Alain Damasio et vous...

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ElGato
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Message par ElGato » jeu. oct. 07, 2010 5:36 pm

re-Bonjour !

Est-ce que tu penses que la "technologie" a pu changer le boulot d'écrivain et, disons, le militantisme ?
Par la facilité de diffusion (pas forcément de publication), les facilités de recherche d'information, de communication...Le bouche-à-oreille global en somme ; on parle plus haut de Fight Club : c'est en grande partie à Internet qu'il doit son succès, le film n'a pas eu très grand succès au cinéma.
Pour le livre en particulier, roman ou essai, est-ce qu'il n'y aurait pas de nouvelles façons de l'envisager - par des mises à jour, des formats différents (plus courts, ou des sorties par chapitres...), du contenu plus évolué, peut-être une forme limitée d'interactivité...?


Le ticket d'entrée à ces technologies est d'un prix très élevé puisque des milliards d'humains n'y ont pas encore accès, mais malgré tout, il y a probablement quelque chose à creuser là-dedans, "un autre technococon est possible" - ce genre de chose ?

Lem

Message par Lem » jeu. oct. 07, 2010 5:37 pm

Alain Damasio a écrit :je peux tenir un discours sur l'engagement et y croire, sans me forcer. Ce qui m'inquète, par contre, c'est le passage de cette réception, de cette émotion/compréhension de la révolte à l'acte même, à la révolte même. On croit souvent subvertir et on ne fait que divertir, au final, très très souvent.
Je ne parlais pas du discours tenu dans les œuvres. Les œuvres sont les œuvres. Elles vont et viennent, elles vivent leur vie dont on ne sait pas grand chose, c'est très bien comme ça. Je ne vois pas de raison de ne pas produire d'œuvres, aujourd'hui, au contraire. C'est la tenue d'un discours militant public comme justification/point d'ancrage de l'œuvre dans le réel qui me paraît problématique. Que l'éponge se saisisse des œuvres et les fasse circuler comme marchandises ne pose aucun problème et n'empêche rien, surtout pas le contact poétique avec quelqu'un d'autre qui met le nez dedans. Ce que je trouve presque impossible, c'est le fait d'accompagner cette circulation par un discours engagé. Même après sa circulation, l'œuvre est intacte, elle peut encore être reçue dans le silence et parler d'elle-même. Alors que le discours autour est pratiquement condamné à disparaître dans le bruit blanc (à moins d'être posé dès le départ comme promotion évidemment). Faute de mieux, ne rien dire d'important quand on a une œuvre à défendre me paraît être une solution pratique mais ce n'est pas très enthousiasmant…

systar
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Message par systar » jeu. oct. 07, 2010 5:48 pm

Yo Alain,

puisque tu as été amené à évoquer le pouvoir de la littérature "engagée", et puisque tu évoquais tes hésitations à poursuivre dans une veine "militante" en voyant l'impact de La Zone du Dehors (25 000 lecteurs)... que t'inspirent les chiffres de vente de la SF en France? As-tu une opinion, en tires-tu des conclusions sur la qualité de la réflexion du public, sur la société elle-même, ou estimes-tu qu'il ne faut rien en conclure, ni de positif, ni de négatif?

Même question à propos de notre discipline fétiche: certains éditeurs de philosophie parlent de succès pour 1500 exemplaires vendus, parfois ils seraient satisfaits de simplement 500 ventes; les PUF sont annoncées régulièrement au bord du gouffre, etc. Toi qui aimes la philosophie, et qui as fait beaucoup pour y sensibiliser les lecteurs, qu'est-ce que ça t'inspire?
La philosophie dite "médiatique", qui, elle, connaît un succès plus conséquent: pis-aller, effort louable de vulgarisation, ou simple prostitution mercantile de l'effort même de la pensée philosophique?

Alain Damasio
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Re: What else ?

Message par Alain Damasio » jeu. oct. 07, 2010 5:57 pm

Je suis très impressionné par cette réponse, qui appelle forcément une autre question:
quel but poursuivez-vous en écrivant ?
Transmettre des blocs de vie qui tiennent tout seul, sans moi.

systar
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Message par systar » jeu. oct. 07, 2010 6:10 pm

Alain,

quelle est la marque de bière préférée de Golgoth?

Comment s'appelait ton chat?

Si tu avais un fils, un jour, l'appellerais-tu Gilles forcément?

Es-tu écolo?

Es-tu plutôt fromage ou dessert?

Quand même, est-ce que Fight Club, c'est pas le paroxysme du film faussement subversif, et faussement intelligent?

Es-tu comme des millions de Français, un fan inconditionnel de l'apéro, et si oui, quel est ton apéro préféré?

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Virprudens
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Message par Virprudens » jeu. oct. 07, 2010 6:23 pm

Fight Club, ça pue.

Sinon, Alain, pour en revenir au technococon (ou technocon), j'ai trouvé quelque gourmandise.
Ce n'est pas une question - juste un truc que je trouvais intéressant (j'aime le 'cognitive overload').

