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Du sense of wonder à la SF métaphysique
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Roland C. Wagner



Enregistré le: 23 Mar 2006
Messages: 3588

MessagePosté le: Mer Oct 28, 2009 7:53 pm    Poster un sujet: Re: Du sense of wonder à la SF métaphysique Répondre en citant

Pete Bondurant a écrit:
Lem a écrit:
Tu ne me réponds pas vraiment. Tu choisis dès le début de placer la préface sous un angle qui n'est pas le mien donc, quand tu attaques cet angle, j'ignore à qui tu t'adresses mais pas à moi.
Mais on en reparlera plus tard.


Ben voilà, c'est un peu l'impression que j'ai eu aussi.


As-tu déjà rencontré Serge Lehman ?

Si oui :

T'a-t-il déjà expliqué ce qu'il voulait dire dans sa préface ?
_________________
« Regarde vers Lorient / Là tu trouveras la sagesse. » (Les Cravates à Pois)

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silramil



Enregistré le: 18 Oct 2008
Messages: 1835

MessagePosté le: Mer Oct 28, 2009 7:57 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

La lecture de la préface de Retour sur l'horizon m'avait laissé perplexe, mais la lecture de l'article de Roland Wagner était loin de résoudre mes interrogations. J'ai relu un peut tout et cherché à saisir ce qui est à la source de leur opposition.

La thèse d'ensemble de Serge Lehman me paraît en définitive assez clairement délimitée. Il s'agit de proposer un état des lieux de la science-fiction, projet fort adéquat pour une anthologie censée donner un aperçu de la science-fiction d'expression française contemporaine.

Etant donné qu'il n'en dit rien dans son commentaire, je suppose que les premières analyses de Serge Lehman conviennent à Roland Wagner.

En dépit d'une certaine marginalité initiale, la science-fiction jouit actuellement d'un statut généralement positif dans l'opinion. L'influence des concepts et des images de la science-fiction sur l'architecture, les arts et la technoscience n'est pas contestable, même s'il conviendrait d'affiner les exemples.

C'est au moment de comprendre les raisons du déficit de légitimité de la science-fiction que les points de vue de Serge Lehman et de Roland Wagner divergent. (le ad majorem dei gloriam est ici anecdotique, à mon avis).

Il s'agit d'une question d'histoire littéraire, articulée à un problème esthétique. Serge Lehman propose une hypothèse nouvelle pour expliquer le peu d'intérêt suscité aux yeux des instances de légitimation françaises, et au-delà, du public, par les fictions d'imagination scientifique, puis par les récits de science-fiction. Cette hypothèse consiste à attribuer à la science-fiction une portée métaphysique, qui plus encore que d'autres facteurs (goût d'une belle langue, anti-américanisme, infantilisme de ses objets spécifiques) explique pourquoi cette littérature n'a pas été accueillie favorablement en France.

Il était inévitable que cette hypothèse provoque un débat, puisque, loin de ne donner qu'une explication d'ordre historique (donc contingente), l'idée selon laquelle la science-fiction toucherait par nature à la métaphysique renvoie à une tentative de définition.

Ma perplexité à la première lecture du texte est venue pour une grande partie du caractère encore inachevé de cette tentative. Serge Lehman l'indique lui-même, il lui faudrait sortir du cadre de sa préface, et fournir un essai complet pour développer son hypothèse. Un autre aspect, relevé par Roland Wagner,

tient au choix des exemples, mentionnés en passant et choisis uniquement pour renforcer une intuition, et non une argumentation. L'invocation de Gérard Klein (Dieu soi-même) au début de ce développement a quelque chose d'artificiel : il est normal que la théologie soit mentionnée dans une préface à des "Histoires divines", mais cela ne fait pas de la métaphysique un caractère essentiel de la science-fiction, tout au plus un de ses objets possibles, à l'égal des robots et des voyages dans le temps. En tant que démonstration, donc, tout ce développement m'est apparu trop peu étayé - et c'est sur ce flou que Roland Wagner fonde ses soupçons d'hétéroclitisme, ce qui me paraît excessif.

Sans me prononcer sur la totalité de l'hypothèse de Serge Lehman, dont je ne suis pas certain d'avoir saisi toutes les implications (surtout le rapport de cause à effet entre dimension métaphysique et rejet par les lecteurs non-adolescents - donc la portée d'explication historique), je dois dire que son intuition me séduit et que, qui plus est, elle me paraît absolument compatible avec les positions défendues par Roland Wagner.
Il n'y a pas exactement ici un malentendu, mais tout de même la divergence n'est pas si nette que cela.

