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Fabrice Colin online !
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fabrice



Enregistré le: 21 Mai 2006
Messages: 461

MessagePosté le: Lun Mar 02, 2009 11:35 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

eleanore-clo a écrit:
Bonjour Fabrice
Il fut question d'une édition chez Points du Parlement des Fées de John Crowley. Cet ouvrage est fabuleux mais souffre depuis 3 éditions (rivages, pocket et terre de brume) d'une traduction trop littérale et pas assez littéraire, trop (une fois n'est hélas pas coutume) respectueuse de l'américain et trop éloignée de la langue de Victor Hugo. Le texte français actuel manque d'ambition et les outils de traduction automatique du web auraient produit une prose approchante.
Avez-vous travaillé sur un projet d'édition ?
Merci
Cordialement
Eléanore-clo

Bonjour Eléanore,
J'ai eu vent de remarques similaires, et j'ai pu constater les dégâts par moi-même. J'ai fait part du problème aux personnes concernées. Malheureusement, la collection Points Fantasy s'arrête. Je ne sais même pas si les livres sortiront et, si oui, sous quelle forme (les Mervyn Peake, par exemple, sortent en littérature générale). J'aurais plus d'informations d'ici quelques semaines et, si je le peux, j'essaierai de faire pression pour que les livres soient retraduits.
Désolé de ne pouvoir être plus rassurant.
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fabrice



Enregistré le: 21 Mai 2006
Messages: 461

MessagePosté le: Lun Mar 02, 2009 11:45 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Wandhero a écrit:
Hello Fabrice,
Quel rapport entretiens-tu avec tes personnages ? Les vois-tu de l'intérieur et as-tu une relation affective/émotionnelle avec eux ou, au contraire, ne les vois-tu que de l'extérieur comme des entités dont tu peux décrire les actions sans qu'ils te touchent plus qu'un simulacre d'autrui ?

Salut Wandhero,
C'est une sacrée question. Je crois que ça dépend des histoires. Je vois la plupart de mes personnages de l'intérieur, comme tu dis, pour la simple raison que mes romans sont souvent écrits à la première personne (et je les écris sans doute ainsi à dessein). Ce en quoi je ne crois pas, c'est en ce mythe qui voudrait que les personnages prennent parfois le contrôle de ton histoire et t'emmènent où ils veulent. J'en discutais avec David Mitchell il y a quelques semaines - l'auteur du fabuleux Cartographie des nuages, et du nom moins fabuleux Le Fond des forêts - et il me faisait le geste de l'auteur chevelu qui rajuste son écharpe à la BHL, en d'autres termes : il trouvait ça très snob, et j'étais plutôt d'accord avec lui.
Mais écrire, c'est connaître, c'est disséquer, et même le plus habile des marionnettistes peut tomber amoureux de ses créations. Il les contrôle, mais il les aime, peut-être parce qu'il les contrôle, justement, et qu'il ne peut pas faire autrement. Une sorte de malédiction lie l'auteur à ses personnages. Nous passons beaucoup de temps ensemble, que ça nous plaise ou non. Nous leur parlons mais ils ne nous entendent pas : nous ne pouvons que les contrôler.
Il y a quelque chose de pathétique là-dedans, et pas forcément du côté qu'on imagine.
_________________

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systar



Enregistré le: 03 Fév 2007
Messages: 1991
Localisation: perdu dans la métaphysique

MessagePosté le: Lun Mar 02, 2009 11:50 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

fabrice a écrit:
systar a écrit:
Salut Fabrice,
1) ça te fait quoi de savoir que désormais, grâce au lobbying du systar, tes livres jeunesse seront lus au CDI du lycée Pierre Bourdieu de Fronton, dans la Haute-Garonne?

Salut Bruno,
Ça m'honore et ça me fout les jetons : t'as que ça à foutre ?
systar a écrit:
2) quelle impression cela fait-il quand des zozos sans scrupule herméneutique font dire à tes bouquins des trucs totalement tordus auxquels tu n'aurais pas pensé? (ou en tout cas: pas en ces termes?) D'abord gêné puis, juste après, un radieux "après tout, oui, pourquoi pas?" ?

Ça m'honore et ça me fout les jetons : vous avez que ça à foutre ?
systar a écrit:
3) Avec les Mendelson, tu vas proposer un roman où, j'imagine, tu te mets toi-même au clair avec la tendresse que tu portes pour la religion juive. D'où te vient cette tendresse? La richesse de sa théologie? le côté bouleversant de l'expérience juive? (déracinement, persécution...)

