Serge Lehman répond à vos questions

Serge Lehman répond à vos questions sur le forum de mardi 23 au jeudi soir 25 octobre 2007.

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Lensman
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Message par Lensman » mer. oct. 24, 2007 3:07 pm

A propos de la création d'un ministère, je suis en train de lire une belle étude qui tend à prouver que, si les Soviétiques ne sont pas arrivés à envoyer un homme sur la lune, c'est parce qu'ils avaient crééstrop de ministères... Donc, fort de ce lamentable exemple, restons prudents!
Oncle Joe

Soleil vert
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Message par Soleil vert » mer. oct. 24, 2007 3:27 pm

Lem a écrit :Lyraud & Lensman > Il faut que j'y réfléchisse un moment.

Soleil Vert > Il y a là une idée que je voudrais explorer mais ça risque d'être assez tortueux. Il y a quelques jours, Corinne m'a fait lire un document qu'on lui a remis pour un stage de formation continue, un truc management-&-communication. Texte fascinant, mais le dispositif créé pour l'occasion et qui met, pour ainsi dire, le texte en œuvre, l'est encore plus. Les organisateurs du stage se proposent d'analyser la personnalité de chaque employé de l'entreprise à partir de "recherches" effectuées par un universitaire US. La métaphore analytique est celle de l'immeuble à étages. A chaque étage correspond une strate de la personnalité. Il faut apprendre à monter et descendre – à s'ajuster en fonction de l'interlocuteur qu'il importe donc de savoir "classer" immédiatement dans l'immeuble. Pour faciliter cette opération, chaque participant au stage répond à un questionnaire, en déduit sa propre structure psychologique (immobilière) laquelle est transposée dans un code couleur, code imprimé sur un badge que chacun doit arborer par la suite.
Un auteur de SF sent tout de suite le potentiel d'un tel dispositif. Il y voit, par exemple, les linéaments d'une société future dans laquelle la lecture des codes-couleurs est une matière de premier plan, à l'école (ceux qui savent le mieux décoder les badges et contrôler leur interlocuteur sont des leaders naturels, des créateurs de valeurs). On peut aussi ajouter une dérivée technologique en imaginant un système de lecture automatique (genre codes-barres) avec rétroprojection de l'info dans le système nerveux de l'utilisateur (Egan ferait un truc comme ça). A l'inverse, il est possible de spéculer sur des contre-mesures, d'essayer de se montrer plus malin que le système en germe. Par exemple, l'école n'aurait-elle pas intérêt à enseigner la psychologie aux enfants, comme l'histoire ou les maths, dans la mesure où, quand les enfants ont grandi et qu'ils intègrent le monde du travail, on procède sur eux à un contrôle psychologique contre lequel ils n'ont pas appris à se défendre, dont ils ne posèdent aucun rudiments. Ils croient qu'on leur parle de leur esprit, de leur personnalité, que l'entreprise va les aider à développer cette personnalité alors qu'elle ne cherche qu'à optimiser le transfert d'information et à éliminer les frictions.
Un bon écrivain pourrait écrire un grand roman prophétique avec un tel matériau de base. Mais s'il se projette dans un futur assez lointain pour rendre crédible une civilisation entièrement fondée sur de tels principes de management (mettons à vingt ans), il lui faut aussi recréer entièrement la civilisation technologique qui va avec. Du coup, il est probable qu'il se rend lui-même illisible et brouille ce qu'il a à dire.
Ma solution personnelle serait de NE PAS anticiper l'évolution technologique, de transposer le truc dans le monde actuel. L'état de technofugue permanent dans lequel nous vivons est peut-être la seule donnée stable sur laquelle nous puissions nous appuyer : dans vingt ou trente ans, les objets auront changé (forcément) mais la fugue, la dislocation psychologique et sociale sera de même nature.
No futur ? Pas sûr.
Merci !

