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Transhumain
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Message par Transhumain » mer. avr. 01, 2009 9:06 am

J'ai vu hier Master and Commander, que j'ai trouvé très bon. Le mini coup de théâtre final t'a inspiré pour la fuite de Carthagène, non ?

J'ai eu parfois l'impression, en lisant le Déchronologue, de voir une succession de tableaux (Villon en prison, Villon dans la jungle, Villon chez les Itzas, etc.) avec chacun son ambiance (et, comme l'indiquait Shalmaneser, chacun sa chanson). La structure "déchronologique" renforce sans doute cette impression puisqu'on ne fait pas toujours le lien entre les épisodes. On sait que tu es scénariste de BD et de jeux vidéo. Est-ce que l'image intervient dans la création de ton roman ?

Il y a une figure récurrente dans le Déchronologue, qui m'a beaucoup frappé (attention je spoile un peu) : la "fusion" des chairs, du métal, du bois, pendant les tempêtes temporelles, qui découle de la superposition de leurs différentes versions dans le temps. J'ai une idée très précise de ce que ça signifie, idem pour la métamorphose des territoires, mais toi, qu'avais-tu en tête ? Etait-ce seulement une trouvaille "visuelle" ? Un simple artifice narratif ?

sTeF

Message par sTeF » mer. avr. 01, 2009 9:52 am

Transhumain a écrit :J'ai vu hier Master and Commander, que j'ai trouvé très bon. Le mini coup de théâtre final t'a inspiré pour la fuite de Carthagène, non ?
Content que ça t'ait plus. Je trouve que c'est un très bon film, et ce malgré le changement de nationalité du "vilain" (dans le roman, c'est un bâtiment américain, dans le film c'est un navire français, à cause de la vague "anti-froggies"' qui sévissait à l'époque de la guerre d'Irak aux States). On en parlait justement hier soir en aparté avec Erispoe, qui lui aussi adore le film, et il était d'accord avec mon idée qu'à la fin, le capitaine Aubrey est finalement très content - satisfaction de chasseur - de constater que sa proie lui a peut-être encore une fois échappé et que la poursuite va reprendre.

Sinon, je n'ai pas souvenir d'avoir pensé "ah tiens, excellent ce coup de théâtre, je vais m'en servir pour faire s'échapper Villon de Carthagène des Indes", mais peut-être que ça a joué, oui... Dans le cas de Villon, il y a une autre "astuce" (liée aux manipulations temporelles) pour lui procurer le cadavre ad hoc (comme le capitaine ^^) à l'instant crucial.
Mais il est probable que ça m'ait influencé, effectivement, j'ai trop regardé ce film pour qu'il ne m'ait pas imprégné. Je sais par exemple que la scène de l'affrontement entre le "Chronos" et la "Centinela" (entre Villon et Mendoza) est ouvertement inspirée de la première raclée que prend le "Surprise" face à "L'Acheron" dans le film.
J'ai eu parfois l'impression, en lisant le Déchronologue, de voir une succession de tableaux (Villon en prison, Villon dans la jungle, Villon chez les Itzas, etc.) avec chacun son ambiance (et, comme l'indiquait Shalmaneser, chacun sa chanson). La structure "déchronologique" renforce sans doute cette impression puisqu'on ne fait pas toujours le lien entre les épisodes. On sait que tu es scénariste de BD et de jeux vidéo. Est-ce que l'image intervient dans la création de ton roman ?
C'est sans doute l'effet secondaire le plus flagrant de la structure déchronologique de l'histoire, effectivement : chaque chapitre devant être lu comme une "mini-nouvelle" ou une "tranche de vie de Villon". J'ai procédé ainsi pour ne pas générer de suspens et de cliffhanger qui ne trouverait sa résolution que 200 pages plus tard (le meilleur moyen de noyer le lecteur - qui, 200 pages plus tard, se rappellera à peine de l'enjeu si crucial 200 pages plus tôt - et de rater son coup, à mon avis). On peut donc avoir un peu l'impression d'une succession de tableaux, effectivement. Villon à la plage, Villon mange des huitres, Villon mène l'enquête, Villon prend un râteau, etc ^^

