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Pierre Bordage répond à vos questions (2, 3 et 4 juillet)
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Roland C. Wagner



Enregistré le: 23 Mar 2006
Messages: 3588

MessagePosté le: Lun Juil 02, 2007 3:56 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Anonymous a écrit:
Je crois que les auteurs écrivent ce qui leur passe par la tête, pas pour être classés dans un genre.


Mmmm… je ne saisis pas très bien où se situe l'opposition entre les deux.
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orcusnf



Enregistré le: 24 Mai 2006
Messages: 2406
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MessagePosté le: Lun Juil 02, 2007 4:55 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Bonjour Pierre

Quand on lit Les guerriers du silence et le cycle de Rohel, on remarque de fortes similitudes, laquelle des deux séries a influencé l'autre ?
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Jean XIV
Invité





MessagePosté le: Lun Juil 02, 2007 5:43 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Bonjour Pierre,
Tout d'abord bravo et merci pour les moments agréables que vous m'avez fait passer! Une question un peu naïve peut-être:
" Y a-t-il un écrivain qui a influencé votre oeuvre?". Merci
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Invité






MessagePosté le: Lun Juil 02, 2007 5:53 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

pour systar : masochisme ou envie. Il fait chaud dans les raquettes, et je recherche la chaleur humaine. OK pour James, et Wade, et d'accord aussi pour Papaloukas, joueur qui ressemble sur bien des points à Larry Bird. Oui, j'ai eu le projet d'écrire un roman sur le basket, mais pas SF, une sorte de road movie impliquant un pivot noir homosexuel, un petit blanc bien de chez nous et une indienne d'amérique, avec poursuites infernales et chamanisme à la clef. Cette précision donne également la réponse à Y Thien.

Pour oneill : l'avenir ne me fait pas peur, car, et c'est son gros avantage, il n'est pas écrit ! En revanche, il me préoccupe lorsqu'il me semble prendre une mauvaise tournure. Alors j'abuse de mon privilège d'auteur d'anticipation, et je noircis le tableau pour essayer d'attirer l'attention sur tel ou tel problème, les rapports nord sud pour Wang, la guerre génétique et atomique pour les Derniers Hommes, le choc des civilisations pour l'Ange de l'Abîme. Encore une fois, c'est, je pense, l'une des fonctions de la SF.
Celui que je suis en train d'écrire, pour l'Atalante en novembre, s'appelle la Fraternité du Panca. Comme son titre l'indique, il est prévu en 5 tomes (Panca veut dire cinq en sanskrit). Il s'agit effectivement d'un space opera qui raconte l'histoire d'une fraternité qui essaie de se reconstituer à travers l'espace et le temps pour affronter un danger venu d'un autre univers. Le héros du premier tome, Frère Ewen, est le premier frère d'une chaîne pancatvique (de cinq maillons) qui part à la recherche du quatrième frère basé sur une très lointaine plannète. C'est le récit de son voyage, un très long voyage, et de ses sacrifices (il a abandonné femme et enfants pour obéir à l'appel de la Fraternité; l'éternel conflit entre l'aspiration au bonheur et devoir).
Oui, je travaille en collaboration avec Gess, qui illustre chacun de mes livres publiés à l'Atalante, nous en discutons, je lui propose des pistes et il m'envoie ses premiers crayonnés. Comme j'adore ce qu'il fait, ça se passe très bien. Sinon, dans le poche, c'est l'éditeur qui décide, mais chez J'ai Lu, Caza me fait souvent l'amitié de m'envoyer ses projets.

Salut Yuli ! Tu t'infiltres dans les forums, coquine !
La canine aiguisée contre les scientifiques ? Allons, je les adore ! Oui, oui, rôle de sentinelle du futur. J'ai discuté avec une illustre pofresseur d'université de Nantes qui mélangeait les gènes caille/poulet au stade embryonnaire, et lui ai demandé si elle aimerait voir sa créature chimérique se matérialiser : elle m'a répondu oui, sans hésitation. Et c'est humain. Voilà, les scientifiques sont des êtres humains, parfois victimes eux aussi de leur curiosité, de leur orgueil ou de leur vénalité. Les piqures ne me font pas peur, je t'assure. En revanche, les fantastiques possibilités offertes par l'infiniment petit, combinaisons des gènes, des nanos et des bits, peut engendrer des catastrophes, de la même manière que l'atome a engendré la bombe.
Utopiales : le grand changement, c'est la direction artistique, assumée déormais par l'assocation. Le programme est en cours et on ne désespère pas vous annoncer très bientôt de grandes nouvelles.
Bises.

