Bénédicte Lombardo répond à vos questions

Dialogue en ligne avec Bénédicte Lombardo

Modérateur : jerome

BL
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Message par BL » mar. juin 20, 2006 3:20 pm

Booga a écrit :
Allez hop, une question people :
Lorsque Le Belial et Fleuve noir sont en concurrence sur un meme ouvrage, ca devient la Guerre des Roses a la maison ?
Plus serieusement, les lignes editoriales des vos collections respectives sont bien distinctes, mais y a t il des titres du Belial que tu aurais aimé editer chez Fleuve Noir
.

ha ha ! C'était plutôt Kill Bill, j'aime mieux ! Soyons réalistes : il ne peut pas y avoir de concurrence entre nous, en tout cas pas financière, évidemment. Mais on n'a jamais eu à se battre en lisant le même livre et en se disant "c'est moi qui le fais !"
On n'a pas forcément les mêmes goûts mais on se rejoint finalement sur beaucoup de choses. Le pire, ce sont les choix graphiques, on peut argumenter pendant des heures pour dire à l'autre que sa couv est naze :) Et pour les titres qui m'intéressent au Bélial, il y a ceux que je lis pour le plaisir et ceux que je lorgne pour le poche. Et ceux que je n'aime pas, bien sûr ! Récemment, le titre que j'ai le plus aimé, c'est le bouquin de Russo, la Nef des Fous, je l'ai lu en anglais et ensuite en français, et hop, j'ai fait une propal, deal ! Ce qui est toujours un risque en poche avant la parution en grand format puisqu'on ne sait pas comment ça va marcher. Et oui. En tout cas, voilà un livre que j'aurais volontiers publié au Fleuve. Il faudrait plutôt demander l'inverse, est-ce que le Bélial aurait souhaité publier l'un mes titres ? Ha ha.

jerome
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Message par jerome » mar. juin 20, 2006 3:27 pm

Petite précision people pour ceux qui ne savent pas... Bénédicte Lombardo est mariée à Olivier Girard, le directeur des éditions du Bélial et donc de Bifrost... si si... D'où la question de Booga... Voilà fin de la parenthèse...
Jérôme
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BL
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Message par BL » mar. juin 20, 2006 4:36 pm

Sanahu a écrit :Bonjour à tous,
Petite question à mon tour :
J'ai été très étonné de découvrir des romans inédits, français, publiés en poche (je pense à Alexis Aubenque). Est-ce que ce genre de parutions va se multiplier par la suite ?
A vrai dire, l'inédit en question était une suite, ça me semblait plus cohérent de le sortir en poche directement. Si des auteurs français me proposent des manuscrits inédits, je préfère les publier en grand format d'abord.

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Eric
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Message par Eric » mar. juin 20, 2006 5:29 pm

Eric a écrit :OK, parlons gros sous !

Concrètement, comment se passe l'achat d'un livre ? Quelle est la fourchette de prix ? Quels sont les coûts à prendre en compte pour la sortie ? Comment calcule-t-on l'amortissement ? Est-ce que, lorsque la sortie paraît particulièrement risquée financièrement on sollicite des collections de poche pour pré-acheter ? Comment évalue-t-on le dispositif de mise en place ?

Tout ça quoi...
Allez, je m'autocite, pour relancer la question...
"Ueeuuggthhhg", laissa échapper Caity. Ce qui aurait pu vouloir dire n’importe quoi.

jerome
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Message par jerome » mar. juin 20, 2006 5:31 pm

jerome a écrit :Tiens puisqu'on parle de chiffres de vente, toi qui publie des français comme des anglo-saxons en Sf. La barrière du nom "français" est-elle encore un obstacle ? En gros est-ce que les français comme Andrevon ou DOA vendent aussi bien que nos amis anglo-saxons ?

Et puisque l'on parle chiffre. C'est quoi aujourd'hui le tirage moyen d'un Pocket ou d'un Fleuve Noir ? D'ailleurs, quels ont été les cartons et les bides durant ces trois ans ?
Je fais pareil :-)
Jérôme
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PEREKAAN

Message par PEREKAAN » mar. juin 20, 2006 9:58 pm

merci de vos réponses

quelques questions en vrac et je ne recommence plus.

1) votre programme de parution est plein jusqu'à quelle année ?

2) sent-on un tassement des ventes depuis quelques mois ?

3) Quid de la nouvelle ? regrettez vous de ne pas pouvoir publier d'anthos en continu parce que cela se vend mal d'ordinaire ?

cordialement.
JK, non pas Rowling

jerome
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Message par jerome » mer. juin 21, 2006 7:51 am

Allez, une fournée supplémentaire autour de tes relations avec les auteurs...

