow, à Nantes ?), etc. forment la base d'un architecture légale sur laquelle on peut s'appuyer pour contrer le système vampirique décrit par Jean-Claude, ce système dont énormément de gens ont pu se rendre compte au moment de la pantalonnade DADVSI.

Chacun son style. Entre renoncer au droit de diffuser librement ses œuvres en échange de clopinettes (ou de rien du tout, voir plus haut) et conserver le contrôle de la diffusion de son travail, le choix et est vite fait, me semble-t-il. (Oui, je suis du genre à garder mes deux euros dans ma poche au lieu d'achet un ticket peut-être gagnant mais plus vraisemblablement perdant de la Française des Jeux.)

Le compte à rebours est commencé…

Y a qu'à cliquer sur le mulot:roll:

Piur singer Mongénéral : « Vive la musique… libre ! »
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Roland C. Wagner
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Message par Roland C. Wagner » jeu. nov. 30, 2006 10:01 pm

orcusnf a écrit :donc, faut inventer la sacem du livre? dur à appliquer quand même...
Au contraire : il faut inventer de nouveaux systèmes de collecte et de répartition des droits.

La SACEM, c'est ça.

Il doit bien y avoir moyen de mettre sur pied un système alternatif plus juste, efficace et pragmatique.

Je ne vous poutoune pas.
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Eric
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Message par Eric » jeu. nov. 30, 2006 10:48 pm

Jean-Claude Dunyach a écrit : Bon, je me décide à intervenir dans le débat, parce que je tiens à souligner que les situations de la littérature et de la musique sont très différentes et, surtout, leurs modèles économiques sont distincts...
Tout à fait...

C'est d'ailleurs ce que j'ai dit.

Jean-Claude Dunyach a écrit :On touche chaque fois que la chanson est jouée à la radio, à la télé, en concert, en boîte, dans un juke-box, dans un grand magasin, lors d'un événement payant, sous forme de jingle de radio ou de téléphone, en bande sonore d'une publicité, d'un film, d'un jeu vidéo, etc. Partout dans le monde, bien entendu, et les chansons voyagent plus facilement que les livres... Il y a des organismes (la SACEM en est un) qui se chargent de collecter tout ça et de le reverser aux ayant-droits.
Toute major de disque a ses maisons d'édition, ses partenariats avec d'autres maisons d'édition concurrentes, ou complémentaires (les grandes radios ont les leurs, et il y a souvent des co-signatures d'édition pour des titres qui, surprise, se retrouvent dans la playlist de ladite radio).
Il faut nuancer un peu tout ça.

Par exemple pour les passages radio ou télé, l'artiste ne touche pas tout à fait à chaque passage. En vrai, les médias payent une somme forfaitaire qui est un pourcentage de leurs recettes publicitaires (ou de la redevance pour le service public). Pour une FM privée, c'est 6% par an. Moyennant quoi, ladite radio a le droit de diffuser tous les morceaux qu'elle veut, dès l'instant que ce ne sont pas des pirates, et que ce n'est pas pour une utilisation commerciale (les jingles et tout l'habillage musical ne sont pas considérés comme des utilisations commerciales).

Après, et c'est là que le bas blesse, cette somme est redistribuée selon une alchimie assez complexe, que d'ailleurs la SACEM prend surtout bien soin à ne pas rendre moins cryptique, en dépit de deux rapports de la Cour des Comptes les stigmatisant cruellement. C'est ainsi qu'au final, comme le fait très justement remarqué Roland, une très large proportion des adhérents de la SACEM ne touche jamais un kopek, même si ils ont été diffusés.

A cela s'ajoute que la SACEM, à la différence de son homologue anglais par exemple, vise l'exhaustivité des sources de diffusion. C'est en vertu de ce principe qu'elle s'en vient régulièrement bottiner les patrons de café et garçons coiffeurs qui passent la radio dans leurs bouclards. Ça nécessite évidemment de nombreux inspecteurs (c'est leur nom officiel), entretenus pendant très longtemps par des divisions départementales qui avaient fini par ressembler à d'authentiques baronnies. Ce n'est plus tout à fait le cas aujourd'hui, mais le système est coûteux. Très coûteux, puisqu'il plombe presque 20% de la totalité des droits perçus sur une année. Ce sont des frais de fonctionnement proprement élyséens. Aucune société de collecte ne peut prétendre à l'efficacité en se goinfrant 20% de ce qu'elle est sensée rapporter à ses sociétaires. Il faut dire qu'on sait vivre à la SACEM. Les appartements de fonctions, les toiles de maîtres dans les bureaux et le mécénat clientéliste ont carrément sidérés les différents rapporteurs qui ont essayé de passer derrière la rideau.