Pour Roland : il n'y a pas d'opposition, c'est comme ça que je fonctionne, je ne me soucie pas du genre, seulement de raconter une histoire qui se passe dans le passé, le présent ou le futur.

Pour Orcusnf : les deux ont été écrits en même temps, contrairement à une légende tenace qui veut que Rohel soit une oeuvre de jeunesse. Les deux se sont influencés mutuellement, je suppose. Ce sont les formats qui changent. Rohel est une série, et la série d'aventures a ses propres lois, entre autres une certaine répétition, une difficulté à renouveler, et c'est en même temps une formidable école d'écriture, car on ne peut pas reculer, ou jouer les artistes maudits, il faut avancer, coûte que coûte, se confronter à l'exercice quotidien de l'écriture. Il est de bon ton de dénigrer Rohel, mais je lui rends hommage chaque jour pour tous les domaines qu'il m'a permis d'explorer. Il m'a permis d'élargir mes limites, et ça, ça n'a pas de prix. Après, que les lecteurs en pensent ce qu'ils veulent, c'est tout à fait normal.
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Pierre Bordage



Enregistré le: 29 Juin 2007
Messages: 36

MessagePosté le: Lun Juil 02, 2007 7:28 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

pour jean XIV : je j'ai pas d'auteur précis en tête qui m'ait influencé, plutôt plusieurs auteurs, dont ce bon vieil Homère, les rédacteurs associés de la Bible, les écrivains de l'âge d'or de SF américains, Vernes tendance Henri-Bob Morane, mes lectures d'ado, quelques auteurs contemporains, Tom Wolf par exemple, ou OS Card, et certainement bien d'autres, mais ils ne me viennent pas pour l'instant à l'esprit. Récemment, j'ai lu, avec énormément de retard, Le Parfum, eh bien, j'ai été bluffé par l'écriture, pourtant une traduction, et la façon dont suskind a traité cette histoire. Dernier coup de poing : la Horde du Contrevent, d'Alain Damasio, qui ose tout ce je n'ose pas.

Pour le poutou : oui, j'arrive à sortir la tête de l'eau. Au début, j'avais efectivement peur de perdre le fil, d'un jour à l'autre, d'égarer les idées qui me venaient, et puis je me suis aperçu qu'elles étaient fidèles au poste le lendemain ou quelques jours plus tard, et dès lors, j'ai pu redormir. Un roman que j'ai posé en cours parce que j'ai dû en écrire un autre d'urgence entre temps : les Fables de l'Humpur. J'en avais écrit 120 pages, et, comme je ne savais pas trop où j'allais, que je n'avais pas d'idée préconçue, ça ne m'a pas posé de problème de prendre quelques mois plus tard. L'idée que je défends est que ce n'est pas moi l'auteur du roman, mais le roman qui s'écrit à travers moi, que le roman est le créateur de l'auteur, rien que ça ! Poutou aussi.
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Roland C. Wagner



Enregistré le: 23 Mar 2006
Messages: 3588

MessagePosté le: Lun Juil 02, 2007 7:59 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Vu l'amour immodéré que tu sembles porter à la gent cléricale, et ton penchant, voire ta fascination, pour ce que j'appellerai, pour simplifier, la spiritualité, j'aurais aimé savoir comment tu vois le rôle de la religion elle-même par rapport à tout ça.
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orcusnf



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MessagePosté le: Lun Juil 02, 2007 8:41 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

une question plus matérialiste, pourquoi tu viens en invité sur actusf ? ça ne serait pas plus sympa d'avoir un compte ?
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Ferocias



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Messages: 124

MessagePosté le: Lun Juil 02, 2007 9:29 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Que lisait le petit Pierre Bordage?
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Vous aimez la littérature populaire?
Rejoignez http://litteraturepopulaire.winnerbb.net !
Blog consacré aux fictions mettant en scène des précolombiens: http://lespeuplesdusoleil.hautetfort.com/
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Pierre Bordage



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Messages: 36

MessagePosté le: Lun Juil 02, 2007 9:51 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Pour Roland : la religion est pour moi la négation même de la spiritualité. À partir du moment où l'on substitue le dogme et la structure à l'expérience, à la perception directe, on perd l'essence même de la spiritualité, qui est la liberté. Les paroles prophétiques sont la plupart du temps libératrices, elles indiquent une façon de se sortir des conditionnements qui interdisent d'entrevoir d'autres réalités, sa propre réalité en fait, qui est forcément différente de celle du voisin (cf Porteurs d'Âmes). Ce qu'en font les disciples, après... Le plus bel exemple : la différence incroyable entre les paroles du Christ, alors même qu'elles ont été retouchées par l'Église, et leurs application par cette même Église. Comment une parole comme "tu ne jugeras pas", a pu aboutir à l'Inquisition et aux guerres de religion, voilà une passionnante illustration de l'énigme humaine.

