Alain Damasio et vous...

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ansset
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What else ?

Message par ansset » jeu. oct. 07, 2010 1:03 pm

Bonjour,
Alain Damasio a écrit :[...] je pense que les gens devraient lire davantage de philo et de socio et ils seraient épatés de l'intelligence de certains livres, qui valent dix fois ce que je fais et apportent beaucoup plus.
Mais alors, pour quoi vous lire et plus globalement : pourquoi lire des romans?
Je suis bloqué sur cette question depuis un mois.

Alain Damasio
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Re: Conclusions.

Message par Alain Damasio » jeu. oct. 07, 2010 1:09 pm

Aurélien. a écrit :Wow... Sacré message. D'un autre coté, un échange Systar/Damasio, à quoi d'autre s'attendre ?

Je serais un peu moins philosophique, et désolé si tu as déja répondu 50 fois à cette question, mais voila :
Je me demandais, quand tu rédiges un livre, sais-tu déja comment tu vas dérouler l'intrigue jusqu'au bout ou s'impose-t-elle en cours de rédaction ?
Plus spécifiquement, je me demandais si tu avais décidé de la fin de la Horde (et du fait que... haha non, pas de spoiler) dès le début du roman, ou si tu t'es soudain dit "Bon sang mais bien sûr, ça finira comme ça !"?

Admirativement,
Aurélien
Salut Aurélien, me voici de retour ce jeudi !

Mes romans sont écrits en plusieurs années, trois ans pour la zone et la horde, et avec des périodes de maturation longues avant d'écrire la première ligne. Mais je suis avant tout un batisseur d'univers et assez peu un narrateur si bien que je décide rarement dès le départ comment sera la fin. Pour la Horde, la fin a flotté assez longtemps et j'ai échaffaudé plusieurs hypothèses, fantastiques, oniriques, déceptives, etc avant de sentir que la seule fin possible, si je tenais à montrer que le but de la Horde compte moins que son chemin, que tout est déjà là, quand ils marchent, l'horizon de l'extrême-amont n'étant qu'un alibi, était… enfin, celle que tu sais. Ce n'est d'ailleurs pas que je trouve cette fin excellente, ni la meilleure, mais c'est la fin qui porte le clairement les valeurs que je souhaitais faire passer, à savoir que le but ne doit jamais être extérieur à la façon de l'atteindre, jamais transcendant au plan d'action, mais au contraire en découler, en sortir. C'est notre façon d'agir, de parler, de marcher, de conduire nos vies qui vaut, pas l'hypothétique but qui est, qu'on le veuille ou non, la mort au bout. La fin de la horde a été choisie pour ça : dire que la beauté, la joie, le lien intestin des hordiers, leur combat, vaut pour lui-même, par lui-même indépendamment de ce qu'ils atteignent.

Ainsi pour Golgoth : le but n'était pas d'atteindre la traceuse, de la rattraper : le but était de remonder, d'affronter le vent, chaque jour — et de la traceuse suffit le froufrou des pales et la trace imaginaire dans l'espace, pas l'obtention ou la conquête.

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Pontiac
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Message par Pontiac » jeu. oct. 07, 2010 1:36 pm

Alain,

Que penses-tu du fédéralisme et du centralisme ? As-tu une préférence ?

Que penses-tu des gens, comme moi, qui défendent à fond leur ville ou leur région ?
°°

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Transhumain
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Message par Transhumain » jeu. oct. 07, 2010 1:40 pm

Pontiac a écrit :Que penses-tu du fédéralisme et du centralisme ? As-tu une préférence ?

Que penses-tu des gens, comme moi, qui défendent à fond leur ville ou leur région ?
Mon petit pontiacounet, les meilleures blagues sont les plus courtes.

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Message par Hoêl » jeu. oct. 07, 2010 1:41 pm

Virprudens a écrit :Bonjour Alain,

Que penses-tu de l'affirmation de Mario Vargas Llosa, tout frais prix Nobel : "je n'accepte pas que la littérature puisse être une forme d'amusement, même élaboré et sophistiqué. Si c'est un divertissement, ce doit être un divertissement problématique."

Bien cordialement,
Virprudens
En tout cas , ça fait furieusement penser à du Blaise Pascal .
"Tout est relatif donc rien n'est relatif !"

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Djé
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Re: What else ?