Mais il me semble aussi qu'une majorité de chapitres ne sont pas inscrits dans un seul lieu ou une seule problématique. Peut-être que ce justement les chapitres "mono-lieu" qui t'ont donné cette impression ?
Il y a une figure récurrente dans le Déchronologue, qui m'a beaucoup frappé (attention je spoile un peu) : la "fusion" des chairs, du métal, du bois, pendant les tempêtes temporelles, qui découle de la superposition de leurs différentes versions dans le temps. J'ai une idée très précise de ce que ça signifie, idem pour la métamorphose des territoires, mais toi, qu'avais-tu en tête ? Etait-ce seulement une trouvaille "visuelle" ? Un simple artifice narratif ?
En fait, j'ai cherché à rendre visuellement de quelle manière plusieurs couches de temps (ou plusieurs variations proches d'une même réalité/tangibilité) pouvaient provoquer comme dégâts si elles se retrouvaient à occuper le même temps / le même espace. Il en a résulté ces bouffées volatiles de matières et de chairs mêlées dans des fusions contre-nature.
Je crois que là, on est dans le choix personnel du "rendu narratif" d'un concept. Un auteur ayant une base scientifique plus solide que la mienne aurait sûrement trouvé une autre façon d'illustrer ces chocs temporels.
Modifié en dernier par sTeF le mer. avr. 01, 2009 4:12 pm, modifié 1 fois.

sTeF

Message par sTeF » mer. avr. 01, 2009 10:05 am

Je viens de voir que je n'ai pas répondu à une partie de ta question... Je reprend, donc...
Transhumain a écrit :Est-ce que l'image intervient dans la création de ton roman ?
Comme je le signalais plus haut dans la discussion, je consomme au moins autant de cinéma que de littérature. Et puis, de métier, je suis scénariste, formé à la mise sur papier d'informations qui trouveront corps sous le la forme d'image, au final : bande dessinées, court métrage, jeu vidéo, etc.
Mon "boulot" consiste en grande partie à coucher sur le papier des situations qu'un artiste se chargera ensuite de mettre en scène / en couleur / en animation. J'ai donc un rapport à l'image un peu schizophrène (ça va te plaire, ça ^^) : c'est à la fois un élément constitutif de ma manière de raconter des histoires (et puis, nous sommes de toute façon dans une culture de l'image et nous y baignons pour la plupart jusqu'aux yeux - même si on n'a pas la télé) et une dérive contre laquelle je me dois de résister, pour justement ne pas commencer, dans mon travail, à faire des descriptions "visuelles" mais seulement techniques, puisque c'est souvent un autre qui va se charger de la mise en image, avec son talent et sa manière de raconter.

Au quotidien, mes mots sont souvent en amont de l'image, et au service de celle-ci.
Quand je travaille sur un roman ou une nouvelle, c'est un peu cocagne, j'ai le droit de fabriquer mes propres images, alors j'ai un tantinet tendance à me lâcher ^^

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Transhumain
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Message par Transhumain » mer. avr. 01, 2009 11:27 am