Concernant les sonneries de téléphones, à part pour les artistes ayant assez de poids pour vraiment négocier leurs contrats, ce n'est encore pas si simple. La dernière enculade concoctée par les majors est d'intégrer les sonneries de téléphones dans le dispositif promo du titre. Les titres ainsi utilisés, ne sont donc pas considérés comme diffusés, et les artistes ne touchent rien dessus. En revanche, l'éditeur, c'est à dire généralement la maison de disque, perçoit des droits de reproduction mécanique. C'est très rentable. Et pratique aussi. Comme il est désormais interdit aux radios d'être éditeur (le cas qu'évoque Jean-Claude remonte aux années 70 et Europe 1, puisque c'est de là qu'était parti le scandale, a chèrement payé sa magouille - même si dans les fait des radios à audience captive comme Africa numéro 1 et Tropic FM sont réputées pour se livrer toujours à cette pratique), ils se sont reconverti dans le multimédia. Ainsi NRJ possède des filiales spécialisées dans les sonneries de téléphone, qu'elles vendent très cher, et pour lesquelles elles n'acquitent que les droits de reproduction mécanique. Magique, non.

En revanche, effectivement, voir son morceau utilisé sur une pub, ce qu'on appelle les droits de syncro, c'est l'affaire du siècle. Il ne faut pas être pressé pour toucher ses sous, mais en euros ça se chiffre avec 4 ou 5 zéros derrière.

Pardon d'avoir été un peu long, mais j'adore ce sujet.

Pour me faire pardonner : une saine lecture*.
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Roland C. Wagner
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Message par Roland C. Wagner » jeu. nov. 30, 2006 11:12 pm

Eric a écrit :A cela s'ajoute que la SACEM, à la différence de son homologue anglais par exemple, vise l'exhaustivité des sources de diffusion. C'est en vertu de ce principe qu'elle s'en vient régulièrement bottiner les patrons de café et garçons coiffeurs qui passent la radio dans leurs bouclards.
Patrons de cafés et garçons coiffeurs qui peuvent désormais envoyer bouler les inspecteurs de la SACEM en ne passant que de la musique libre. Voir le projet actuel de l'AIMSA, qui a plus ou moins fait son hymne de Clique sur le mulot.

Sur le net, les sites diffusant de la musique libre se multiplient : BnFlower, Boxson, Dogmazic, Revolution Sound Records, Jamendo et de nombreuses radio. C'est une manière comme une autre de contourner le système SACEM/Majors et de le déverrouiller — ce qui semble indipensable si l'on ne veut pas que la création musicale s'étiole dans notre beau pays au profit de la Star Ac' et de Florent Pagny.
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justine
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Message par justine » ven. déc. 01, 2006 12:04 am

Roland C. Wagner a écrit :qui a assisté à la conférence de Cory Doctorow, à Nantes ?
Pas grand monde. C'était pourtant intéressant.

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Eric
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Message par Eric » ven. déc. 01, 2006 9:45 am

Jean-Claude Dunyach a écrit : ceci dit il est toujours possible (et recommandé) de déclarer sur un imprimé spécial les passages radio (ou télé) que l'on connaît (quand on est auteur et qu'on fait des interviews radio/télé, on trouve souvent l'occasion de placer un morceau ici ou là). Ces passages sont pris en compte dans l'année et font augmenter le pourcentage forfaitaire que l'on reçoit :-)
Certes, mais comme les programmateurs radios ne le font pas, c'est à toi de t'en charger. Auquel cas c'est toi qui, de fait, fait le travail pour lequel la SACEM est sensée être grassement payée. Ce qui démontre bien la faillite du système.

Cela dit, il n'y a pas de solutions idéales. Le Creative Commons est une excellente solution, à condition qu'on ne veuille pas vivre de son art. Si on reprend le cas de la musique, cela implique une large diffusion de ses morceaux, sans que ça rapporte un kopek. Alors on va me dire que ça fini par payer. Faux ! Il y a un Arctic Monkey pour des millirs de groupes qui ne touchent pas un rond. Attention ! Je ne dis pas que ce n'est pas une option artistique valide. Des gens comme Didier Wampas par exemple sont contre le système de l'intermittence, et considèrent que vouloir être musicien professionnel de rock est une abération (ce quine l'empêche pas d'être à la SACEM). Par ailleurs, pour nombre de petits groupes adhérents de la SACEM, mettre ses titres gratuitement à disposition ne fait pas de réelle différence.

Mais cela veut dire que si vous voulez vivre, ou tenter de vivre de la musique, la SACEM est actuellement la seule option possible. Ce qui est dommage parce que le système qu'elle a crée et qu'elle seule maîtrise est vérolé, malsain, népotique, opaque et sert toujours les mêmes.
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Message par Patrice » ven. déc. 01, 2006 1:53 pm

Salut,

Après tout ça, dans ma petite association historique locale (désolé, pas de SF - peut-être un jour), on arrive à publier des petits livres sur beau papier, avec couverture couleur, broché, etc. 500 ex pour environ 2000€ hors taxe.