A guetter: une rediffusion de "l'empire du management", documentaire diffusé sur Arte lundi 22/10

Leeming
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Message par Leeming » mer. oct. 24, 2007 3:51 pm

Lem,

Les formations de type "Process Communication Management" sont hélas monnaie courante en entreprise.

L'implicite de ce type de modèle est : tout se classe, tout se range donc tout se maîtrise.

Le plus drôle (?) dans tout ça :

1) La classification permet d'évaluer, par le haut et par le bas et donc d'assurer un contrôle sur les comportements attendus (ne serait-ce que par le fait que la classification est prédeterminée). Il est impossible de ne pas être dans la grille d'évaluation ... nous ne sommes plus dans la manipulation mais dans la gestion de la manipulation.
2) S'agissant d'une grille construite (construction d'une réalité), ou le hors limite n'existe pas, il y a là un mode de canalisation des individus puisque le type de personnalité est déterminé par devers l'individu qui n'existe que dans la définition du type auquel il est identifié. Les éléments de passage d'un type à un autre étant déterminé par la méthode elle-même ! C'est magique. La boucle est bouclée !
3) Le must : ces méthodes sont très souvent utilisées, dans un second temps, en "team building" et deviennent des leviers intrinsèques des dynamiques collectives. Quand le modèle est intégré, l'exclusion des unités "différentes" ou non alignées se fait naturellement par la collectivité majoritaire (réf. culture d'entreprise, employer branding ...). Dick aurait adoré !

Sans stygmatiser les populations, les Directeurs des Ressources Humaines et Directeurs Commerciaux en raffolent ...

Ma question ... et la SF dans tout ça ? est-elle encore un levier de changement possible ?
A quoi servent les anticipations de Huxley, Levin, Silverberg, Orwell, ..., sinon a démontrer qu'elles étaient justes ... simplement justes, mais ne changent rien.

A votre avis l'impact d'un "demain une oasis" d'Ayerdhal ... tout le monde s'en fout.

SF et militantisme ???

Leeming (un peu blasé en fin de journée !)

Lem

Message par Lem » mer. oct. 24, 2007 4:22 pm

Leeming a écrit :S'agissant d'une grille construite (construction d'une réalité), ou le hors limite n'existe pas, il y a là un mode de canalisation des individus puisque le type de personnalité est déterminé par devers l'individu qui n'existe que dans la définition du type auquel il est identifié. Les éléments de passage d'un type à un autre étant déterminé par la méthode elle-même ! C'est magique. La boucle est bouclée !
C'est la raison pour laquelle le schizophrène est à la fois la réponse-type au système et, en même temps, sa production la plus aboutie. Il faut posséder (au moins) deux esprits : un – classable – pour pouvoir survivre dans le monde marchand et un second – privé – pour mériter le nom d'être humain. Cf Derrida/Deleuze. C'est l'un des mérites de Dantec d'avoir popularisé cette analyse, non seulement dans ses textes, mais aussi dans sa propre mise en scène médiatique.
et la SF dans tout ça ? est-elle encore un levier de changement possible ?
A quoi servent les anticipations de Huxley, Levin, Silverberg, Orwell, ..., sinon a démontrer qu'elles étaient justes ... simplement justes, mais ne changent rien.
Je suis devenu plus que méfiant là-dessus. Aucun grand livre de science-fiction n'a empêché quoi que ce soit. La civilisation du contrôle génétique est en train d'advenir en dépit de Huxley ; Kafka n'a nullement empêché les camps pas plus qu'Orwell le goulag ; toute la problématique écolo est disponible depuis quarante ans (John Christopher, John Brunner) ; idem pour la cyberaliénation depuis Gibson et Sterling.
A la limite, je serai plutôt tenté par l'analyse inverse : quand un grand texte prophétise l'émergence d'une civilisation encore dans les limbes – je veux dire la prophétise avec assez de conviction et de puissance esthétique – il prouve du même coup qu'elle est possible, qu'il y a une place pour elle dans la réalité et du même coup en propose peut-être le mode d'emploi inconscient ("self-fulfilling prophecy" ; ce qui laisse songeur quand on pense à la Singularité… mais après tout, une partie de ses théoriciens affirment qu'elle est déjà en train de se produire, sans qu'on s'en aperçoive).