sTeF a écrit :Sinon, je n'ai pas souvenir d'avoir pensé "ah tiens, excellent ce coup de théâtre, je vais m'en servir pour faire s'échapper Villon de Carthagène des Indes", mais peut-être que ça a joué, oui... Dans le cas de Villon, il y a une autre "astuce" (liée aux manipulations temporelles) pour lui procurer le cadavre ad hoc (comme le capitaine ^^) à l'instant crucial.
Ah oui, mais ça on ne l'apprend que beaucoup plus tard ! Très beau personnage, par ailleurs, ce Samuel.
Mais il me semble aussi qu'une majorité de chapitres ne sont pas inscrits dans un seul lieu ou une seule problématique. Peut-être que ce justement les chapitres "mono-lieu" qui t'ont donné cette impression ?
En effet. Ce n'est d'ailleurs pas un défaut. Mais il y avait une question implicite : est-ce le fait d'avoir longtemps bossé (et encore aujourd'hui) sur des jeux vidéo, te fait voir les choses différemment (d'après les conversations que tu as pu avoir avec d'autres écrivains) ?
En fait, j'ai cherché à rendre visuellement de quelle manière plusieurs couches de temps (ou plusieurs variations proches d'une même réalité/tangibilité) pouvaient provoquer comme dégâts si elles se retrouvaient à occuper le même temps / le même espace. Il en a résulté ces bouffées volatiles de matières et de chairs mêlées dans des fusions contre-nature.
Je crois que là, on est dans le choix personnel du "rendu narratif" d'un concept. Un auteur ayant une base scientifique plus solide que la mienne aurait sûrement trouvé une autre façon d'illustrer ces chocs temporels.
C'est là que comme d'autres écrivains talentueux (là je pense à Jeury ou Colin, mais en SF les exemples ne manquent pas), tu es impressionnant : de manière intuitive, pour des raisons qui a priori sont essentiellement liées à l'histoire que tu racontes, tu construis un univers diégétique et esthétique extrêmement cohérent. Cette image de la fusion est vraiment frappante en elle-même, mais on peut la relier directement, comme la construction déchronologisée, comme les maravillas et comme de nombreux éléments du roman, à l'être au monde de Villon, à son désir de faire table rase. Et ça n'empêche pas le Déchronologue de rester un très bon roman d'aventures, une histoire de pirates qu'on peut lire au premier degré avec grand plaisir !

Autre chose : certains passages m'ont furieusement fait penser à Yojimbo et Sanjuro de Kurosawa (le personnage de Villon est assez proche, par certains aspects, du ronin incarné par Toshiro Mifune). Tu confirmes ?

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Message par Le_navire » mer. avr. 01, 2009 11:50 am

Pas de question pour moi (j'avoue, sous la contrainte, pas encore lu le Dechronologue, et je le ferai avant de prendre une raclée de Bruno et de Transhu, promis) juste, et avant que ne soit bouclé le thread : j'ai déjà adoré lire tes réponses, Stéphane, j'y ai trouvé pleins de petits bonheurs. Merci !!
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Charlotte
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Message par Charlotte » mer. avr. 01, 2009 12:05 pm

Il y a encore un jour et demi, ne va pas nous le fermer tout de suite mon Navire.

Tiens, je rebondis sur les demi et parce que c'est de saison d'aller s'en prendre un petit à une terrasse ensoleillée : quelles sont tes bières préférées et es-tu amateur de whisky (il paraît que pour rentrer dans le club fermé des amateurs de SF, il faut aimer..)

sTeF

Message par sTeF » mer. avr. 01, 2009 1:04 pm

Transhumain a écrit : En effet. Ce n'est d'ailleurs pas un défaut. Mais il y avait une question implicite : est-ce le fait d'avoir longtemps bossé (et encore aujourd'hui) sur des jeux vidéo, te fait voir les choses différemment (d'après les conversations que tu as pu avoir avec d'autres écrivains) ?
Hum... En fait, je discute rarement boutique ou manière d'écrire avec d'autres écrivains... Ça m'est plus souvent arrivé d'en écouter parler, ou d'en lire expliquer leur façon de faire, mais pas dans le cadre d'une discussion plus que périphérique ("tu bosses tous les jours ?" "Ah, tu utilises ça comme police de caractère ?", "Tu es plutôt papier crayon ou clavier écran ?", etc ^^). Je cherche, je cherche... Hmmm, si, peut-être avec Alain Damasio, on a éclusé quelques mousses ensemble et discuté "encres et saignements" un petit nombre de fois. Avec Fred Serva, aussi, à propos de l'écriture et de la musique (un sujet qui passionnerait le Shalmaneser tien ^^). Avec Richard Canal, aussi, on avait un peu causé style et genre, quand il est passé à Paris l'année dernière (gloire à lui, puisse mille millions de pétales voleter en pluie éternelle sur son front serein ^^)...