Que faut-il entendre par "métaphysique" ? Pour aller vite, je dirais qu'il est surtout ici question d'un rapport au monde. Le rapport au monde établi dans la littérature réaliste est un rapport mimétique, se voulant transparent. Toute remise en question des structures de la réalité est incompatible avec une posture réaliste - et par structures de la réalité, on entend aussi bien l'espace-temps que les structures sociales ou psychologiques. Le rapport au monde établi dans la littérature fantastique est transgressif et agressif : il est bien question d'aspects "métaphysiques" dans cette littérature, mais il n'est pas possible d'importer dans la réalité ce qui tient de la surnature dans le texte - il ne s'agit que d'artefacts littéraires.
La science-fiction, en revanche, est métaphysique en ce sens qu'elle se préoccupe librement de toutes les structures du monde, et en propose même d'autres, de manière constante. Les spéculations sur divers états du monde, ou d'autres mondes, sont aussi fictionnelles que les récits de fantômes et d'elfes, mais les mécanismes d'interrogation du réel que supposent la lecture et la recomposition des mondes de la science-fiction sont importables dans la vie de tous les jours.
Et là se fait la différence entre la science-fiction et l'hétéroclitisme : l'hétéroclite croit trouver des réponses là où l'amateur de science-fiction ne repère que des questions, fort utiles pour comprendre le monde.

Or, et là j'avoue ne pas comprendre, c'est exactement le type de réflexion que suscite la lecture d'Il est parmi nous, de Norman Spinrad, invoqué par Roland Wagner pour justifier la divergence fondamentale entre sa position et celle de Serge Lehman. Si je puis me permettre ce raccourci, les deux positions ne sont pas opposées, mais elles sont deux faces d'une même pièce.
Serge Lehman est sensible au vertige suscité par la lecture des romans de science-fiction, vertige qui se résoud en concepts permettant de penser fort concrètement le réel. L'appel du vide est source de révélations, donc de compréhension : on perçoit qu'il manque des noms pour des choses encore virtuelles, si bien que lorsque ces choses, ou des équivalents, se manifestent, les noms et les concepts sont déjà prêts.
Pour Roland Wagner, le mantra d'Amanda, "ce qui est, est réel", symbolise la réduction de toute métaphysique à de la physique... mais les trajectoires complexes des personnages du roman de Spinrad indiquent au contraire que c'est le miroitement de la transcendance qui permet d'obtenir des effets : il faut se détacher du réel pour le percevoir. Il n'existe rien de sacré ni d'intouchable, aucun gouffre n'est assez profond pour n'être pas rempli.

En somme, vous êtes d'accord, et vous faisiez semblant de ne pas le voir.

Pour ce qui est de Lovecraft, amusez-vous sans moi.
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Jean-Claude Dunyach



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Messages: 639

MessagePosté le: Mer Oct 28, 2009 7:59 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Roland C. Wagner a écrit:
Jean-Claude Dunyach a écrit:
Ce qui m'a le plus gêné, dans le papier de Roland, c'est le quasi amalgame "métaphysique" <-> "Divin"


Dans le papier il y a cette phrase :

Même chez les plus « mystiques » des écrivains de science-fiction, la métaphysique est réductible à la physique.


Rappel de la citation de Wikipédia (extrait)

"Avant le développement des sciences modernes, la philosophie de la nature était une branche de la métaphysique ; étude objective de la nature et des principes physiques. Avec l'introduction des démarches empiriques et expérimentales, cette branche a été appelée « science » à partir du xviiie siècle, afin de la distinguer des interrogations spéculatives concernant les sujets non physiques. "

La métaphysique n'est pas réductible à la physique, si j'en crois Wikipédia... Au contraire, l'approche "physique" de la philosophie de la nature s'est séparée de la métaphysique il y a plus de deux siècles pour devenir "la science", une des composantes du terme science-fiction...
Ce que Lem veut dire, crois-je (tu confirmes, Lem ?) c'est que, dans beaucoup d'oeuvres de SF, les interrogations et émerveillements suscités et supportés par la science s'accompagnent d'une réflexion métaphysique qui n'est justement pas réductible à la composante scientifique de l'oeuvre mais consubstantielle à celle-ci. Et cette dimension métaphysique est souvent absente dans d'autres domaines de la littérature - peut-être justement parce que la dimension fécondante apportée par la science est également absente.
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Sand



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MessagePosté le: Mer Oct 28, 2009 8:04 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Lensman a écrit:
Sand a écrit:
*apporte des chips*

Tu vas grossir. Essaie les radis, c'est mon truc! J'ai perdu du poids grâce à ça!
Oncle Joe


je suis déjà grosse, je m'en fous.