Comment ça se passe ? Tu retravailles beaucoup avec les français ? As-tu des contacts avec les auteurs anglais en dehors de leurs agents ? Et une question pour tous les apprentis-auteurs qui viennent sur le site, peut-on t'envoyer des manuscrits ?
Jérôme
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BL
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Message par BL » mer. juin 21, 2006 8:32 am

Concrètement, comment se passe l'achat d'un livre ? Quelle est la fourchette de prix ? Quels sont les coûts à prendre en compte pour la sortie ? Comment calcule-t-on l'amortissement ? Est-ce que, lorsque la sortie paraît particulièrement risquée financièrement on sollicite des collections de poche pour pré-acheter ? Comment évalue-t-on le dispositif de mise en place ?

Pour acheter un livre : si c'est un Français, on négocie directement avec lui un à valoir et des droits d'auteur. Pour un livre étranger, on cherche d'abord l'agent (parfois en France, parfois directement dans le pays d'origine et parfois aussi directement avec l'éditeur qui gère les droits). Les à valoirs varient entre 1500 et 8000 euros pour des romans. Ce n’est qu’une fourchette ! Ca varie selon les éditeurs, bien sûr. Les droits d'auteur, en littérature de manière générale sont de l'ordre de : 8% jusqu'à 5000 exemplaires, 10% jusqu'à 20000 ex, 12 % au-delà. Les droits poche sont de 5 ou plus généralement 6%.
Ensuite, on attaque le fameux compte d'exploitation où entrent en compte à valoir et droits d'auteur, pour les traductions les frais de trads. Puis les frais de structure de la maison, les frais de fabrication (impression intérieure, impression couverture, frais d'illustration, mise en page et correction) et on rajoute le coût de la diffusion pour déterminer le prix de vente.
Si le tirage est trop bas, le budget ne passe pas, soit on augmente le prix de vente soit on prend le risque d'augmenter le tirage ou dernière option : on ne fait pas le livre !
On peut aussi rajouter un à valoir poche pour amortir un peu quand l'accord a été fait au préalable. Donc, oui, quand certains livres coûtent trop cher, on a tout intérêt à trouver d'abord un partenaire poche.
L'étape suivante, si le buget est accepté, donc positif ou équilibré au minimum, c'est la fabrication. Puis vient le moment de le présenter aux commerciaux, aux représentants qui vont aller le présenter en librairie des mois avant parution et prendre des "notés", cad le nb de livres que s'engage à prendre le libraire. Le retour de ces notés est censé adapter le tirage à la mise en place estimée.

BL
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Message par BL » mer. juin 21, 2006 8:40 am

1) votre programme de parution est plein jusqu'à quelle année ?
Pour le moment jusqu'à fin 2007 mais en 2008 j'ai déjà de quoi faire.
2) sent-on un tassement des ventes depuis quelques mois ?
Je n'ai pas l'impression, il y a toujours des mois meilleurs que d'autres mais dans l'ensemble, ça me paraît stable sur ces derniers mois.
3) Quid de la nouvelle ? regrettez vous de ne pas pouvoir publier d'anthos en continu parce que cela se vend mal d'ordinaire ?
Viennent de paraître un recueil de deux novellas d'Alastair Reynolds en inédit chez Pocket ainsi qu'une antho française en hommage à Elric au Fleuve, donc je n'ai rien à regretter. Je n'ai jamais prévu de faire absolument des anthos d'ailleurs, celle d'Elric me semblait correspondre à mon catalogue. Et Reynolds est de mes auteurs favoris, que je suis en poche, donc c'était cohérent.

BL
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Message par BL » mer. juin 21, 2006 8:48 am

Tu retravailles beaucoup avec les français ? As-tu des contacts avec les auteurs anglais en dehors de leurs agents ? Et une question pour tous les apprentis-auteurs qui viennent sur le site, peut-on t'envoyer des manuscrits ?
Je retravaille peu avec les auteurs français, mais parce qu'à la base, j'estimais que les textes remis étaient plutôt bons en l'état. Après il y a des ajustements, des détails, quelques coupes éventuelles mais pas de gros chantier.

J'ai quelques contacts, oui, avec des auteurs étrangers, ou par mail parce que j'ai eu des questions à leur poser, ou parce que j'ai pu les rencontrer dans les salons. Moorcock par ex, que je vois régulièrement ou Reynolds que nous avons invité à Paris pour la sortie de son recueil.

On peut m'envoyer des manuscrits mais mon délai de réponse peut varier entre deux mois et un an. Avis !