La seule source d'optimisme que je tire de cette éventualité, c'est la réaffirmation paradoxale de l'emprise de la littérature sur le réel. C'est une emprise non-causale mais bien réelle et elle opère aussi à l'échelle microcosmique, sur la vie des auteurs Un journaliste a demandé un jour à Robert Crumb pourquoi il se représentait toujours à poil dans des orgies pleines de femmes sublimes. Et Crumb a répondu : "parce que tout ce que je raconte finit par m'arriver".

C'était ma minute de militantisme.

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Erion
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Message par Erion » mer. oct. 24, 2007 4:40 pm

Lem a écrit :[
A la limite, je serai plutôt tenté par l'analyse inverse : quand un grand texte prophétise l'émergence d'une civilisation encore dans les limbes – je veux dire la prophétise avec assez de conviction et de puissance esthétique – il prouve du même coup qu'elle est possible, qu'il y a une place pour elle dans la réalité et du même coup en propose peut-être le mode d'emploi inconscient ("self-fulfilling prophecy" ; ce qui laisse songeur quand on pense à la Singularité… mais après tout, une partie de ses théoriciens affirment qu'elle est déjà en train de se produire, sans qu'on s'en aperçoive).

La seule source d'optimisme que je tire de cette éventualité, c'est la réaffirmation paradoxale de l'emprise de la littérature sur le réel. C'est une emprise non-causale mais bien réelle et elle opère aussi à l'échelle microcosmique, sur la vie des auteurs Un journaliste a demandé un jour à Robert Crumb pourquoi il se représentait toujours à poil dans des orgies pleines de femmes sublimes. Et Crumb a répondu : "parce que tout ce que je raconte finit par m'arriver".
Etrangement, les "réalisations" de la SF existent du côté de la SF graphique ou cinématographique. Star Trek a créé un contexte technologique favorable à des objets comme le téléphone portable qui se déplie, et autres inventions comme l'ipod, etc. Toute la robotique japonaise découle d'Astroboy et de Tetsujin 28.
Donc, la SF comme moteur créatif, comme générateur de possible concret, cela a existé, mais est-ce que cela existe toujours ? Est-ce que la SF peut encore produire cet effet là ? Non pas sur le plan idéologique ou politique, mais bien comme affirmation d'un futur potentiel. C'était un peu le sens de la critique des "créateurs de Chimère" dans Bifrost par Ugo Bellagamba. D'ailleurs, Lem, si tu as lu cette critique, quel est ton avis à ce sujet ?

Lem

Message par Lem » mer. oct. 24, 2007 4:41 pm

Leeming encore > Détail intéressant et qui a à voir avec les questions sur l'engagement et d'une vue plus large la problématique de la "résistance" qu'on aime tant ici. Dans "l'immeuble psychique" que j'évoquais tout à l'heure, il y avait six ou sept étages (je ne sais plus, je n'ai pas le doc sous les yeux). Une couleur par étage. Une note à côté du schéma précisait : "le classement des étages ci-contre est arbitraire et donné à titre d'exemple" mais faut-il s'y laisser prendre ?
Quoi qu'il en soit, l'immeuble était vaguement pyramidal, c'est à dire que la largeur des étages se réduisait du bas vers le haut, et le code couleur passait du sombre au clair dans le même sens, produisant inévitablement une impression de hiérarchie implicite. Tout en bas : le type psychologique "émotionnel". Au-dessus, le type"travaillomane" (eurk, le néologisme). Etc. Et tout en haut, au dernier étage (le plus étroit de tous) et dans un beau jaune d'or, quel type psychologique ?