C'est pas l'heure de l'apéro, là ?

PS : c'est sincèrement passionnants vos échanges, mais on se croirait dans les tribunes d'une arène, ou dans le public d'un tribunal. Amusant. Cahouètes, les spectateurs ?
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Dernière édition par Sand le Mer Oct 28, 2009 8:09 pm; édité 1 fois au total
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silramil



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MessagePosté le: Mer Oct 28, 2009 8:09 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Lensman a écrit:
Michel Jeury (...) a écrit de la fiction autour de la perception du temps, de la réalité, de la sociologie, de la métaphysique, de l'histoire, etc.
Oncle Joe


Je crois que là se situe le noeud du problème : il n'est pas question de la métaphysique comme sujet d'une fiction (même si dieu et l'espace-temps font partie des sujets de la SF, effectivement), mais d'une valeur ajoutée de la SF sur tous les sujets.
Littérature métaphysique, la SF serait un moyen de penser le monde, d'en concevoir des aspects réels.
Même lorsqu'elle parle de robots-tueurs échappés d'un labo, la SF touche à la nature profonde de l'être humain et de l'univers. (et je le dis sans ironie, mais en sachant que peu sont les lecteurs capables de poursuivre d'eux-mêmes ce genre de réflexion, pourtant en germe dans tout texte qui présente une réalité concrète alternative).
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Jean-Claude Dunyach



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MessagePosté le: Mer Oct 28, 2009 8:13 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

silramil a écrit:

Je crois que là se situe le noeud du problème : il n'est pas question de la métaphysique comme sujet d'une fiction (même si dieu et l'espace-temps font partie des sujets de la SF, effectivement), mais d'une valeur ajoutée de la SF sur tous les sujets.


+1 avec Silramil.
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Lensman



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MessagePosté le: Mer Oct 28, 2009 8:19 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

S'il s'agit de constater que l'on trouve des préoccupations métaphysiques dans de nombreuses d'œuvre de SF (sans regarder de trop près quand à la définition de la métaphysique), j'en suis persuadé. Mais en faire en quelque sorte un élément fondamental de la SF, je ne comprends pas. tout un tas de sciences me semblent aussi importantes. si on prend un gros classique incontesté comme "Tous à Zanzibar" de Brunner, c'est tout de même la sociologie, il me semble, qui y joue un rôle considérable.
Je continue à trouver vraiment bizarre, Lem, ta liste d'entités géantes. Pourquoi ça, et pas autre chose, s'il s'agit, apparemment, de caractériser le "coeur" de la SF? Ou sont les autres savoirs?
Oncle Joe
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silramil



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MessagePosté le: Mer Oct 28, 2009 8:24 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Nan, ce n'est pas non plus la science métaphysique (kézako) qui est convoquée.

Le truc, c'est que, quand on compare un bouquin de SF, qui te présente la réalité telle qu'elle pourrait être, et un bouquin réaliste, qui prétend te fournir un reflet de la réalité telle qu'elle est, tu sors du premier avec des questions plein la tête sur le monde et l'humanité (mais qu'est-ce qu'être humain, si des robots sont capables de sentiment et si des mutants peuvent exister sur des périodes de six mois simultanément ?), alors que tu sors du second avec l'impression d'avoir appris des choses sur des réalités concrètes (les ouvriers, les femmes, l'adultère...).

Même pas besoin qu'il y ait un bout de Dieu là-dedans, il suffit que tu perçoives le vide conceptuel qui se dissimule derrière les certitudes de l'arrogance réaliste.

NB : je n'ai pas encore d'opinion là-dessus, mais ça me paraît être le centre du débat - la SF parle-t-elle par nature, et comme sans y penser, des structures fondamentales de la réalité, qu'on n'évoque jamais dans les dîners mondains que sont les romans delittérature générale?
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Lensman



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MessagePosté le: Mer Oct 28, 2009 8:28 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

silramil a écrit:
Lensman a écrit:
Michel Jeury (...) a écrit de la fiction autour de la perception du temps, de la réalité, de la sociologie, de la métaphysique, de l'histoire, etc.
Oncle Joe


Je crois que là se situe le noeud du problème : il n'est pas question de la métaphysique comme sujet d'une fiction (même si dieu et l'espace-temps font partie des sujets de la SF, effectivement), mais d'une valeur ajoutée de la SF sur tous les sujets.
Littérature métaphysique, la SF serait un moyen de penser le monde, d'en concevoir des aspects réels.
Même lorsqu'elle parle de robots-tueurs échappés d'un labo, la SF touche à la nature profonde de l'être humain et de l'univers. (et je le dis sans ironie, mais en sachant que peu sont les lecteurs capables de poursuivre d'eux-mêmes ce genre de réflexion, pourtant en germe dans tout texte qui présente une réalité concrète alternative).