Message par Djé » jeu. oct. 07, 2010 1:45 pm

ansset a écrit :Bonjour,
Alain Damasio a écrit :[...] je pense que les gens devraient lire davantage de philo et de socio et ils seraient épatés de l'intelligence de certains livres, qui valent dix fois ce que je fais et apportent beaucoup plus.
Mais alors, pour quoi vous lire et plus globalement : pourquoi lire des romans?
Je suis bloqué sur cette question depuis un mois.

salut,
si tu veux quelques élément de réponse à ta question, je te renvoie au dossier "La littérature, fenêtre sur le monde", très bien monté et intéressant, paru dans le n° 218 aout/septembre de la revue Sciences Humaines.
Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière

Alain Damasio
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Message par Alain Damasio » jeu. oct. 07, 2010 1:55 pm

lael a écrit : Pour la Horde :
-La fin m'a quelque peu laissée sur ma faim. Est il possible d'avoir quelques explications ? Je pense notamment à une boite contenant des symboles, ou une écriture je ne sais plus, trouvée par Sev. Que représentent ils / t-elle ?
-j'aime le fait que ce récit vole au vent sans se fixer dans un genre particulier. Pour moi ce n'est ni particulièrement de la Fantasy, ni particulièrement de la SF etc. Cette planète pourrait être la Terre du futur, ou un autre monde... Et peut on dire que toute la théorie du vent soit de la magie ? J'aime penser que comme les fantômes et autres phénomènes paranormaux, ça reste dans le domaine du possible, plutôt que de rester dans le domaine cloisonné de la magie, fictive par essence (du moins je le vois comme ça).
Bref, classez vous la Horde dans un genre particulier ? Est ce que ça se passe pour vous une autre planète, une Terre future etc ? Avez vous choisit sciemment de ne pas donner ce contexte ?

Pour la Zone : ne trouvez vous pas que votre texte résonne avec le contexte terroriste ?
Je reste marqué par le dilemme de la Volte, de savoir si peindre des 'dents' suffisent pour marquer les esprits, où s'ils faut mettre de vrais lames. A quel moment la lutte bascule t'elle dans l'extrémisme ? A quel moment dois t'on dire stop ? Au final on revient toujours à l'éternel dilemme : la fin justifie t-elle les moyens ?
Je pense qu'il n'y a pas de réponse universelle, mais qu'il est important de poser le questionnement, comme vous le faites. Et vous ?

Enfin, dans tout vos écrits, y'a t'il un passage plus particulier que vous avez eu plus de mal à écrire ? ou au contraire qui s'est écrit facilement et que vous avez peut retravaillé?
des passages que vous préférez, ou que vous n'aimez pas ?
Salut toi,

Déjà tu as tout faux car tu poses trop de questions et tu va aller au piquet direct, ou pire, dans une mine de l'extrême-aval.

:wink:

Alors sur la Horde : Ce que trouve Sov, ce sont les messages envoyées par les enfants de l'extrême-aval (Aberlaas), par cerf-volant, au peuple des hauteurs, au peuple qu'ils fantasment habitant en haut de cette falaise qui les bloque et qu'ils n'ont jamais pu grimper car toute personne qui tente l'ascension finit soit écrasée par la violence du vent soit projetée en l'air très haut et retombe sur l'alpage de l'extrême-amont, morte. Ce passage de la boîte est un clin d'œil aux sondes spatiales qu'on envoie remplies de messages pour les extra-terrestres. J'ai toujours trouvé ça un peu cocasse, alors j'ai fait la même chose.

Sur le contexte et le genre, j'ai sciemment choisi de ne pas situer ce monde ni dans l'espace ni dans le temps. C'est du médiéval-futurisme si l'on veut, c'est surtout de la SF (Science Floue) et je crois que le résultat relève de l'imaginaire au sens large : c'est fantastique par moments, fantasy à d'autres, SF au début (les chrones) mais vous imaginez bien que je me fous du genre duquel ça ressort comme tous les écrivains d'ailleurs : vous écrivez ce qui vous semble nécessaire, point.
Ceci dit, je revendique une vraie appartenance SF en ceci que je ne pose jamais une théorie ou une technologie, dans mes univers, sans qu'elles aient une base crédible ou potentiellement réalisable. Par exemple la parole agissante de Te Jerkka est clairement issue des ondes sonores, pas de la magie. Simplement ses ondes sont travaillées, sculptées, et libèrent des fréquences très puissantes, ce qui est possible. Le vif lui-même, noeud de vent bouclé, n'est pas absurde si l'on considère que l'air circule en permanence dans nos corps et alimente toutes nos cellules. Ce mouvement, cette circulation de l'oxygène par exemple, c'est une forme de vif. Et tout comme les ondes radios flottent dans l'air et peuvent être captées n'importe où dans le rayon d'émission, les vifs pourraient subsister si l'on considère qu'un corps produit un train d'ondes personnel puissant. Donc à mes yeux, aucune magie. J'ai besoin que ce soit possible, au moins en théorie.