Un peu de tout ça. J'ai découvert la religion juive sur le tard, la kabbale, le hassidisme, Gershom Sholem, etc. et tout ce cortège de danses, de joie, de ferveur. Le mot tendresse me semble très juste et me pose question. Ces gens posent souvent un regard ironique sur leur propre existence et semblent toujours capables de folie. J'ai l'impression, en côtoyant leur histoire, d'être en présence de quelque chose de très ancien et de très profond. J'ai vécu ma première visite au musée du judaïsme à Paris comme une illumination.
systar a écrit:
4) est-ce que quand même, tu ne serais pas prêt à reconnaître que, niveau mentor, Abellio c'est quand même une classe au-dessus de Gurdjieff?

Mais carrément. C'est marrant que tu parles de ça maintenant, parce que je viens de finir de lire Les yeux d'Ézéchiel sont ouverts. Je n'ai jamais pensé que Gurdjieff était un grand penseur : c'est un charlatan (mais Freud aussi). Par contre, en tant que figure romanesque, il est au poil.
systar a écrit:
5) La récurrence des crashs d'avion dans tes "flashs" ou intuitions d'auteur: as-tu maintenant une idée pour expliquer cela? Fascination pour la chute? les destins brisés? Obsession encore non assumée pour la "hauteur" (j'utilise ce mot pour en éviter de plus gros...)

Il faudrait poser la question aux zones marécageuses de mon cerveau qui me tiennent lieu de subconscient. Cela fait des années, des décennies que je rêve de crashs d'avion. Ça et les bombes atomiques. Je ne sais pas ce que ça veut dire et je ne veux pas le savoir. Généralement, je me réveille à temps, mais pas toujours. Le crash est avant tout un son, un grondement qui enfle jusqu'à un point final, une boule de lumière et de chaleur - la mort. Débrouille-toi avec ça.
systar a écrit:
6) Ton T-Shirt "Nietzsche is my co-pilot" est lamentable. Tu devrais avoir honte.

"La honte est une déesse paresseuse." (Euripide)
systar a écrit:

Voilà.
Et sinon, tant qu'à faire: je te redis ici que j'ai adoré ce que j'ai lu de toi, indépendamment de ce qu'intellectuellement j'en ai fait. Au commencement et à la fin de tout: le plaisir.
Entre les deux: quelques beaux moments où tu m'as permis de penser, un peu.

Merci - c'est un très joli compliment.


1) oui. Tu ne sais pas à quels comportements désespérés (donc habités par la Grâce) l'Education nationale peut mener.

2) non. Mais si tu oses te plaindre, on vient te péter les rotules.
Tes romans, on en fait ce qu'on en veut, point barre.

3) un lien suffira: le juif, c'est celui qui fait ce qu'on n'attendait pas de lui:
http://www.youtube.com/watch?v=XgU9TBF67gE
(être juif, c'est arrêter de faire de la musique commerciale, aussi)

(et blague mis à part, ce que dit ce type est magnifique, tu me diras (en mp si tu le veux) ce que tu en penses)

4) intellectuellement, le plus abouti c'est la Fosse de Babel.
Mais son meilleur roman, c'est le dernier: Visages immobiles. Cet immense complot d'infection de l'eau à New York, et le moment où Domenach, le prêtre marxiste, sombre dans une chute infinie (et la mort de Drameille, le manipulateur, le master of puppets absolu!), c'est bouleversant. Cela m'a durablement marqué.
Pour Gurdjieff, il aura donné un roman extrêmement humain, justement sanctionné par une lecture lévinassienne... Wink

5) si je me débrouille avec "ça": c'est du 70 000 signes sur systar le mois prochain. Là, je m'occupe plutôt du petit Merjagnan, qui m'a sidéré par la puissance et la justesse de ses intuitions... L'as-tu lu?