question d'orcusnf : j'ai un compte, j'ai oublié de m'en servir au début, désolé Embarassed

Ferocias : je lisais des mythologies, beaucoup de mythologies, un oncle m'offrait chaque années des livres sur les mythologies du monde entier. Et aussi, une encyclopédie, que ma mère avait achetée à un représentant de passage à la maison. Et puis des BD format poche qui se vendaient 30 centimes (FF) dans les épiceries et boulangeries, Tex Tone, Kit Karson, Blake le Rock, Akim, Zembla, etc, etc. J'étais parfois déçu, car les dessinateurs changeaient et je ne retrouvais plus mes personnages préférés. Ces fascicules bon marché étaient presque les ancêtres des mangas, et je regrette qu'ils aient disparu, ils appartenaient à la vraie culture populaire. Sinon, j'ai dû lire quelques clubs des cinq ou des truc de ce genre.
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Pierre Bordage



Enregistré le: 29 Juin 2007
Messages: 36

MessagePosté le: Lun Juil 02, 2007 9:52 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Pour Roland : la religion est pour moi la négation même de la spiritualité. À partir du moment où l'on substitue le dogme et la structure à l'expérience, à la perception directe, on perd l'essence même de la spiritualité, qui est la liberté. Les paroles prophétiques sont la plupart du temps libératrices, elles indiquent une façon de se sortir des conditionnements qui interdisent d'entrevoir d'autres réalités, sa propre réalité en fait, qui est forcément différente de celle du voisin (cf Porteurs d'Âmes). Ce qu'en font les disciples, après... Le plus bel exemple : la différence incroyable entre les paroles du Christ, alors même qu'elles ont été retouchées par l'Église, et leurs application par cette même Église. Comment une parole comme "tu ne jugeras pas", a pu aboutir à l'Inquisition et aux guerres de religion, voilà une passionnante illustration de l'énigme humaine.

question d'orcusnf : j'ai un compte, j'ai oublié de m'en servir au début, désolé Embarassed

Ferocias : je lisais des mythologies, beaucoup de mythologies, un oncle m'offrait chaque années des livres sur les mythologies du monde entier. Et aussi, une encyclopédie, que ma mère avait achetée à un représentant de passage à la maison. Et puis des BD format poche qui se vendaient 30 centimes (FF) dans les épiceries et boulangeries, Tex Tone, Kit Karson, Blake le Rock, Akim, Zembla, etc, etc. J'étais parfois déçu, car les dessinateurs changeaient et je ne retrouvais plus mes personnages préférés. Ces fascicules bon marché étaient presque les ancêtres des mangas, et je regrette qu'ils aient disparu, ils appartenaient à la vraie culture populaire. Sinon, j'ai dû lire quelques clubs des cinq ou des truc de ce genre.
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Simon



Enregistré le: 20 Fév 2007
Messages: 372

MessagePosté le: Mar Juil 03, 2007 12:58 am    Poster un sujet: Répondre en citant

Bonsoir bonsoir,

Citation:
Dernier coup de poing : la Horde du Contrevent, d'Alain Damasio, qui ose tout ce je n'ose pas


je profite de cette phrase pour rebondir dessus : justement qu'est-ce qu'ose Damasio que tu n'oses pas ? Est-ce son travail sur la langue, cette flopée jusqu'au-boutiste de néologismes servant à l'instauration d'un univers marqué ?

Cela m'amène en fait à une autre question : est-ce qu'un auteur de SF francophone caresse le secret espoir à un moment ou un autre de son parcours littéraire de se voir traduit à l'étranger ? Et si on allait plus loin, cela peut-il l'influencer ?

Si on revient au cas Damasio, le moins que l'on puisse dire est que son roman serait très difficile à traduire correctement dans une autre langue sans perdre l'attrait offert par le seul travail "langagier". Non pas que je veuille insinuer que des auteurs se forcent à une écriture si on veut simplifiée pour une meilleure traduisibilité (oula j'y vais fort aussi sur les barbarismes), et qu'un auteur n'écrit pas pour viser un public (encore que) mais au moins, arrive t-il qu'on y pense ?
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jerome
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Messages: 14266
Localisation: Chambéry

MessagePosté le: Mar Juil 03, 2007 7:46 am    Poster un sujet: Répondre en citant

Tant qu'on te tient, je te fais réagir à l'actualité. elle est lourde aujourd'hui avec la mort de Fred Saberhagen. Tu avais lu les Bersekers ?