Sur le terrorisme, je pense que la limite reste le respect de la vie humaine : ne pas tuer, amputer, blesser. Pour le reste, nous sommes une civilisation incroyablement douce au regard du passé et de certains pays actuels. Ce qu'on appelle "terrorisme" chez nous est dérisoire.
La fin ne peut justifier les moyens, à mes yeux, parce que la fin, ce sont précisément les moyens : agir de telle sorte que la réponse soit dans la façon dont on agit, pas dans l'objectif déclaré. Si vous militez pour une société humaine, chaleureuse, vous devez incarner dans vos actes cette chaleur, cette humanité. Maintenant se pose la question : et si en face, le pouvoir réprime, blesse, enferme, ampute des vies ou plus subtilement les rogne et les attriste, casse les forces de vie partout où elles pourraient se déployer ? dans ce cas, l'action violente a un sens si elle consiste à libérer les forces qu'on opprime, à dégager des espaces de vie. Et il peut y avoir des moments où l'on doit agir en parfaite contradiction avec ses valeurs, pour un temps et une situation très définie, afin de libérer la vie qui est menacée, un peu plus tard.

Pour être très concret, il y a dans Fureur et Mystère de René Char, qu'il a écrit en pleine résistance dans le Maquis de Provence, une journée où les nazis envahissent un village et font exécuter un ami de René Char. René Char regarde la scène à travers des persiennes, il est armé, il a la possibilité de sauver son ami mais il sait parfaitement que s'il tire et le sauve, tout le village va y passer. Et il ne fait rien, et sauve le village, pas son ami. Une autre fois, il comprend qu'il y a un traître dans son escadron d'une vingtaine de résistant et on comprend, il ne le dit pas, qu'il prend la décision de l'abattre pour éviter que tout son escadron soit capturé et exécuté. C'est une décision stratégique extrêmement courageuse et exceptionnelle de la part d'un poète, en outre. Donc il tue, mais il tue pour sauver vingt vies. Il arbitre, il prend ses responsabilités. C'est ce que tout militant, tout activiste doit faire. Et se contenter de dire "moi, je ne serais jamais violent car ce ne sont pas mes valeurs, je veux être fidèle à moi-même", c'est une hypocrisie absolue si vous savez que X personnes vont mourir, ou être torturées, ou plus modestement être licenciées ou exploitées et qu'au nom d'une vision court-termiste et facile, vous refusez d'agir pour "respecter vos valeurs". Alors oui, le sujet est complexe et la zone tente de le poser en quelques situations-clés.

Sur les passages difficiles ou pas, autant être clair : tout est difficile, tout me demande énormément d'énergie et de concentration. Je réécris et corrige énormément chaque paragraphe, des centaines de retouches, reprises, inversion, changements de mots, etc. C'est un col à vélo, tout le temps, avec parfois un faux-plat où vous vous dites "woua, j'avance bien". Mais au final, grâce à ce travail, j'aime tout, en tout cas, je respecte et n'aie honte de rien de ce que j'ai écrit. Alors ensuite, avec le recul, quand j'ai repris la zone, évidemment, j'ai des préférences, par exemple le cube ou sur la Horde, j'aime beaucoup Norska et Krafla, j'aime beaucoup la folie de la Flaque de Lapsane, j'aime le combat d'Erg et Silène, j'aime tous les passages d'Aoi et j'apprécie moins Pietro. Mais c'est anecdotique. Et pour Alticcio et le combat avec le stylite, c'est un chapitre qui a été sans angoisse pour moi, assez reposant en fait, l'un des plus faciles du livre. Parmi tout ça, ce qui a été le plus difficile du difficile ? Dans la zone, la synthèse sur Foucault (cours de Capt) et les chapitres de transition, je ne suis pas bon à ça. Dans la Horde, la mort de Callirhoé et son annonce aux parents, la rencontre avec les parents, Golgoth et son père, tout ce qui exige de se sortir les tripes et le passé, sans pitié.