"le rebelle".

caliban
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Message par caliban » mer. oct. 24, 2007 5:49 pm

Lem a écrit :Je continue de priser le vocabulaire scientifique pour sa précision et l'effet de réel très puissant
qu'il produit.
Est-ce le vocabulaire scientifique qui est particulièrement précis, ou la communauté
scientifique qui a un rapport particulier au vocabulaire ? (c'est Léon Brillouin, je crois,
qui assure quelque part que « la science commence là où les mots ont un sens bien
défini »)

Lem a écrit : dans un récit de science-fiction, la métaphore est délivrée de toute charge métaphorique
puisque ce qui conduit le récit, ce qui le guide et l'empêche de basculer dans la satire ou
l'allégorie, c'est l'immersion dans un champ de signification purement physique. Ce qui
arrive dans la bibliothèque de Babel (ou dans l'objet spatial Rama, ou dans le Cube) peut
avoir une signification métaphorique mais l'auteur n'écrit pas en fonction de ce qu'il
espère de ce point de vue, il n'écrit pas pour que ça l'arrange. Il choisit un objet et
l'explore en se rapportant sans cesse à "ce qui se passerait si ça arrivait vraiment"
(dans le monde physique). Si ce n'est pas le cas, on sent tout de suite que ce n'est pas
de la SF.
Je ne suis pas sûr de bien voir la différence avec le reste de la littérature (poésie et
quelques autres exceptions à ,part). La SF sait préméditer des immersions dans des
mondes différents du nôtre, mais la majorité des textes "non SF" sont tout autant
plongés dans un monde physique — certes implicite et qui, consensuellement,
"arrive vraiment". La signification métaphorique y est aussi, au mieux, donnée
par surcroît...

Lem

Message par Lem » mer. oct. 24, 2007 5:58 pm

Eric a écrit :Tu n'as pas l'impression que la Singularité est un phénomène (intellectuel) essentiellement US ? De ce que j'en ai vu chaque fois que j'ai porté le débat ici ou dans mes chroniques, le sujet indiffère plus ou moins en France.
En tant qu'horizon intellectuel de la culture prescriptrice dans le domaine (USA + Royaume Uni + Canada anglophone + Australie), on subit son emprise, consciemment ou non (elle est au minimum sensible via les textes, même si la théorie n'est pas vulgarisée). Je suis assez copain avec Dominique Leglu, ex-chef de rubrique scientifique de Libé et actuelle rédactrice en chef de Sciences & Avenir : elle est fascinée par le sujet, déplore le retard français et travaille à sa divulgation. Je t'accorde que, selon toute probabilité, les intellectuels d'ici-bas commenceront à réagir quand les US seront déjà passés à la phase suivante.

Cela dit, il y a quand même un auteur majeur qui a fait le travail : c'est Houellebecq. "Les particules", c'est une histoire de singularité (le passage à la posthumanité) et "La possibilité d'une île" poursuit l'exploration (ce qui se passe après). Que le concept lui-même n'ait pas été mis formellement en avant par MH n'a que peu d'importance.

Lem

Message par Lem » mer. oct. 24, 2007 6:12 pm

caliban a écrit :Est-ce le vocabulaire scientifique qui est particulièrement précis, ou la communauté scientifique qui a un rapport particulier au vocabulaire ?
Voulons-nous ajouter à la controverse littéraire un débat épistémologique ?
Le voulons-nous vraiment ?
Est-ce prudent ?
? ¿
Cette prudence elle-même est-elle souhaitable ?
Et la volonté de ce "nous" hypothétique, comment pourrait-elle se manifester ici ?
Un débat épistémologique n'est-il pas une forme particulière de controverse littéraire puisqu'in fine, tout n'est qu'affaire de mots?
Je ne suis pas sûr de bien voir la différence avec le reste de la littérature (poésie et quelques autres exceptions à ,part). La SF sait préméditer des immersions dans des
mondes différents du nôtre, mais la majorité des textes "non SF" sont tout autant
plongés dans un monde physique — certes implicite et qui, consensuellement,
"arrive vraiment". La signification métaphorique y est aussi, au mieux, donnée
par surcroît...
Absolument. Il faut préciser : dans le cas où la métaphore produit une image tellement étrange, inattendue, propice au décollage mental que son exploration en tant qu'objet physique exige un autre régime littéraire. (Je me demande toujours ce qu'on pourrait faire avec "Le Ventre de Paris").