6) "C'est bon la honte" (Charles Gervais)

7) Pas un compliment, un fait... (et j'arrête là la séquence lèche-cul, et je te promets que si tu te loupes au prochain roman adultes, nous on ne te loupera pas...^^)
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Bruno - http://systar.hautetfort.com
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pepito



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Messages: 1

MessagePosté le: Lun Mar 02, 2009 11:53 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

salut Fabrice Smile

une date pour A vos amour ?
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fabrice



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MessagePosté le: Mar Mar 03, 2009 12:03 am    Poster un sujet: Répondre en citant

systar a écrit:
Dans ta critique de La Route de McCarthy, tu parlais d' "immémorial".
Qu'est-ce que c'est? comment le définis-tu ?
(y a des théories en philo sur l'immémorial, mais là encore c'est toi que je veux lire à ce sujet, parce que tes intuitions sont souvent fécondes)

Un présent immémorial, au sens littéral, c'est un oxymoron. Mais si tu pousses un peu plus loin, c'est un présent si ancien qu'on en a oublié l'origine. Un présent qui ne bouge pas, figé dans le passé.
Comme Eastwood désormais, McCarthy est une sorte de vieux prophète aveugle : il sonde le temps de ses mains tremblantes et il en dissipe les voiles. C'est dans l'absence de temps, dans l'absence apparente de directions que réside pour moi toute la beauté de La Route. Les dernières lignes transfigurent le livre. L'absence censément "actuelle" d'un dessein ne fait que révéler en creux sa présence éternelle.
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fabrice



Enregistré le: 21 Mai 2006
Messages: 461

MessagePosté le: Mar Mar 03, 2009 12:06 am    Poster un sujet: Répondre en citant

pepito a écrit:
salut Fabrice Smile
une date pour A vos amours ?

Pepito mi corazon, hein.
Qui t'envoie ?
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Wandhero



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Messages: 72
Localisation: LRSY, France

MessagePosté le: Mar Mar 03, 2009 4:46 am    Poster un sujet: Répondre en citant

fabrice a écrit:
Je crois que ça dépend des histoires. Je vois la plupart de mes personnages de l'intérieur, comme tu dis, pour la simple raison que mes romans sont souvent écrits à la première personne (et je les écris sans doute ainsi à dessein). Ce en quoi je ne crois pas, c'est en ce mythe qui voudrait que les personnages prennent parfois le contrôle de ton histoire et t'emmènent où ils veulent. J'en discutais avec David Mitchell il y a quelques semaines - l'auteur du fabuleux Cartographie des nuages, et du nom moins fabuleux Le Fond des forêts - et il me faisait le geste de l'auteur chevelu qui rajuste son écharpe à la BHL, en d'autres termes : il trouvait ça très snob, et j'étais plutôt d'accord avec lui.


Tout mythe plonge ses racines dans une certaine vérité de la réalité. Le jeu de l'imagination lors de la création littéraire dépend énormément du rapport que tu entretiens avec ton inconscient et de ce que tu acceptes comme part de non contrôle vis-à-vis de lui, non ? Plutôt que des personnages prenant le contrôle de l'histoire, il s'agit souvent d'exprimer le fait que, tels que les persos sont conçus, ils ne peuvent pas agir autrement et le sentiment d'indépendance que l'auteur peut avoir vis-à-vis d'eux reflète, à mon avis, les liens qu'un créateur peut entretenir avec son inconscient de ce point de vue.

Je vois la première personne comme une caméra subjective dont il ne faut pas abuser (parce qu'en tant que lecteur je trouve désagréable qu'on me mette dans la tête de quelqu'un de cette manière, l'empathie n'étant pas toujours au rendez-vous, même si on peut obtenir des effets de caméra subjective en utilisant le "je" avec parcimonie). Mais je m'aperçois qu'on l'utilise pas mal de nos jours. Alors est-ce que la première personne te vient naturellement ou s'impose-t-elle selon la nature du récit que tu veux raconter ?

fabrice a écrit:
Mais écrire, c'est connaître, c'est disséquer, et même le plus habile des marionnettistes peut tomber amoureux de ses créations. Il les contrôle, mais il les aime, peut-être parce qu'il les contrôle, justement, et qu'il ne peut pas faire autrement. Une sorte de malédiction lie l'auteur à ses personnages. Nous passons beaucoup de temps ensemble, que ça nous plaise ou non. Nous leur parlons mais ils ne nous entendent pas : nous ne pouvons que les contrôler.
Il y a quelque chose de pathétique là-dedans, et pas forcément du côté qu'on imagine.