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Re: What else ?

Message par ansset » jeu. oct. 07, 2010 1:59 pm

Djé a écrit : salut,
si tu veux quelques élément de réponse à ta question, je te renvoie au dossier "La littérature, fenêtre sur le monde", très bien monté et intéressant, paru dans le n° 218 aout/septembre de la revue Sciences Humaines.
Merci, la réponse de M. Damasio m'intéresse aussi (en ce qui concerne ses romans)

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Re: What else ?

Message par Djé » jeu. oct. 07, 2010 2:02 pm

ansset a écrit :
Djé a écrit : salut,
si tu veux quelques élément de réponse à ta question, je te renvoie au dossier "La littérature, fenêtre sur le monde", très bien monté et intéressant, paru dans le n° 218 aout/septembre de la revue Sciences Humaines.
Merci, la réponse de M. Damasio m'intéresse aussi (en ce qui concerne ses romans)
moi aussi ;)

Surtout, que certains de ses autres posts font échos aux pistes que tracent ce dossier.
Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière

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Fantasy ou SF ?

Message par ansset » jeu. oct. 07, 2010 2:05 pm

Votre roman de la horde du contrevent est parfois perçu comme de la fantasy.

Qu'est-ce que cela vous inspire ?

Alain Damasio
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Message par Alain Damasio » jeu. oct. 07, 2010 2:09 pm

C'est une discussion que je voulais vraiment avoir avec toi, à Epinal, puis les circonstances en ont décidé autrement. Parce qu'il se produit depuis plusieurs années un phénomène tout à fait fascinant qui prolonge ta réflexion, c'est-à-dire celui de l'omniprésence des capteurs et des boucles de feedback/rétroaction que l'être humain est en train d'implanter dans sa réalité quotidienne : sa maison, son environnement, voire la nature dans sa partie considérée comme sauvage. Cette réalité quotidienne, au lieu d'être indépendante, devient "attentive à lui", et se retrouve non seulement en interaction avec lui, mais à son service. Ca va des caméras de surveillance couplées à des logiciels de reconnaissance et d'aide (pas seulement le côté parano de "je suis traqué partout", il y a des fonctions d'aide, par exemple dans les maisons de retraite où on détecte les chutes ou les crises demandant une intervention immédiate) aux dispositifs d'analyse dans tes toilettes, monitorant ta santé, aux étiquettes radio dans les supermarchés, etc. etc. La liste ne cesse de s'allonger.
L'individu ne se content plus de gérer le cocon, c'est la réalité qui le devient, de façon progressive, jusqu'à ce que l'idée même d'un univers indifférent s'estompe.
C'est pour cela que l'idée des "Furtifs" comme tu en parles me fascine - j'attends ce putain de bouquin avec une impatience que tu n'imagines pas - parce que c'est également le sens de ma démarche intellectuelle en ce moment. La recherche d'une furtivité rendue nécessaire par cette omniprésence des feedbacks. Je me demande vraiment ce que tu vas en faire - je sens que cela m'offrira quelques bonnes nuits blanches, comme La Horde... en son temps.
Mais bon, faudra qu'on en parle, et je te présenterai aussi quelques projets de recherche avancés sur lesquels je travaille, qui peuvent peut-être apporter de l'eau au moulin de tes réflexions.
Yo, Jean-Claude est dans la place ! Salut Jean-Claude !

Ce que tu dis s'inscrit complètement dans mes réflexions du moment et j'ai effectivement suivi ce développement, encore embryonnaire (mais pas tant que ça, de nombreux projets de recherches sont déjà lancés) de ce que les scientifiques appellent l'intelligence ambiante, à savoir un environnement entièrement anthropisé et sensitif, tissé de capteurs et de machines apte à percevoir (chaleur, déplacement, air, son, couleurs, poids, etc.) notre présence et à y répondre, à s'y adapter, pour le meilleur (le soutien, l'alerte, la climatisation, la gestion des flux de voitures, de piétons…) et le pire (la surveillance généralisée, la négation de tout déplacement libre non perçue).