Pour moi, il s'agit, simplement (ou de manière plus compliquée...) d'un état d'esprit du lecteur qui non seulement accepte, mais même, évidemment, recherche ce type de spéculation. Mais cet "état d'esprit", il touche TOUT (enfin, beaucoup de) domaines de la pensée. J'aurais tendance à penser, tout au contraire, que cet état d'esprit est très éloigné de la métaphysique, dans la mesure où changer (fictivement) de conception du monde ne dérange pas, et même plait à ce lecteur! cela me semble parfaitement incompatible avec la métaphysique, où il me semblait que la recherche de l'"absolu" n'était pas considérée comme une plaisanterie (mais bon, je ne m'y connais pas assez).
Oncle Joe
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Lensman



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MessagePosté le: Mer Oct 28, 2009 8:32 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

A vrai dire, la réponse, pour moi, est dans le titre : le sense of wonder, c'est presque le contraire de la métaphysique..
Oncle Joe
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Lensman



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MessagePosté le: Mer Oct 28, 2009 8:36 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

silramil a écrit:


Même pas besoin qu'il y ait un bout de Dieu là-dedans, il suffit que tu perçoives le vide conceptuel qui se dissimule derrière les certitudes de l'arrogance réaliste.


Je te suis bien, je pense. Mais regarde la drôle de liste d'entités de Lehman. Quelle drôle de démarche de mettre spécifiquement ça en avant, au vu de l'extraordinaire variété des interrogation portées par la SF... il y a quelque chose qui est bizarre, pour moi, dans son discours, au minimum à ce niveau.
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silramil



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MessagePosté le: Mer Oct 28, 2009 8:37 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Lensman a écrit:

Pour moi, il s'agit, simplement (ou de manière plus compliquée...) d'un état d'esprit du lecteur qui non seulement accepte, mais même, évidemment, recherche ce type de spéculation. Mais cet "état d'esprit", il touche TOUT (enfin, beaucoup de) domaines de la pensée. J'aurais tendance à penser, tout au contraire, que cet état d'esprit est très éloigné de la métaphysique, dans la mesure où changer (fictivement) de conception du monde ne dérange pas, et même plait à ce lecteur! cela me semble parfaitement incompatible avec la métaphysique, où il me semblait que la recherche de l'"absolu" n'était pas considérée comme une plaisanterie (mais bon, je ne m'y connais pas assez).
Oncle Joe


Ben, je suis d'accord avec toi, mais il me semble ici que c'est une simple question de vocabulaire. le terme "métaphysique", même s'il fait un peu peur, convient parfaitement pour désigner les questions du type "qui suis-je, où vais-je", etc. Il ne s'agit pas nécessairement d'une recherche d'un absolu : il ne faut pas confondre les sujets (interrogation sur le réel) et le type de réponse - en général, les réponses ont été verrouillées par des gars qui avaient intérêt à défendre des positions dogmatiques et indétrônables (dieu, la Création, tout ça), mais ce n'est pas une raison pour que les réponses moins sérieuses ne soient pas également métaphysiques.

Et, même si on peut dire que ce n'est pas aussi significatif que le dit Serge Lehman, les objets de la SF touchent tous plus ou moins à la métaphysique au sens le plus général. La pluralité des mondes habités, l'origine des espèces, l'avenir de l'humanité...
Cela peut paraître un peu prétentieux quand il s'agit de soldats de l'espace qui tuent des ET, mais c'est en quelque sorte un aspect inévitable de toute fiction prétendant présenter une réalité alternative concrète.

Par contre, Zola, Flaubert, Maupassant et Balzac, avec toute la vénération qu'ils m'inspirent, ne parlent pas du tout de métaphysique quand ils décrivent des situations réalistes.
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silramil



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MessagePosté le: Mer Oct 28, 2009 8:38 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Lensman a écrit:
silramil a écrit:


Même pas besoin qu'il y ait un bout de Dieu là-dedans, il suffit que tu perçoives le vide conceptuel qui se dissimule derrière les certitudes de l'arrogance réaliste.