Ah, voilà. Tu semblais dire plus tôt que ton approche de l'écriture est plus scripturale que structurelle, pourtant tu mets l'emphase sur le contrôle des persos. En principe, ça devrait te mener à plein de cul-de-sacs narratifs (par souci de cohérence, puisque, par définition, le récit va chambouler la vie des individus mis en scène, individus qui doivent réagir selon leur propre logique interne). Comment t'en sors-tu pour équilibrer plausibilité psychologique de tes persos et efficacité de l'intrigue ? (je pense que tu as donné des éléments quand tu dis que tu commences à créer le bouquin en tâche de fond dans ta tête cinq ans avant que tu ne commences à l'écrire, donc, c'est comme si tu laissais ton inconscient tout digérer avant que ton moi conscient n'intervienne avec le texte final)

Et puis une question différente : quelle est l'influence du cinéma que tu aimes sur ce que tu écris ? Je pense notamment à Lynch, bien sûr.
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fabrice



Enregistré le: 21 Mai 2006
Messages: 461

MessagePosté le: Mar Mar 03, 2009 9:13 am    Poster un sujet: Répondre en citant

Wandhero a écrit:
Alors est-ce que la première personne te vient naturellement ou s'impose-t-elle selon la nature du récit que tu veux raconter ?

Je l'utilise surtout pour la jeunesse, de façon quasi exclusive, et j'ai longtemps pensé que c'était la seule solution, que je ne pouvais procéder autrement. Dernièrement pourtant, j'ai commencé deux trilogies écrites à la troisième personne et, bizarrement, ça marche aussi. Ce glissement traduit un changement d'approche personnel que je commence tout juste à appréhender en termes clairs. Toutes ces mutations sont très difficiles à analyser dans le feu de l'action.
Wandhero a écrit:

Ah, voilà. Tu semblais dire plus tôt que ton approche de l'écriture est plus scripturale que structurelle, pourtant tu mets l'emphase sur le contrôle des persos. En principe, ça devrait te mener à plein de cul-de-sacs narratifs (par souci de cohérence, puisque, par définition, le récit va chambouler la vie des individus mis en scène, individus qui doivent réagir selon leur propre logique interne). Comment t'en sors-tu pour équilibrer plausibilité psychologique de tes persos et efficacité de l'intrigue ? (je pense que tu as donné des éléments quand tu dis que tu commences à créer le bouquin en tâche de fond dans ta tête cinq ans avant que tu ne commences à l'écrire, donc, c'est comme si tu laissais ton inconscient tout digérer avant que ton moi conscient n'intervienne avec le texte final)

Selon la terminologie Berthelot, je suis carrément structurel - impossible de commencer un roman sans savoir où je vais et dans quels hôtels je vais m'arrêter. Je ne me suis jamais posé, en revanche, de questions concernant la plausibilité psychologique des personnages, comme tu dis : je suppose/espère que ça vient tout seul, sans doute grâce au travail de maturation que tu évoques.
A l'orée 2000, je m'étais procuré le Story de McKee pour essayer de (j'allais écrire "histoire de") faire comme un grand - i.e. me soucier enfin des actes, des sous-intrigues, des résolutions, etc. - mais je l'ai rapidement refermé parce que 1) j'étais incapable d'appliquer les préceptes suggérés 2) ça me saoulait 3) je me suis rapidement rendu compte qu'aucun des livres que je chérissais (de Mon chien stupide à Glamorama en passant par Le Mage ou Chroniques de l'oiseau à ressort) ne respectait la moindre des consignes sus-citées.
Wandhero a écrit:

Et puis une question différente : quelle est l'influence du cinéma que tu aimes sur ce que tu écris ? Je pense notamment à Lynch, bien sûr.