Et je suis très heureux que tu soulèves ça et que ça te touche aussi : un technococon à la dimension d'une chambre, d'une maison, d'une rue, d'une ville entière, un technocon qui ne soit même plus construit autour des interfaces homme-machine proches (clavier, écran tactile, casque, etc) mais qui soit notre environnement même. Je crois que c'est une tendance de fond de l'évolution humaine, d'aménager son espace, sa clairière, et de filtrer l'extérieur sans cesse jusqu'à aboutir à un monde humain, trop humain (et donc inhumain car niant l'altérité du froid, de la surprise, de l'événement, de l'accident possible, de l'intattendu), servi sur mesure par les technologies.

C'est cool que tu bosses aussi là-dessus et sur la résistance possible à ce monde, par la furtivité. En même temps, je me dis que ce thème ne peut que prendre une importance croissante, vu les tendances qui nous travaillent et ce n'est pas un hasard si ce sont les auteurs de Sf qui "sentent" ça comme urgent, central. Déjà il y a eu Ayerdhal avec Transparences, comme il y avait eu Wagner (mystères de Paris), des thèmes autour du fait d'être perçu ou non — et ce n'est pas fini. Dans les furtifs, mon traitement de la furtivité sera très organique, mais adossée à un monde hypergéré, hypersentient, serti dans "l'intelligence ambiante" de nos futurs environnements.

Force à toi et à très vite aux Utopiales ?

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Message par Virprudens » jeu. oct. 07, 2010 2:14 pm

Alain Damasio a écrit :Et je suis très heureux que tu soulèves ça et que ça te touche aussi : un technococon à la dimension d'une chambre, d'une maison, d'une rue, d'une ville entière, un technocon qui ...
Merci Alain. J'attendais ce lapsus depuis un petit moment. Merci merci merci.
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Message par Alain Damasio » jeu. oct. 07, 2010 2:21 pm

li-cam a écrit :Des happenings sauvages du type de ceux qui sont organisés dans le monde de l'art contemporain ... des représentations de pièces de théatres politisées ou autre chose ... ou encore autre chose ?
Dans l'art contemporain, ce n'est pas trop dérangeant mais si le contenu devient expréssement politique, l'accueil sera sans doute plus froid pour ne pas dire musclé. Imaginer de nouvelles formes d'expressions politiques devient urgent pour palier le désintérêt ou le renoncement d'une frange de la population.
Je sollicite un diagnostic, docteur ... Quel est ton avis sur l'état actuel de la citoyenneté ? (Consommateur ? Citoyen ?)

Et une deuxième question :
"Change plutôt que tes désirs, l'ordre du monde"
Penses-tu écrire un jour une utopie ? (C'est pas que j'en rêve, mais si en fait :D )
Salut Li-Cam

Tes questions sont précieuses mais ô combien difficiles… Nous sommes des millions de personnes à buter là-dessus. ce qui est sûr est que le monde de la militance change, tente d'innover, mais sur une base traditionnelle (grève, manifs, tracts…) qui reste très présente, trop ! J'avais lu un bon livre sur les actions militantes les plus originales : happenings oui, performances, mais pleins d'autres choses. Parler et écrire reste utile mais insuffisant parce qu'écouter et lire ne fondent que rarement une expérience commune. Je peux avoir 25 000 personnes qui ont lu la zone du dehors (c'est à peu près ça aujourd'hui) sans que ça suscite une inflexion politique visible ni un partage, donc à quoi bon, je me dis parfois ? La piste que j'explore pour les furtifs est de considérer que ce qui est vital aujourd'hui est de vivre des expériences communes — et pas simplement des expériences interconnectées. C'est pour ça que la manif reste intéressante, lorsqu'elle permet ce partage, ce moment de partage. Et une façon forte de le faire me semble articuler autour de l'idée d'habiter un espace, un même espace. Alors il y a le squat bien sûr, mais j'ai envie d'imaginer des habitats mobiles, déplacés, chaque jour changeant, des lieux d'élection. je rejoins un peu les TAZ de Hakim Bey mais avec l'idée d'habiter ensemble, de créer un espace neuf qui s'habite. J'appelle ça l'anarchitecture dans les Furtifs.