Je ne me sens pas "différent" du fait de travailler dans le jeu vidéo (ce n'est pas sale ^^). Mais il est vrai que j'ai remarqué parfois, dans des critiques de mes romans, que ce statut de professionnel du média-à-décérébrer-la-belle-jeunesse-d'occident revenait, comme si ça avait une importance. J'ai l'impression que ma manière d'écrire, mes sujets de prédilection, mon rapport à la"petite voix intérieure" chère à Jean-Claude Dunyach, datent d'avant mon entrée dans le monde du jeu vidéo. J'ai commencé à bosser en 96 pour Ubi Soft, à 27 ans, j'ose prétendre que mes névroses et mes rhizomes d'auteur étaient déjà bien ancrées et enfouies :lol:

Ce qui est certain, par contre, c'est que ce passage dans le jeu vidéo en tant que scénariste m'a appris à affiner mes trames, et progresser encore dans la rigueur de narration que j'essaie de m'imposer (le monde du jeu vidéo, mine de rien, est une école de l'excellence, dirigées principalement par des énormes structures industrielles qui font concurrence à Hollywood en terme d'impact, et qui entendent faire du blé avec chaque produit vendu). Au final, mon objectif demeure le même quand je travaille sur un roman ou un scénario de jeu : je me sens dans le rôle de l'entertainer, du conteur, qui propose au public de rêver, d'avoir peur, de sourire, de voyager, etc. en essayant de leur faire passer un bon moment (ou un mauvais moment, si le deal est de stresser le joueur :twisted: )
Autre chose : certains passages m'ont furieusement fait penser à Yojimbo et Sanjuro de Kurosawa (le personnage de Villon est assez proche, par certains aspects, du ronin incarné par Toshiro Mifune). Tu confirmes ?


Ca me semble assez juste, dans la mesure ou le personnage de Sanjuro est un homme libre non dénué d'une certaine envie de "faire le bien", un peu comme Villon... Ronin, flibustier, c'est un peu la même mauvaise graine de libertaires, tout ça ^^

Et puis, sinon, Kurozawa est un grand maître de l'image et de la narration.
Alors, je n'irai pas contre ton affirmation ^^

Je me permets de préciser, tiens, au passage, que j'ai un peu abusivement utilisé le terme de "pirate" depuis le début de cette discussion. Henri Villon est un flibustier, un "libre butineur" qui gagne sa vie et assure la fortune de son équipage en butinant ce qu'il trouve. Ce n'est ni un corsaire (lié officiellement par contrat à une couronne d'Europe) ni un pirate sans foi ni loi (même si, aux yeux des Spaniards caraïbes de l'époque, tout ce qui n'est pas espagnol ou portugais et que se trouve dans ces eaux est forcément un pirate !)
Je ne voulais pas entrer dans les subtilités des appellations, mais il fallait que ce soit dit 8)

sTeF

Message par sTeF » mer. avr. 01, 2009 1:09 pm

Le_navire a écrit :Pas de question pour moi (j'avoue, sous la contrainte, pas encore lu le Dechronologue, et je le ferai avant de prendre une raclée de Bruno et de Transhu, promis) juste, et avant que ne soit bouclé le thread : j'ai déjà adoré lire tes réponses, Stéphane, j'y ai trouvé pleins de petits bonheurs. Merci !!
Bah de rien Le_navire / Tank girl (pure BD, tiens, Tank Girl ! dommage que le film était si raté). C'est bien de donner plein de petits bonheurs 8)

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Roland C. Wagner
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Message par Roland C. Wagner » mer. avr. 01, 2009 1:27 pm

Norman Spinrad a écrit :Nous devons atteindre le niveau de conscience morale et politique nécessaire pour que notre espèce soit viable à long terme. Et ce n'est pas un vœu pieux : c'est un fait inévitable, une conséquence logique de notre évolution. Car si nous n'y arrivons pas en tant qu'espèce, nous nous autodétruirons, ainsi que notre biosphère. Ceux qui y arriveront seront des survivants. Et il n'y en aura pas d'autres.
Kestendis, sTeF ?
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Message par sTeF » mer. avr. 01, 2009 1:34 pm

Charlotte a écrit :Il y a encore un jour et demi, ne va pas nous le fermer tout de suite mon Navire.