Je te suis bien, je pense. Mais regarde la drôle de liste d'entités de Lehman. Quelle drôle de démarche de mettre spécifiquement ça en avant, au vu de l'extraordinaire variété des interrogation portées par la SF... il y a quelque chose qui est bizarre, pour moi, dans son discours, au minimum à ce niveau.
Oncle Joe


Mouais. ce que ça révèle, à mon avis, c'est surtout que l'argumentation n'est pas encore mûre et que cette intuition est sortie un peu trop tôt et un peu hors-sujet pour cette préface.
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Lensman



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Messages: 20391

MessagePosté le: Mer Oct 28, 2009 8:44 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Silramil:
Sauf que là, en fait, on en arrive à dire que:
métaphysique= spéculation
C'est ça, l'intuition???
Si c'est ça que veut dire Lehman, bonjour la tempête dans un verre d'eau, et salut à la colère pour un sou perdu!
Oncle Joe
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Lem
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MessagePosté le: Mer Oct 28, 2009 8:47 pm    Poster un sujet: Répondre en citant

Silramil résume plutôt bien le problème.
Juste une remarque en passant à propos de la citation empruntée à Klein. Il est certes tout à fait normal que la théologie soit mentionnée dans une préface à l'anthologie Histoires Divines. Ce qui est a-normal au sens premier du terme – ce qui se détache sur la normalité ambiante et attire l'attention – c'est que la science-fiction soit seule à publier de telles histoires. C'est ce que dit Klein dans sa préface : "Il me semble même (…) que la SF est la seule littérature romanesque contemporaine où il soit question de théologie. Il peut être fait une place, dans bien des romans classiques, à la religion, au mysticisme ou même (rarement) à la métaphysique. Mais le personnage de Dieu, ou d'un dieu, n'y apparaît jamais."
La citation n'est donc pas artificielle : elle est la forme de la question. Et Silramil l'a très bien compris puisqu'il y discerne un élément de définition possible, ce qui est aussi mon cas.
Beaucoup soulignent la brièveté de la préface de Retour, son côté lacunaire, incomplet voire confus. Pas de problème de mon côté : non seulement ce n'était pas le lieu pour un essai complet (certains l'ont aussi trouvé trop longue, cette préface) mais je ne suis pas un chercheur professionnel qui fait la synthèse de ses travaux, plutôt quelqu'un qui essaie de donner une forme audible à une intuition. J'admets sans difficulté la part de nécessité personnelle dans ce projet ; il y a quelques années, je me suis surpris à me poser la question : "pourquoi moi qui suis, ou qui crois être, le basique athée-de-gauche-service-public-rationnaliste, ai-je consacré l'essentiel de ma vie à lire et écrire et juger culturellement importantes, voire décisives, des histoires pleines d'immortels, d'entités aux pouvoirs quasi-divins, de conflagrations universelles, etc ?" Qu'est-ce que ça veut dire ? Klein encore fait état d'un trouble du même genre dans la préface à une réédition de son Gambit des étoiles : "Le jeune homme [il parle de lui à la troisième personne, évidemment] était surpris – et même inquiété – par les images et les idées qu'il voyait naître sous sa plume ou sur le clavier de sa machine. Car son rationalisme et son scepticisme philosophique s'accommodaient mal du mysticisme gnostique qui imprégnait sa première tentative romanesque."
Je suis allé jeter un coup d'œil à l'Encyclopédie de Clute et Nicholls, et à l'article God, j'ai lu (première phrase du papier) : "The word God, or gods, is one of the commonest of all nouns in sf story and novel titles."
J'ai relu l'essai de Lardreau (auquel, bizarrement, j'avais consacré ma première critique professionnelle en 1990 sans bien en mesurer la portée), Fiction philosophique et science-fiction et j'y ai retrouvé l'argument selon lequel la SF a exercé, au vingtième siècle, un quasi-monopole dans l'usage et la construction de mondes métaphysiques.
J'ai repensé au dernier épigraphe d'Ubik : Je suis Ubik/Avant que l'univers soit, je suis/J'ai fait les soleils/J'ai fait les mondes, etc. J'ai repensé à l'incipit de l'Homme démoli de Bester, le premier prix Hugo de l'histoire du genre en 53 : "Dans l'univers sans fin, il n'est rien de nouveau, rien de différent. Ce qui peut paraître exceptionnel pour l'esprit infime de l'homme peut être inévitable pour l'Œil infini de Dieu…" J'ai revu en pensée le monolithe noir de 2001, la plage de la Perte en Ruaba tout au bout du temps, le monde blanc de Matrix…
Je me suis dit OK, il doit y avoir là quelque chose parce que le frisson génial que j'ai toujours associé à la SF dans ce qu'elle a de plus pur culmine dans ces œuvres-là, ces moments-là. Et quelque chose me dit que je ne suis pas le seul dans ce cas.

La préface essaie simplement de mettre un peu d'ordre dans ce foutoir d'émotions et d'interrogations de manière non-fanique.
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