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Message par jerome » mer. juin 21, 2006 9:05 am

PEREKAAN a écrit :2) sent-on un tassement des ventes depuis quelques mois ?
Je rebondis sur la question de Jess (Kaan pas Jessie)

Cela fait quelques années que tu es dans l'édition. Qu'est-ce qui a changé depuis tes débuts ? L'ère d'internet a-t-il changé les choses justement ?

Comment vois-tu les choses évoluer ?

Quel est pour toi la place des littératures de l'imaginaire ? Y'a-t-il un avenir pour la SF ou est-elle morte comme on l'entend ici et là ? Et y'a-t-il vraiment surproduction actuellement ?
Jérôme
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Message par BL » mer. juin 21, 2006 10:30 am

Cela fait quelques années que tu es dans l'édition. Qu'est-ce qui a changé depuis tes débuts ? L'ère d'internet a-t-il changé les choses justement ?


Ce qui a changé, c'est surtout que j'ai toujours travaillé dans une petite structure puis moyenne, quand les éditions Joelle Losfeld sont passées par Payot/Rivages et Mango. Et aujourd'hui, je suis éditrice dans un énorme groupe. Le changement est donc évident ! Les moyens ne sont plus les mêmes et les rapports humains en entreprise sont très différents. J'ai aussi découvert l'économie du poche, une autre façon de travailler, notamment avec les autres éditeurs.
En ce qui concerne Internet, que dire ? Tout est à portée de main, c'est une base de données monstrueuse, je ne peux même plus imaginer travailler sans, ça permet encore plus de dialogues et d'échanges, voilà, les banalités habituelles. Avec Internet, ce qui a changé, c'est aussi qu'on peut moins tricher, je crois.

Quel est pour toi la place des littératures de l'imaginaire ? Y'a-t-il un avenir pour la SF ou est-elle morte comme on l'entend ici et là ? Et y'a-t-il vraiment surproduction actuellement ?
L'imaginaire est partout, depuis longtemps et de plus en plus (il faut simplement regarder les pubs à la télé, c'est dingue) et les littératures de l'imaginaire ont une place essentielle et elles sont vivaces. On râle parce que sous l'étiquette "genre" c'est encore difficile de faire émerger certains textes mais finalement, il suffit de regarder les meilleures ventes : Ishiguro avec "Auprès de moi toujours", pure SF, Stephen King, Da Vinci, grands écrivains ou phénomènes de société, on est quand même dans le merveilleux, le mystère, la SF, le fantastique... Et la SF n'est pas morte, je ne comprends pas ce que signifie "la SF est morte" : moins de ventes sur le secteur, glissement vers la littgén, moins de création, moins d'envie ? La SF est bien vivante et elle aura toujours à se poser des questions sur notre monde et ses évolutions, non ? Et on aura toujours (enfin, moi) envie de lire du grand space-op qui fait rêver.

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Eric
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Message par Eric » mer. juin 21, 2006 10:40 am

Question sans doute un peu conne, mais bon... est-ce qu'aujourd'hui un écrivain de genre peut réellement espérer pouvoir vivre de sa plume ?
"Ueeuuggthhhg", laissa échapper Caity. Ce qui aurait pu vouloir dire n’importe quoi.

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Thomas Geha
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Message par Thomas Geha » mer. juin 21, 2006 12:51 pm

Bonjour Bénédicte,

Allez-vous poursuivre en poche la série des Fey ? Je crois que Rivages a cessé de publier ce cycle (au huitième volume), allez-vous prendre la suite ?
J'ai quelques clients qui veulent mon scalp depuis quelques temps :lol:

amicalement,
TG

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Message par BL » mer. juin 21, 2006 1:04 pm

Eric a écrit :
Question sans doute un peu conne, mais bon... est-ce qu'aujourd'hui un écrivain de genre peut réellement espérer pouvoir vivre de sa plume ?
Si tu parles des écrivains français, je crois que certains d'entre eux en vivent aujourd'hui, peu certes, peut-être Laurent Genefort, par exemple. J'ai l'impression que ce sont plutôt les écrivains jeunesse qui s'en sortent le mieux, notamment parce qu'ils sont parfois payés pour des activités dérivées de leur travail d'écriture : ateliers d'écriture, interventions pédagogiques dans les écoles etc.
En revanche, les Anglo-saxons sont plus nombreux à en vivre, tout simplement parce qu'ils ont d'une part, un champ plus large entre US et UK et aussi parce qu'ils vendent à l'étranger : un peu de royalties venant de France, un peu venant de Russie, du Japon, de la Pologne et j'en passe. Quand tu es traduit dans 5 ou 6 pays, ça commence à faire un petit paquet tout de même !

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