Tiens, je rebondis sur les demi et parce que c'est de saison d'aller s'en prendre un petit à une terrasse ensoleillée : quelles sont tes bières préférées et es-tu amateur de whisky (il paraît que pour rentrer dans le club fermé des amateurs de SF, il faut aimer..)
Salut Charlotte :D

Ah, je le savais bien qu'il y avait une raison qui m'empêcherait de rentrer dans le club fermé des amateurs de SF : j'aime pas le whisky ! Enfin, plutôt, je ne suis pas dégustateur * shame * J'ai pris une fois une cuite épouvantable au whisky (elle est entrée direct dans le top 3 de mes plus mauvaises redescentes ) et depuis, je bloque un peu.

Je préfère de loin la bière, qui permet à la fois de doser la montée en pression et de faire durer le plaisir. J'ai découvert le plaisir de la bière en deux temps : d'abord à Brest, en arpentant la "rue de la soif" à la recherche de la Guinness magique qui m'enverrait au pied de l'arc-en-ciel piquer sa tune au Leprechaun, puis en partant travailler à Lille et en découvrant le monde meeeeerveilleux de la bière belge (Chimay, Duvel, Mort subite, Saint Sixtus...) Ma préférence va plutôt aux "stout" (Mc ewans, Beamish,Guinness) mais toute bière nécessite un ingrédient supplémentaire : les gens et la soirée qui va bien avec. Boire, oui, mais en bonne compagnie 8)

Tout ça me fait dire que c'est l'heure du petit intermède musical et de circonstances qui va bien : Bob Dylan - Moonshiner

sTeF

Message par sTeF » mer. avr. 01, 2009 1:57 pm

Roland C. Wagner a écrit :
Norman Spinrad a écrit :Nous devons atteindre le niveau de conscience morale et politique nécessaire pour que notre espèce soit viable à long terme. Et ce n'est pas un vœu pieux : c'est un fait inévitable, une conséquence logique de notre évolution. Car si nous n'y arrivons pas en tant qu'espèce, nous nous autodétruirons, ainsi que notre biosphère. Ceux qui y arriveront seront des survivants. Et il n'y en aura pas d'autres.
Kestendis, sTeF ?
Salut Roland :D

J'en dis que Norman Spinrad est un maître. Il fait partie de ces écrivains (comme Shakespeare ou Albert Cohen, ou Boulgakov, ou Buckowski) qui m'énervent par leur capacité à te synthétiser comme ça, dans un coin de paragraphe, les questions fondamentales qui te trottent dans la tête, et en plus, ils se permettent élégamment de fournir la réponse (ou du moins, UNE réponse)
"Rêve de fer" est le premier roman de SF que j"ai lu (je ne compte pas Verne) quand j'étais en 5e. Y'a deux ans, aux Utopiales, alors même que je venais de faire une table ronde avec lui, j'étais comme un sale fan transis - que je suis - de sortir mon exemplaire des "Années Fléaux" pour me le faire dédicacer ^^ Bref, chapeau bas.

Dans la citation que tu viens de citer, ça me fait penser énormément au propos que tient Chomsky dans l'excellent documentaire "Chomsky et compagnie" qui est sorti il y a quelques mois. Je trouve le parallèle frappant. Chomsky pense que deux forces antagonistes majeures (entropique/progressiste, prédatrice/constructrice) sont lancés dans une lutte pour la prédominance planétaire, et que notre espèce connaît une époque charnière au cours de laquelle "beaucoup va se jouer". Je crois percevoir les mêmes échos dans cette phrase de Spinrad. Tu pourrais me dire de quand elle date ?