Et puis on a également les chiffres des ventes de livres en 2006. Globalement, il y a eu plus de livres mais les tirages moyens baissent. Quel regard portes-tu sur la situation de l'édition et sur la condition d'écrivain ?
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Jérôme
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Pierre Bordage



Enregistré le: 29 Juin 2007
Messages: 36

MessagePosté le: Mar Juil 03, 2007 7:48 am    Poster un sujet: Répondre en citant

pour Simon : j'en ai discuté avec Alain à l'occasion d'une rencontre à Vauvert. Il avait lu porteurs d'âmes, et me disait comment lui aurait traité cette histoire. Avec une écriture subjective adaptée à chacun des personnages, un ton propre, des changements de temps, etc... Comme dans la Horde, où on a une floppée de narrateurs, ce qui aux yeux de certains éditeurs, est totalement rhédibitoire (au passage, saluons l'initiative courageuse de Matthias). Il se trouve que je reste très classique dans ma narration, formaté sans doute par mes années de latin. J'ai toujours peur de perdre mon lecteur si je lui impose une nouvelle forme de narration, ce que j'ose en revanche dans les nouvelles, formidables exercices de style (n'est-ce pas, Jean-Claude ?) Alain, lui, y va à fond, détructure, joue avec le langage, explore toutes les possibilité de l'écriture. Grande différence entre nous deux. J'ai essayé un peu avec les Fables et le langage dégénéré, ou encore avec la patois vendéen dans l'Enjomineur, mais les deux sont bordés par une narration hyper classique. Reste qu'il ne sert à rien de se renier, qu'on est toujours rattrapé par sa musique intérieure.
Traductions : je le suis en russe, les Guerriers du silence et deux livres du Diable Vauvert, en Allemand, les Guerriers, en Italien, l'Evangile du Serpent et bientôt les Guerriers, et bientôt en espagnol (les Guerriers et Wang). Les auteurs de SF ont du mal à pénétrer le monde anglo-saxon, hormis les auteurs jeunesse, comme Hervé Jubert, Eric Lhomme, Pierre Botero ou Sophie Ardouin (Tara Duncan). Aucune influence sur la façon dont j'écris, cf la réponse précédent et la musique intérieure.
Pour finir, je suis toujour conscient quand j'écris qu'il y a quelqu'un au bout de la ligne, et j 'ai une obsession, c'est d'être compréhensible, limpide. Ça ne veut pas dire que j'écris des histoires en fonction des desiderata supposés des lecteurs, mais que je polis l'interface, l'écriture, pour les accueillir le mieux possible.
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Pierre Bordage



Enregistré le: 29 Juin 2007
Messages: 36

MessagePosté le: Mar Juil 03, 2007 8:09 am    Poster un sujet: Répondre en citant

Pour Jérôme : eh non, je n'ai pas lu la saga des Bersekers, une de mes très nombreuses lacunes. Je suis d'ailleurs à chaque fois sidéré par la culture encyclopédique des lecteurs de SF. Et je me promets à chaque de rattraper mes retards, mais ce sont eux qui me rattrapent, et mes lacunes deviennt peu à peu des gouffres.
Les éditeurs pour lesquels je travaille n'ont pas subi cette récession du livre. L'édition semble traverser une mauvaise passe, mais elle en est en grande partie responsable. À force de publier tout et n'importe quoi, à force de courir après le succès facile et rapide, beaucoup d'éditions ont perdu leurs âmes et découragé les lecteurs. Et puis, je crois que l'autofiction, cette sorte de loft de l'écrit, qui était la référence ultime ces dernières années, a contribué aux difficultés de l'édition. L'effet voyeur passé, les lecteurs ont je pense un profond besoin de fiction, qui est parfois plus vraie, plus sincère, qu'une autofiction filtrée par l'écriture. On semble assister à un retour du romanesque. Et si les éditeurs cessent de publier à tort et à travers, on pourra sans doute regagner les lecteurs perdus. D'ailleurs, la littérature jeunesse ne s'est jamais ausis bien portée, preuve que le lecteurs adhèrent quand on a la générosité de leur raconter une histoire et de s'oublier en tant qu'auteur. Précepte taoïste : l'auteur s'oublie une fois l'oeuvre acomplie.
Il n'y a pas de condition d'écrivain, chacun se débrouille comme il peut. Quand on voit ces arnaques que sont la Sofia et autres sociétés chargées de récolter les droits sur les ventes en bibliothèques et médiathèques (ce qui a remplacé le projet de prêt payant), quand on voit le manque de solidarité entre auteurs (on en a fait l'amère expérience quand Ayerdhal a lancé son modèle de nouveau contrat), quand on voit le système performant mis en place par les gens de l'audio-visuel (et désormais menacé), on se dit que, oui, l'écrivain est la dernière roue du carrose culturel. Je ne me plains pas personnellement, j'arrive à vivre correctement de mon écriture, mais je me dis qu'il reste pas mal de travail à faire pour dégager un véritable statut de l'écrivain.
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systar