Et ça répond à ta seconde question : je ne conçois pas les dystopies sans un volet créatif utopique, comme dans la zone d'ailleurs, les deux derniers chapitres que beaucoup de gens n'aiment pas. J'aime l'utopie, c'est notre rôle d'en proposer et d'en montrer les potentialités. Les furtifs en proposeront quelques-unes !

à TRÈS BIENTÔT, BISOUS !

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Message par Alain Damasio » jeu. oct. 07, 2010 2:30 pm

Pontiac a écrit :Alain,

Que penses-tu du fédéralisme et du centralisme ? As-tu une préférence ?
Centralisme pour l'éducation, la police, l'armée, les services publics, afin d'avoir une homogénéité de qualité de vie dans tout le territoire; fédéralisme pour la culture, l'art, la cuisine, les vins…

Que penses-tu des gens, comme moi, qui défendent à fond leur ville ou leur région ?
Que l'OL devrait virer Puel ! Personnellement, le régionalisme ne me gêne en rien si c'est une identité-tremplin et pas une identité de repli, défensive. J'entends par identité-tremplin le fait de s'appuyer sur une identité régionale pour partager avec les autres, offrir, faire découvrir, faire apprécier, tout en étant ouvert à ce qu'apporte les autres. C'est une richesse d'avoir un socle identitaire fort, surtout si ce socle te donne la confiance pour partager, t'ouvrir et n'est pas un refuge pour t'abriter des échanges. L'identité nationale est un concept stupide et bas-du-front si l'on s'en sert uniquement pur exclure et se protéger

Si tu serais tout-puissant, quel fonctionnement politique établirais-tu, avec quelles orientations ?

Que penses-tu de la science-fiction française actuelle ?
Franchement, je n'en connais pas grand-chose, je ne lis que les potes, et encore, un livre par ci par là et je n'ai pas de point de comparaison. Par contre, je peux en parler en tant que communauté et atmosphère générale : le milieu SF français est globalement très chaleureux, riche et actif, c'est tout sauf un milieu sclérosé, contrairement à ce qu'on entend ou lit ça et là. Il y a beaucoup d'ouvertures sur les phénomènes les plus récents, beaucoup d'échanges d'un plutôt bon niveau. C'est un milieu vivant, tout simplement.

Alain Damasio
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Message par Alain Damasio » jeu. oct. 07, 2010 2:37 pm

Nébal a écrit :Plus calmement, toujours sur La Zone du dehors, dans quelle mesure t'es-tu inspiré des grands modèles dystopiques tels que Nous autres, Le Meilleur des mondes, 1984, Un bonheur insoutenable, etc. ? Et quelles ont été tes autres sources d'inspiration ? On pense tout naturellement à Surveiller et punir et donc au Panoptique, visiblement Deleuze aussi, mais encore... ? A moins qu'elles ne soient toutes explicites dans le roman ? Mais, dans ce cas, cela ne vient-il pas poser problème en le transformant en quasi-essai ?

Et as-tu lu Les Dépossédés d'Ursula K. Le Guin ? Si oui, qu'en penses-tu ?

Pour retourner dans un sens à ma première question : dans La Zone du dehors comme dans La Horde du contrevent, il me semble qu'on peut dégager une apologie du volontarisme politique ; mais celui-ci n'est pas sans risques, non ?
J'ai lu Nous autres, 1984, le meilleur des mondes et c'est 1984 qui m'a le plus influencé. La zone du dehors, c'est une tentative d'anti-1984 sur le pessimisme radical du livre, tout en conservant la force dystopique. Le résultat est loin d'être à la hauteur du modèle mais au moins il est un brin joyeux ! :oops:
Les références de la zone : Foucault, Deleuze, Guattari, Nietzsche, Lyotard, Baudrillard, Virilio. Et oui, ça pose problème quand ça se transforme en cours ou quasi-essai, c'est du pseudo-roman parfois !

Pas lu Le Guin, on m'en parle beaucoup, j'aimerais my' coller`.

Sur le volontarisme politique : j'assume parfaitement. Mais ce que fait Sarko est précisément l'inverse. Un pur volontarisme de façade et de discours couplé à un conservatisme absolu des intérêts des riches. Ce qu'il met en place, c'est une ploutocratie sous le masque du volontarisme. Rien à voir avec la Volte !
Modifié en dernier par Alain Damasio le jeu. oct. 07, 2010 4:13 pm, modifié 1 fois.

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