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Roland C. Wagner
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Message par Roland C. Wagner » mer. avr. 01, 2009 2:09 pm

Bonne réponse. Tu gagnes un point.
sTeF a écrit :Tu pourrais me dire de quand elle date ?
Elle est dans son article The Transformation Crisis, paru en français dans la revue Métaphores, n°20-21-22 : Actes du quatrième colloque de SF de Nice (en deux tomes) Science et science-fiction, septembre 1992.

Mais l'article a pu être écrit bien avant : Norman Spinrad réfléchit à ce thème depuis les années 70.
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Message par sTeF » mer. avr. 01, 2009 2:41 pm

Roland C. Wagner a écrit :Bonne réponse. Tu gagnes un point.
sTeF a écrit :Tu pourrais me dire de quand elle date ?
Elle est dans son article The Transformation Crisis, paru en français dans la revue Métaphores, n°20-21-22 : Actes du quatrième colloque de SF de Nice (en deux tomes) Science et science-fiction, septembre 1992.

Mais l'article a pu être écrit bien avant : Norman Spinrad réfléchit à ce thème depuis les années 70.
Je crois que c'est pour ça que je suis tant impressionné par Brunner (je te demandais y'a pas longtemps si tu aurais fait comme moi un parallèle - tu as préféré le terme de "filiation", certainement plus juste - entre Brunner et Sterling) et Spinrad . Ce sont des auteurs que j'ai découvert à peu près en même temps quand il s'est agi de dévorer de la SF (à partir du milieu des années 80, en gros) et c'est 15 ans après que j'ai réalisé qu'ils avaient foutrement prévu un paquet de dérives qui nous pendaient au coin de la gueule. sont sûrement pas les seuls à savoir faire ça, mais ils le font tellement bien.
Genre Rock Machine, qui annonce et prédit la mainmise des multinationales sur l'industrie du disque que nous connaissons aujourd'hui (il paraît, historiquement, que c'est au carton mondial de Thriller de Michael Jackson que les gros bonnets fumeurs de cigare se sont dit "ah merde, mais y'a du blé à se faire, en fait !" et "désormais, merci de trouver le moyen que chaque album vendu fasse autant de maille", et que les départements artistiques des boîtes ont été chapeauté par le market et les financiers). A propos de Rock Machine, et malgré le nom de l'héroïne (Gloria O'Toole, si je me souviens bien), je n'arrive pas à voir quelqu'un d'autre Tina Turner dans le rôle de la Grand Mère Terrible du Rock and Roll :shock:

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Roland C. Wagner
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Message par Roland C. Wagner » mer. avr. 01, 2009 3:18 pm

sTeF a écrit :Je crois que c'est pour ça que je suis tant impressionné par Brunner (je te demandais y'a pas longtemps si tu aurais fait comme moi un parallèle - tu as préféré le terme de "filiation", certainement plus juste - entre Brunner et Sterling) et Spinrad .
Copain ! :D
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fatmatiu
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Message par fatmatiu » mer. avr. 01, 2009 3:53 pm