Bien cordialement,
Virprudens
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Transhumain
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Message par Transhumain » jeu. oct. 07, 2010 7:02 pm

Alain, tu as cité Fight club, mais tu ne parles pas souvent de cinéma. Quels sont les films qui t'ont marqué ?

Toros
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Message par Toros » jeu. oct. 07, 2010 7:36 pm

Re bonjour,


Vous parlez de l'industrie du divertissement, pourriez vous nous donner votre avis sur l'actualité liée à l'HADOPI... La protection des droits d'auteurs vaut-elle que nos ordinateurs soient épiés ?

La montée en puissance des "liseuses électronique", vous inquiète t'elle quant au futur de l'édition ? Le possible piratage de vos oeuvres (livres, ou jeux...), vous fera t-il réagir d'une façon différente en tant que cible...

Plus largement que pensez vous de la propriété intellectuelle, au sens industrielle du terme... Est-ce normal de pouvoir poser des brevets sur tout et n'importe quoi, les médicaments entre autres...

Merci

DPoldonski
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Re: Heu, ça commence ?

Message par DPoldonski » jeu. oct. 07, 2010 7:38 pm

Bonjour ou bonsoir,

Mes questions :
1/ Comment définirais-tu le métier d'écrivain ?
2/ Un livre est-il un produit... comme les autres ?
2/ Quel écrivain es-tu ou ambitionnes-tu de devenir ?
3/ Quel est le but de l'écriture à tes yeux ?
4/ Pourrais-tu arrêter d'écrire... longtemps... à tout jamais ?

Merci d'avance pour ta réponse.
Cordialement et lectoralement.

lael
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Message par lael » jeu. oct. 07, 2010 7:49 pm

merci pour vos réponses et ces débats passionnants :)

encore des questions :twisted: :

- Écrivez vous régulièrement ou par à-coup ? Est ce que vous attendez l'inspiration ou vous vous donnez des horaires pour écrire, envie ou pas ? Préférez vous écrire à certains moments de la journée, la nuit ?

- Comment s'est passé la publication de votre premier roman ? Avez vous l'impression d'être aisément entré dans le milieu littéraire ?

- Trouvez vous facile de donner un titre à un livre ? Avez vous une astuce ?

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Roland C. Wagner
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Message par Roland C. Wagner » jeu. oct. 07, 2010 7:52 pm

Alain Damasio a écrit :On croit souvent subvertir et on ne fait que divertir, au final, très très souvent.
+42
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Message par Jean-Claude Dunyach » jeu. oct. 07, 2010 7:58 pm

Alain Damasio a écrit :
Virprudens a écrit :Bonjour Alain,

Une question qui fâche pour commencer : ton style fonctionne beaucoup sur un effet d'accumulation, de virgulage, ce genre de trucs. Tes interventions sur ce forum en apportent une preuve supplémentaire.
N'as-tu pas peur que d'aucuns taxent ton écriture d'insuffisamment resserrée, quoique très travaillée ? De redondante ? Est-ce que ça démontre un esprit poétique, juste pour la beauté du raz-de-marée, ou bien une peur de ne pas être compris du premier coup et de devoir frapper, frapper et frapper encore en cherchant des angles differents ?
Salut Virprudens,

Ça c'est une excellente question — et salve. Mon naturel stylistique (aggravé en écriture de forum où je rédige à la volée) est la coulée longue serpée, entrecoupée de virgules, de ruptures. C'est le modèle psychomoteur du saut de haie ou de l'accumulation d'obstacles qu'on franchit — c'est quelque chose qu'on ne choisit pas, je pense, qui vient de sa nature profonde. Alors oui, ça peut être très lourd, au moins fatigant, car le moteur et le risque de ce type de style, c'est l'emphase : ça grossit, grossit, prend de l'ampleur, etc. Mias je peux aussi être concis s'il le faut. Non ? :oops:

La polyphonie stylistique, comme dans la horde, permet de varier les styles, justement et de contrer son naturel : c'est précieux.
Là, je me permets de rebondir.
Alain appartient, comme Mauméjean, comme Dufour, comme Noirez (pour ne citer que les plus emblématiques à mes yeux) à une catégorie d'écrivains qui travaille en polyphonie, et en structure d'oratorio. Il n'y a pas une voix, mais une chorale, parfois discordantes, y compris dans l'approche narrative. C'est à l'opposé des gens qui cherchent à avoir "une petite voix limpide" (genre Verlaine "écoutez la chanson bien douce..."). Avant eux il y a eu Volodine, qui a systématisé le processus jusqu'à donner des pseudos à ses pseudos, et à multiplier les façons de dire simultanées, pour introduire à la fois une réverbération, un travail d'écho déformé, et une spatialisation plus vaste, plus prégnante. Le livre chante de multiples voix, et l'auteur donne l'impression qu'aucune d'entre elles n'est la principale.
Bref, tant qu'à pousser la métaphore jusqu'à ses limites, ce sont des gens qui écrivent comme on mixe du hip-hop, avec du sampling, des effets spéciaux en veux-tu en voilà, et un fil mélodique constitué de particules indépendantes passées dans un mixer. Ca se traduit aussi par un effet de retenue, d'élagage de tout ce qui pourrait partir en vrille et fausser la tonalité - la nouvelle So phare away, pour moi, est l'exemple même du texte polyphonique tellement contraint qu'il s'est retrouvé à court de respiration. Mais je soupçonne l'effet d'être voulu.
Ça, mine de rien, c'est quelque chose que je ressens comme un point d'inflexion dans le principe même de narration et ça propulse une espèce de renouveau/déformation de la SF française, visible en partie dans Retour sur l'Horizon. Personnellement, je trouve ça passionnant, pas seulement parce que les auteurs précités ont un talent fou, mais aussi parce qu'ils jouent à un jeu que je ne connais pas et qui me fascine par son étrangeté.
Et je ne crois pas que "La Horde..." soit si difficile à lire, pas quand on a l'habitude de cet éclatement perpétuel du son. Remarque, Brian Wilson faisait déjà ça il y a près d'un demi-siècle - mais il était à la fois génial et fou.