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Messages: 1991
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MessagePosté le: Mar Juil 03, 2007 8:27 am    Poster un sujet: Répondre en citant

Pierre Bordage a écrit:
Pour Roland : la religion est pour moi la négation même de la spiritualité. À partir du moment où l'on substitue le dogme et la structure à l'expérience, à la perception directe, on perd l'essence même de la spiritualité, qui est la liberté. Les paroles prophétiques sont la plupart du temps libératrices, elles indiquent une façon de se sortir des conditionnements qui interdisent d'entrevoir d'autres réalités, sa propre réalité en fait, qui est forcément différente de celle du voisin (cf Porteurs d'Âmes). Ce qu'en font les disciples, après... Le plus bel exemple : la différence incroyable entre les paroles du Christ, alors même qu'elles ont été retouchées par l'Église, et leurs application par cette même Église. Comment une parole comme "tu ne jugeras pas", a pu aboutir à l'Inquisition et aux guerres de religion, voilà une passionnante illustration de l'énigme humaine.


Pour mettre mon grain de sel catho en marge de l'Eglise: l'opposition que vous faites entre religion et spiritualité est très forte. Elle a sans doute plusieurs origines, de type philosophique, théologique et historique.
Tout d'abord, il y a l'ambivalence fondamentale de l'Evangile lui-même. Bien malin qui saurait dire quel est le discours politique que véhiculait l'Evangile: il est pluriel et contradictoire. A la séparation de César et de Dieu (rendre à l'un ce qui est à l'un, etc.), on peut opposer Jésus disant qu'il vient apporter le glaive, baptiser les hommes "par le feu"... bref on n'en sort pas. C'est d'ailleurs pour ça que l'interprétation en est infinie. Et qu'on a des Jésus aussi différents que le Pasolini, le Scorsese, le Zeffirelli... pour prendre des exemples cinématographiques: chacun sonde une possibilité interprétative de l'Evangile, sans qu'aucune ne soit infondée.
Cela nous mène à réfléchir sur le potentiel théocratique du message chrétien, paradoxalement, et sur le fait qu'un message, si universel qu'il se veuille, doit, pour s'incarner, entrer dans l'histoire, s'historiciser, et entrer dans des relations de pouvoir. Tout message un tant soit peu général, et non une quête strictement personnelle (ce que vous nommez "spiritualité"), ne peut perdurer et se communiquer qu'en empruntant les voies d'un certain pouvoir, d'une certaine temporalité, d'une certaine géographie. D'où la diffusion du message chrétien dans tout l'Empire romain, et la constitution de l'Eglise. Et puis, c'est tout de même Jésus qui a appelé de ses voeux la constitution de l'Eglise: "Pierre, tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise..."
Philosophiquement, c'est donc l'énigme d'une universalité qui ne peut se communiquer qu'en s'historicisant, en devenant concrète, temporelle.
Aujourd'hui, bien des gens sont fascinés par le message chrétien intemporel, sans voir que celui-ci, vécu pleinement, ne peut pas ne pas passer par la voie/voix d'une institution...

Mais pour conclure sur cette notion de spiritualité, je la trouve très belle, et je suis d'autant plus content de la retrouver chez vous que c'est peut-être Alain Damasio qui m'a le mieux initié à cette forme de spiritualité sans dogme et sans transcendance, par La Horde puis par les échanges qu'il a bien voulu avoir avec moi. Cette soif de spiritualité libre et profonde est tout à fait fascinante, même pour un chrétien qui prétend trouver dans le dogme de la Résurrection la clef de tout sens et de toute vie vraiment aimante.
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Bruno - http://systar.hautetfort.com
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