sTeF a écrit :
systar a écrit :Tu as évoqué Pierre Christin, plus haut.
Peux-tu raconter ce que tu as appris avec lui (hormis l'équation fulgurante que tu as citée :lol: et la logique - ou la non-logique? - de l'association d'idées dans le processus de création).
Qu'est-ce qu'on apprend quand on apprend l'écriture?
On apprend les principes de narration et la rigueur. Je précise que Pierre Christin était mon prof d'écriture à l'école de journalisme de Bordeaux (ma formation initiale) mais que, disposant déjà de profs chargés de nous apprendre à écrire un article, Pierre se penchait davantage sur la fiction. Il m'a appris que ce qui était le plus dur à écrire, c'était quelque chose de drôle... Je l'ai cru jusqu'à ce que j'aie à écrire une scène de cul, plusieurs années plus tard ! (Là, j'ai revu ma hiérarchie des trucs difficiles à écrire ^^)
Il fait partie des gens qui ont beaucoup compté pour moi (je veux dire, dans ma vie), en me donnant le coup de pouce qu'il fallait - comme ça, en loucedé, l'air de rien - à une époque où je partais grave en vrille. J'avais déjà envie d'écrire - en fait, je ne crois pas avoir jamais eu d'autre objectif, à part devenir pilote d'avion ou archéologue quand j'avais 10 ans... -, mais il doit être le premier qui m'a fait comprendre que j'en avais peut-être, à condition de bosser, les capacités. Deux ans après l'école, je lui ai envoyé mon premier manuscrit (ça s'appelait "Domes", c'était furieusement cyberpunk et sans grand intérêt) qu'il a salement taillé parce que c'était pas bon du tout. J'ai remis le manuscrit dans ma culotte et je suis retourné plancher. En désossant "Domes" et en le cannibalisant, ça a donné "Chromozone". Quand j'ai publié "Chromozone", j'ai envoyé un exemplaire aux quatre personnes qui comptaient pour moi. Il a été le premier à le recevoir. Pierre m'a moins appris l'écriture qu'il m'a donné confiance en moi. Assez, du moins, pour prétendre à l'écriture d'un roman.
Ce n'est pas de la flagornerie de ma part, juste la reconnaissance sincère, a posteriori, de tout ce que j'ai compris lui devoir. Il fait partie des quelques personnes qui m'ont aidé dans ma vie, en sus de mon travail.
/respect total
Et autre question liée à Christin: fais-tu partie de ceux qui considèrent qu'il manque à Bilal, dont les albums sont de plus en plus beaux, mais de moins en moins réussis en termes de narration et de pertinence dans le propos? (cas typique: Animal'z, qui nous rappelle que la pollution c'est mal, et que le rapport entre l'homme et l'animal est extrêmement précieux et riche de sens...)
Après tout ce que je viens de dire, je serai difficilement impartial, peut-être ^^
Mais je crois que je préfèrerai toujours "Partie de chasse" et "Le vaisseau de pierre" ou "Les phalanges de l'ordre noir" ou "'La ville qui n'existait pas" à "La femme piège" (que pourtant j'aime beaucoup, mais moins) et aux productions plus récentes de Bilal.

"Partie de chasse", surtout la version rééditée avec le nouveau contenu qui fait découvrir ce que deviendront, après la chute du Mur, les protagonistes de ce week-end tragique, fait partie de mes BD cultissimes. 8)
Bonjour Stef,
inscription today sur le forum et premier message, rien que pour avoir le plaisir de te causer : youpi!
donc, alons-y:
1- Moi aussi, je suis un ancien de l'IUT de Journalisme de Bordeaux (merci pour la sympathique dédicace, via S.Nochet...), et histoire de tresser encore des lauriers à notre cher prof Pierre Christin je replace cette définition magnifique qu'il m'avait donné de la Science-Fiction: C'est la mise en surchauffe du réel.
Que penses-tu de cette formule?
2- Autre question: peux-tu nous expliquer le processus créatif lié à l'usage de l'image dans les éditions originales de tes bouquins à La Volte (je ne parle que de la Trilogie, je n'ai pas encore le nouveau) : le choix de graphistes aux univers visuels très fort, l'emplacement de ces créations graphiques, la mise en page, etc: comment cela s'est-il passé? Tu as eu (j'imagine) ton mot à dire? Et quand tu écris, est-ce que tu "vois" déjà l'objet livre terminé?
3- Et enfin: peux-tu nous parler de la place que tu accordes à l'humour, dans la science-fiction? (ca c'est exprès parce que ma question est juste en dessous de Roland Wagner et que son LGM m'a fait presque littéralement pisser de rire tellement c'était drôle...)
la meilleure preuve qu’il existe des espèces intelligentes quelque part dans l’univers, c’est qu’aucune d’entre elles n’a encore essayé de nous contacter.

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