Et donc une question : tu as travaillé la bande-son de tes livres avec cette vision polyphonique à l'esprit ?
Je compte pour 1. Comme chacun de vous...
http://www.dunyach.fr/

Alain Damasio
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Message par Alain Damasio » jeu. oct. 07, 2010 8:31 pm

Lensman a écrit : Ma question est: comment analyses-tu (si tu l'analyses...) la mode montante de l'uchronie en France? De plus en plus de texte en relevant sont publiés dans les collections spécialisées, mais aussi ailleurs.Refaire l'histoire...

Oncle Joe
Salut Oncle Joe,

Je ne sais pas, en fait. J'ai une réaction viscérale là-dessus qui me dit : "mauvais signe". Comme si les auteurs, inconsciemment, préféraient refaire l'histoire que la faire, l'anticiper, tenter d'avoir prise sur ce qui vient. C'est la même sensation que me procure souvent la fantasy : une volonté de s'abriter dans l'imaginaire plutôt que d'utiliser l'imaginaire pour affronter nos réels. Tout ça lâché après un apéro à l'Ouzo et au St Véran, histoire de troller un peu !

Alain Damasio
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Message par Alain Damasio » jeu. oct. 07, 2010 8:45 pm

Priscille a écrit : En quoi la "matière de nos sociétés" actuelles est-elle, pour vous et de ce point de vue, différente de celle de l'âge d'or ? (la fin des années 30, où est né le space opera, était encore bien plus pesante et opaque !)

Si, de ce point de vue (je mets de côté la question de l'engagement politique), votre œuvre ne relève pas du divertissement, comment la situez-vous par rapport aux textes primaires ? Illustration ? vulgarisation ? promotion ?
Je pense que l'accélération des découvertes technologiques et l'explosion de la production culturelle (livres, films, BD…) et informative font de nos sociétés des sociétés extrêmement difficiles à déchiffrer : elles ne le sont pas par rétention d'information ou opacité mais au contraire par excès, par un trop-plein démentiel de textes, analyses, événements connus, œuvres, réseaux redoublant et amplifiant les échos. Nous souffrons d'une saturation des Lumières, pas d'une opacité et cette saturation produit des effets de crétinerie et de bêtise rayonnante — Systar me parlait du twitter de Paris Hilton, mais c'est emblématique d'une production vide de signes, absolument torrentielle. Alors, oui, la SF actuelle me semble avoir une vocation spéciale, historique, à affronter cette luminescence aveuglante et à l'obombrer, à tenter d'en structurer un peu les mouvements sensibles. Déchiffrer la trame pour parler comme Jean-Claude Dunyach ou identifier les schémas pour reprendre le beau titre de Gibson.

Sur ce qu'est mon travail face aux textes de Deleuze par exemple, je dirais : je les fictionne, j'essaie de les mettre en chair, en récit. On n'illustre ni ne vulgarise la philo, on la met en mouvement à travers des personnages et un récit, un univers qui réifie la théorie, qui la "réalise" au sens plein, c'est-à-dire produit une sensation puissante de réel, de réalité du concept. Si je prends au mot le concept "le mouvement est premier", j'écris en gros la horde, un monde où le vent est premier et où la matière n'est qu'une coagulation, un ralentissement, un bouclage alenti de ce vent primitif. Et où l'âme même des personnages est une boucle fermé de vent pur, le vif. Tout part du concept mais encore faut-il l'incarner, lui donner vie.
Modifié en dernier par Alain Damasio le jeu. oct. 07, 2010 10:40 pm, modifié 1 fois.

Julien
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Message par Julien » jeu. oct. 07, 2010 8:58 pm

Re !
Je viens de finir votre nouvelle, et même si je m'attendais à autre chose, je l'ai bien aimé ! Toute en métaphores, en messages subliminaux... Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai pensé à Alice aux Pays des Merveilles. Etait-ce à cause d'Annah ou de l'ambiance, quelque peu... irréaliste... rêve ? Je ne sais pas. En tout cas, j'ai trouvé que c'était une belle histoire, très émouvante et forte. C'est le premier effet qu'elle m'a fait : c'est beau. C'est ce que j'aime chez vous en fait ; il y a toujours l'espoir. (et quand on sort de 1984, ça fait du bien :)).

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