Fabien Lyraud
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Message par Fabien Lyraud » mer. oct. 24, 2007 6:27 pm

La SF littarature d'idée ou littérature d'image ?
Bienvenu chez Pulp Factory :
http://pulp-factory.ovh


Le blog impertinent des littératures de l'imaginaire :
http://propos-iconoclastes.blogspot.com

caliban
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Message par caliban » mer. oct. 24, 2007 6:57 pm

Lem a écrit : Voulons-nous ajouter à la controverse littéraire un débat épistémologique ?
Le voulons-nous vraiment ?
Est-ce prudent ?
? ¿
Prudent, sans doute pas. Mais faire l'impasse sur le rapport de la SF à la méthode
scientifique, n'est-ce pas déjà choisir de camp de la "science-fantasy", comme dit Fabien ?

Lem a écrit :[ Je suis assez copain avec Dominique Leglu : elle est fascinée par le sujet,
déplore le retard français et travaille à sa divulgation.
Oui, mais ça ne compte pas : c'est l'école valentinienne...

Leeming
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Message par Leeming » mer. oct. 24, 2007 7:09 pm

Lem,

Il s'agit effectivement de PCM "Process Communication Management", théorisé par Taibi Kahler.

Ci-joint une notice explicative trouvée sur la toile ... et juste pour l'exercice imaginons ces quelques lignes au travers d'une bonne plume ... cela pourrait facilement trouver place dans un roman de SF.

"Depuis 1976, la NASA collabore avec Taibi Kahler, docteur en psychologie, qui a mis en évidence un «processus», une manière d'être dans les contacts humains. Cette découverte lui a valu, en 1977, le prix scientifique Eric Berne et une considération mondiale. Depuis, son concept d'origine a été développé pour offrir un outil fiable et efficace à la communication entre partenaires, c'est la «Process Communication».

Cette formation permet :

* d'évaluer ses aptitudes à communiquer en situation de management.
* d'identifier les types de personnalité et leurs conséquences pour le management
* de mettre en évidence les besoins psychologiques et de déterminer ce que l'on peut attendre des autres de façon réaliste
* de prévoir les comportements-types d'échec lorsque les besoins psychologiques ne sont pas satisfaits
* de souligner et d'expliquer ses bonnes relations avec certains de ses collaborateurs et non avec d'autres
* de formuler les objectifs à atteindre avec chacun de ses collaborateurs
* de mesurer sa propre évolution dans son style de management

Les six types de personnalité ci-dessous seront étudiés (avec leurs caractéristiques, leurs capacités et comportements correspondants) :

* Empathique,
* Travaillomane,
* Persévérant,
* Rêveur,
* Rebelle,
* Promoteur"

Effroyable, n'est-ce pas ? Ils ont même encadré le rêveur !

Plus c'est gros, plus c'est facile à faire avaler !

Leeming

Epistolier
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Message par Epistolier » mer. oct. 24, 2007 8:55 pm

Serge,

Une certaine forme de SF semble s'adresser à une population d'un niveau au moins égal au master / bac +5 français. Tes sempiternelles recherches sur le début du XX° siècle indiquent en partie que tu rentres dans cette catégorie.

Le désaveu de la SF n'est-il pas là ? Une écriture vraiment trop compliquée, demandant au lecteur une culture toujours plus grande ? Il ne m'a pas semblé que les textes de Chasseurs de Chimères rentrait dans cette logique. La SF 'primitive' (populaire ?) joue avec la métaphore, mais dans le domaine du connu par la plupart.