L'influence des autres cinéastes est, j'imagine, quasi nulle. Celle de Lynch est énorme. Lost Highway a terriblement inspiré Sayonara Baby et a même eu droit à quelques pages dans Le Purgatoire des sens de Guy Astic, un livre consacré au film. C'est avec Sayonara Baby que j'ai appris à ne plus penser un roman comme une construction purement euclidienne. Ça a l'air de rien mais ça a été très difficile : une part de l'écrivain que j'étais alors désirait à tout prix rester dans l'univers palpable - gauche, droite, haut, bas, fragile.
Plus tard, j'ai commencé à écrire La Mémoire du vautour, et INLAND EMPIRE (quel titre fabuleux) est sorti dans la foulée, suscitant une incompréhension assez généralisée (il a fait dix fois moins d'entrée que Mullholland Drive) au moment même où mon propre bouquin (qui devait s'appeler Paysage avec vautour) récoltait une poignée de critiques dubitatives.
Loin de moi la prétention de comparer mon livre au film mais il se trouve que j'ai vécu l'insuccès de La Mémoire... (disons, les critiques contrastées, il y a quand même eu de très belles choses écrites dessus, notamment par Olivier Noël) comme un événement libérateur : enfin, j'écrivais quelque chose de personnel, enfin, j'avais posé les fondations de mon univers, d'un empire intérieur. Deux ans après, je peux regarder celui que j'étais alors avec un sourire attendri parce que, bien sûr, rien n'est jamais aussi simple. Mais j'ai toujours vu Lynch comme une espèce de parrain sévère et inaccessible. A Los Angeles il y a deux ans, j'ai trouvé sa maison (ça n'a pas été simple) et s'il avait été là, j'aurais sonné, je me serais couvert de ridicule sans doute mais j'aurais sonné. (Il faut imaginer cette baraque, planquée dans un jardin luxuriant au détour d'une allée sinueuse, elle-même perdue dans le dédale des ramifications infinies de Mullholland Drive, il faut se figurer les caméras, le vent tiède dans les arbres, le silence inquiétant)... Lorsque Lynch est venu à Paris l'année dernière, j'ai enfin eu l'occasion de lui glisser quelques mots et de lui donner mon livre - c'était très important pour moi, une manière de boucler la boucle.
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Shalmaneser



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MessagePosté le: Mar Mar 03, 2009 9:56 am    Poster un sujet: Répondre en citant

Bonjour Fabrice,

A propos de La Mémoire du Vautour, qui tient manifestement une place à part dans ton oeuvre : ce récit me rappelle les films de Lynch dont tu parlais, mais aussi l'univers "post-exotique" d'Antoine Volodine (que j'étudie en ce moment) par certains aspects, notamment la représentation de la mort sous une forme quasi-rituelle...
Plus largement, dans quelle mesure la littérature telle que tu la conçois s'apparente-t-elle à un rituel consistant à évoquer ce qui n'est pas représentable ?
(question tordue peut-être, mais qui vise simplement à prolonger la discussion sur La Mémoire du Vautour, qui m'a durablement marqué.)
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fabrice



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MessagePosté le: Mar Mar 03, 2009 11:00 am    Poster un sujet: Répondre en citant

Shalmaneser a écrit:
Bonjour Fabrice,
A propos de La Mémoire du Vautour, qui tient manifestement une place à part dans ton oeuvre : ce récit me rappelle les films de Lynch dont tu parlais, mais aussi l'univers "post-exotique" d'Antoine Volodine (que j'étudie en ce moment) par certains aspects, notamment la représentation de la mort sous une forme quasi-rituelle...
Plus largement, dans quelle mesure la littérature telle que tu la conçois s'apparente-t-elle à un rituel consistant à évoquer ce qui n'est pas représentable ?
(question tordue peut-être, mais qui vise simplement à prolonger la discussion sur La Mémoire du Vautour, qui m'a durablement marqué.)

Salut François,
J'aime beaucoup la notion de rituel. L'écrivain trace le pentacle, dispose les bougies, prononce les formules incantatoires et se retire sur la pointe des pieds. Qu'est-ce qu'il invoque ? L'histoire ? Le lecteur ?
Plus spécifiquement, j'ai essayé, dans La Mémoire du vautour, de parler de la mort, concept non représentable par excellence, en décrivant des cercles autour d'un point central, exactement comme un vautour. Pour reprendre une analogie magique, puisque c'est bien de cela qu'il s'agit, l'esprit du lecteur est un creuset alchimique où doit s'accomplir la transformation, au terme d'un processus que je ne maîtrise pas mais dont je peux contribuer à favoriser l'éclosion. On est loin du fantasme de maîtrise totale, puisqu'il n'y a rien à maîtriser. La mort est, si on veut, une entreprise qui emploie des gens sans le leur dire. La mort est un phénomène énergétique qui, pourtant, ne produit aucune énergie au sens où nous l'entendons. Tu vois ? On ne peut pas exprimer ces choses simplement, par écrit, de façon linéaire.
Il y a un petit paquet d'années, quelqu'un m'a parlé d'un projet de JC Dunyach sur la mort - je dis peut-être des conneries, il me corrigera - qui devait s'appeler (je n'ose croire que j'ai rêvé ça) Intérieur, extérieur, centre. C'est un titre qui m'a énormément marqué et, d'une certaine façon, qui aurait pu s'appliquer à mon livre.
On procède par tâtonnements. On ne tient pas l'histoire dans sa main, on ne distribue pas du concept.
On pousse le lecteur dans le feu.
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Dernière édition par fabrice le Mar Mar 03, 2009 11:41 am; édité 1 fois au total
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Shalmaneser