Dingue, non?

Bien entendu, il n'est pas question de droits d'auteurs dans ce cas (les auteurs sont pleinement consentant, d'ailleurs. J'en suis même), et la diffusion se fait en usant ses semelles. Et pourtant, la dite société savante n'est pas ruiné et en général, chaque livre est autoremboursé par les seules ventes. Et pour l'instant nous n'avons pas touché de subvention pour les produire.

Le bénévolat, vous connaissez tous, non?

Finalement, quand on a une passion, il vaut mieux éviter d'être pro.

A+

Patrice

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Roland C. Wagner
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Message par Roland C. Wagner » ven. déc. 01, 2006 3:45 pm

Eric a écrit :Par ailleurs, pour nombre de petits groupes adhérents de la SACEM, mettre ses titres gratuitement à disposition ne fait pas de réelle différence.
Toutafé. Sauf que la SACEM te l'interdit (sauf sur ton site perso et sous des conditions purement hallucinantes), y compris pour les titres que tu n'as pas déposés.

Au-delà des considérations financières et artistiques, j'ai un principe auquel je ne déroge jamais : je ne signe pas de contrat qui m'engage sur des œuvres futures.
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Message par Eric » ven. déc. 01, 2006 5:01 pm

Jean-Claude Dunyach a écrit :Et je ne considère pas comme une preuve de la faillite du système le fait de devoir remplir moi-même certaines feuilles de déclaration de passage de mes morceaux dans des radios obscures, à des heures tardives. Chaque fois que je l'ai fait, ça a été pris en compte.
Je me suis mal exprimé, ce n'est pas tant que ça soit la faillite du système en lui-même, mais sinon la faillite du mions le signe de très sérieux fonctionnement dans le mode de fonctionnement de la SACEM. Elle est devenue au fil des ans un esèce de contre-pouvir régalien, strictement opaque et auquel les différents ministres de la culture (quelque soient leurs bords) ont vite renoncé à s'attaquer. Ça n'est pas normal. D'autant moins que c'est une société privée, en situation de monopole et dont, au final, les décisions ont quasiment force de loi. C'est un pouvoir énorme concentré entre les mains de trop peu de personnes.
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Message par Roland C. Wagner » ven. déc. 01, 2006 5:15 pm

Eric a écrit :C'est un pouvoir énorme concentré entre les mains de trop peu de personnes.
Ce qui, soit dit en passant, semble satisfaire Barbelivien, Obispo et leurs épigones qu'on a pu voir pleurnicher lors de la pitoyable pantalonnade UMP/DADVSI. :lol:

Je rappelle que l'on peut toujours télécharger gratuitement et légalement l'album virtuel de Brain Damage. Voir ci-dessous. :wink:
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Message par orcusnf » ven. déc. 01, 2006 6:54 pm

Monsieur Klein, si vous lisez ces lignes, nous n'avons pas oublié dans quel sujet nous sommes.

:D

Gérard Klein
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Message par Gérard Klein » ven. déc. 01, 2006 7:30 pm

BC a écrit:
et dans le prochain livre de gerard klein...la solution pour le problème de la retraite!!! (qui mérite un nobel d'économie au moins...)
Je dispose en effet d'une solution complète au problème des retraites:
c'est l'impôt sur l'âge. Plus vous devenez vieux, plus vous payez, sur le revenu et/ou sur le patrimoine, c'est à voir. C'est à vous de prévoir durant votre vie active les moyens d'y faire face. En échange, les droits de succession sont supprimés.
Cela étant, je ne voterai pas pour cette réforme. Mais j'attends le Prix Nobel promis.

L'idée est du même ordre que celle jadis proposée par le grand économiste néerlandais Tinbergen qui avait proposé un impôt sur l'intelligence. Il considérait que plus on était intelligent, plus on disposait de possibilités pour gagner de l'argent et faire face à cet impôt.
Ou si on ne le faisait pas, on gaspillait son intelligence du point de vue de la collectivité et on devait être fortement incité à l'utiliser. L'impôt sur l'intelligence était donc un moyen de maximiser son utilité collective. Tinbergen était sauf erreur de tendance keynésiano-socialiste. Il ne dit pas comment établir et remplir la déclaration fiscale d'intelligence.
Je suis également opposé à cet impôt.
Mais qui disait qu'il n'y avait pas de sf dans l'économie?

Dans un autre domaine, ceux qui veulent percer les arcanes de l'édition devraient écouter sur France Culture les entretiens de Pierre Belfond avec Robert Laffont dans les émissions À voix nue, téléchargeables pendant quelques jours sur le site de France Culture. Robert Laffont y parle (brièvement) d'Ailleurs et demain.

Gérard Klein

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