Cet été, j'ai testé mon entourage (loin d'être idiot, au contraire) sur un passage de Terry Pratchett comme toujours très science-fictif (La Mort qui manipule une boite avec un chat dedans, la plus longue intervention de ce personnage récurrent dans Le Dernier des héros, sympathiques allusions au principe d'incertitude). Je n'ai pas eu un sourire. J'ai dû entamer un rapide cours de physique pour expliquer un tout petit peu ce passage. Un comble pour ce que la plupart appellent de la fantasy ! Est-ce vraiment nécessaire ? Doit-on faire de la SF en excluant 95 % de la population ?

Bien sûr, ne pas connaitre la littérature védique n'est pas un handicap pour saisir tout le merveilleux d'oeuvre de SF s'en inspirant. Mais la science qui pour beaucoup ressemble à de la magie ne diffère pas de cette dernière juste parce qu'un grand ponte a imposé un tampon "science". Si juste une dizaine de personnes au monde peut comprendre l'inspiration d'un texte de SF, autant se tourner vers la magie, non ?

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SETIM
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Message par SETIM » mer. oct. 24, 2007 10:24 pm

Lem a écrit : C'est l'hypothèse numéro deux mais elle est d'ordre psychologique, et non esthétique : parce que le lecteur l'entend comme une sorte de promesse qui lui serait chuchotée à l'oreille, quelque chose comme : "tu vois ? toutes ces choses auxquelles tu as dû renoncer en sortant de l'enfance, les monstres, les dieux, les immortels, l'outre-espace, l'éternité – toutes ces merveilles qui ne sont plus aujourd'hui que des métaphores de l'enfance justement –, elles gardent quand même une certaine substance, une certaine réalité. Il reste quelque chose.
J'ai l'impression d'arriver après la bataille, mais tant pis, je me lance:

Si j'aime beaucoup la première hypothèse, cette définition minimale de la S.F comme l'objectivation de l'imaginaire, j'ai plus de mal avec ta seconde.
Tu théorises finalement ce que beaucoup reprochent déjà à la S.F: c'est un résidu de rêves adolescents. En fait, j'ai l'impression (sans encore avoir lu Par-delà le Vortex ) que tu favorises une conception purement imaginative de la S.F au détriment de la définition classique de la S.F comme une littérature d'idée. J'ai, moi même, plutôt le sentiment que la puissance évocatrice de la S.F est moins psychologique, c'est à dire touchant directement à des shèmes mentaux, que sociologique.
Mais peut être est ce un peu trop réduire ta théorisation.

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zomver
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Message par zomver » jeu. oct. 25, 2007 7:34 am

Bonjour.

Désolée. Je suis impitoyable. Il y a déjà eu tant de questions que je ne devrais pas en rajouter mais je m’octroie quand même le droit d’en poser une facile.

A quand un La Pléïade sur la SF ?

Je ne plaisante pas.

Le travail que vous avez effectué avec l’anthologie Chasseurs de chimères et notamment le remarquable texte introductif "Hypermondes perdus" sont de la veine La Pléïade-esque (et non, je ne cire pas les aéropompes, je dis exactement ce que je pense).

Il me semble que cela serait une formidable reconnaissance de notre littérature de prédilection.

Courrait-on à l’échec éditorial ? Pas sûr ! Une bonne partie des amateurs de SF l’achèteraient sans doute (ou se le feraient offrir car ce n’est pas donné). Quant aux amateurs inconditionnels de littérature générale, peut-être chercheraient-ils à s’y plonger, intrigués qu’ils seraient de voir cette prestigieuse collection s’ouvrir à la littérature des petits hommes verts… (Ah ! Ah)
Après tout, Gallimard a bien publié le Jin Ping Mei Cihua en La Pléïade et je ne pense pas qu’un tel livre se soit arraché dans les librairies… Pourquoi cette maison n’oserait-elle pas un La Pléïade sur la SF ?

Y avez-vous songé ou cela vous paraît-il totalement impensable ?
Mes doigts sont verts et quelquefois ils tombent.

Verrouillé

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