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MessagePosté le: Mar Mar 03, 2009 11:28 am    Poster un sujet: Répondre en citant

fabrice a écrit:
Shalmaneser a écrit:
Bonjour Fabrice,
A propos de La Mémoire du Vautour, qui tient manifestement une place à part dans ton oeuvre : ce récit me rappelle les films de Lynch dont tu parlais, mais aussi l'univers "post-exotique" d'Antoine Volodine (que j'étudie en ce moment) par certains aspects, notamment la représentation de la mort sous une forme quasi-rituelle...
Plus largement, dans quelle mesure la littérature telle que tu la conçois s'apparente-t-elle à un rituel consistant à évoquer ce qui n'est pas représentable ?
(question tordue peut-être, mais qui vise simplement à prolonger la discussion sur La Mémoire du Vautour, qui m'a durablement marqué.)

Salut François,
J'aime beaucoup la notion de rituel. L'écrivain trace le pentacle, dispose les bougies, prononce les formules incantatoires et se retire sur la pointe des pieds. Qu'est-ce qu'il invoque ? L'histoire ? Le lecteur ?
Plus spécifiquement, j'ai essayé, dans La Mémoire du vautour, de parler de la mort, concept non représentable par excellence, en décrivant des cercles autour d'un point central, exactement comme un vautour. Pour reprendre une analogie magique, puisque c'est bien de cela qu'il s'agit, l'esprit du lecteur est un creuset alchimique où doit s'accomplir la transformation, au terme d'un processus que je ne maîtrise pas mais dont je peux contribuer à favoriser l'éclosion. On est loin du fantasme de maîtrise totale, puisqu'il n'y a rien à maîtriser. La mort est, si on veut, une entreprise qui emploie des gens sans le leur dire. La mort est un phénomène énergétique qui, pourtant, ne produit aucune énergie au sens où nous l'entendons. Tu vois ? On ne peut pas exprimer ses choses simplement, par écrit, de façon linéaire.
Il y a un petit paquet d'années, quelqu'un m'a parlé d'un projet de JC Dunyach sur la mort - je dis peut-être des conneries, il me corrigera - qui devait s'appeler (je n'ose croire que j'ai rêvé ça) Intérieur, extérieur, centre. C'est un titre qui m'a énormément marqué et, d'une certaine façon, qui aurait pu s'appliquer à mon livre.
On procède par tâtonnements. On ne tient pas l'histoire dans sa main, on ne distribue pas du concept.
On pousse le lecteur dans le feu.


A lire avec un tube de biafine à proximité, donc. Very Happy
Merci, en tout cas, pour toute cette prose incandescente !
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Transhumain



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MessagePosté le: Mar Mar 03, 2009 12:57 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

fabrice a écrit:
Il faudrait poser la question aux zones marécageuses de mon cerveau qui me tiennent lieu de subconscient. Cela fait des années, des décennies que je rêve de crashs d'avion. Ça et les bombes atomiques. Je ne sais pas ce que ça veut dire et je ne veux pas le savoir. Généralement, je me réveille à temps, mais pas toujours. Le crash est avant tout un son, un grondement qui enfle jusqu'à un point final, une boule de lumière et de chaleur - la mort. Débrouille-toi avec ça.

Est-ce que tu as lu La Forteresse vide de Bettelheim ? Il y est entre autres question du petit Joey, un enfant qui voulait être (qui, de son point de vue, était) une machine. Parmi ses obsessions (et peut-être à leur origine, du moins dans le choix des machines), il y avait les ventilateurs ; autre chose : il ponctuait la plupart de ses activités d'"explosions", simulées vocalement, et parfois par des jets d’ampoules ou de bouteilles. Or lorsqu’il était tout petit Joey, qui ne suscitait qu'indifférence de la part de ses parents, aucune émotion, accompagnait souvent sa mère à l'aéroport chercher ou emmener son père. Le premier mari de sa mère était mort en avion je crois. Bettelheim suppose que ces passages à l'aéroport arrachaient à la mère de Joey une grande émotion. Il se pourrait donc, selon l'auteur, que Joey ait ainsi cherché à imiter hélices et moteurs pour, à son tour, arracher à sa mère des émotions humaines.
Mais ce n'est pas tout : les mouvements circulaires (Joey faisait l’hélice avec sa tête ou avec ses mains) symbolisent souvent chez les autistes - et Joey l'a confirmé lui-même dans un entretien - le cercle vicieux dans lequel ils sont enfermés (j'en dirai quelques mots dans la dernière partie de mon article sur La Mémoire du Vautour, qui sera en ligne à la fin de la semaine, et où il sera longuement question du vautour, soit dit en passant).
Ces explosions que Joey simulait sans cesse, étaient liées à des fantasmes de destruction. L’évolution de son délire montra, notamment grâce à des dessins, que ces fantasmes de destruction exprimaient en réalité l’idée de renaissance (il voulait, en tant que machine, se donner lui-même naissance, détruire son monde circulaire pour renaître dans l'autre réalité, celle où vivent non plus les machines, mais les humains), d'où l'importance chez lui, comme chez de nombreux autistes, des fêtes de Pâques, de l'espoir d'une résurrection.
Je n’en tire aucune conclusion sur tes propres obsessions, bien sûr. Mais ça fait foutrement penser à La Mémoire du Vautour, où la mort, le crash, génèrent de nouvelles histoires, de nouveaux personnages (cf. le chapitre central et sa chaîne de narrateurs)…

À ton tour de te débrouiller avec ça.

(Sinon, une lecture bassement oedipienne de tes rêves est toujours possible mais : hahaha).
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fabrice



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MessagePosté le: Mar Mar 03, 2009 1:24 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Salut, Olivier. Je savais que tu finirais par apparaître. Je n'ai pas lu La Forteresse vide, mais ce que tu en dis est très intéressant.
Pour apporter de l'eau à ton moulin : page 245 de LMDV, Io-Tancrède évoque "le signe du gyrophare" qui l'a rendu célèbre auprès de ses étudiants. On peut aussi évoquer le tremblement terre du chapitre de Narathan, dont les dégâts se manifestent sous la forme de cercles concentriques.
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Transhumain



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MessagePosté le: Mar Mar 03, 2009 1:30 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

fabrice a écrit:
Salut, Olivier. Je savais que tu finirais par apparaître. Je n'ai pas lu La Forteresse vide, mais ce que tu en dis est très intéressant.
Pour apporter de l'eau à ton moulin : page 245 de LMDV, Io-Tancrède évoque "le signe du gyrophare" qui l'a rendu célèbre auprès de ses étudiants. On peut aussi évoquer le tremblement terre du chapitre de Narathan, dont les dégâts se manifestent sous la forme de cercles concentriques.

Reste encore à localiser l'épicentre...
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MessagePosté le: Mar Mar 03, 2009 1:32 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

[on est à l'antenne, là ?]

Bonjour à tous, bonjour Fabrice Colin.

g@rp, esc@rgot encoquillé, pigiste pour le Fric-Frac Club.

Permettez-moi de vous soumettre au rituel du questionnaire du Fric-Frac Club, même si certaines questions semblent déjà avoir été abordées ici.

Que ferez-vous lorsque plus personne ne lira de livres ?

Le premier souvenir (ou la première émotion) littéraire ?

Que lisez-vous en ce moment ?

Suggérez moi la lecture d'un livre dont je n'ai probablement jamais entendu parler ?

Le livre que vous avez lu et que vous auriez aimé écrire ?

Quel est le plus mauvais livre que vous ayez lu ?

Quel est le livre qui vous semble avoir été le mieux adapté au cinéma ?

Quelle est votre première phrase préférée ?

Écrivez-vous à la machine, avec un ordinateur ou à la main ?

Écrivez-vous dans le silence ou en musique ?

Qui est votre premier lecteur ?

Quelle est votre passion cachée?

Qu'est-ce que vous n'avez jamais osé faire et que vous aimeriez faire ?

Fabrice Colin, je vous remercie.

[le micro est coupé, là ?
Bon, Fab *smack* à *smack* bientôt *smack* hein*smack*
Et un poke à Claro, hein, quand tu le verras.
Dis donc, j'y pense : il t'a dédié Pomponette Iconodoule, fut un temps. Une histoire à quatre mains avec lui, ça pourrait se faire ?
Et quand tu veux, tu nous ponds un recueil de nouvelles...
Allez, je file. ]
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Pigiste au Fric-Frac Club : http://www.fricfracclub.com
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