de Léo et Rodolphe
aux éditions Dargaud
Safari paléontologique au Kenya
Pourquoi
encore présenter Léo. Cet auteur brésilien, de son vrai nom Luis Eduardo de Oliveira,
né en 1944 doit sa renommée à Aldebaran (Dargaud) série qui se rapprocherait plus
des voyages imaginaires de Jules Verne que de la science-fiction pure et dure.
Il a donné à sa série phare une suite, Betelgeuse (Dargaud), dans lequel
il déploie une nouvelle fois son imagination pour créer un monde fantastique.
Installé depuis 1981 à Paris, après avoir d’abord fuit le Brésil et s’être réfugié
au Chili puis en Argentine avant de retourner clandestinement dans son pays natal
en 1974. Il commence à réellement pouvoir vivre de sa passion grâce à Jean-Claude
Forest qui lui propose de travailler pour le magazine Okapi. Il rencontre
ensuite Rodolphe qui lui propose d’illustrer Trent (Dargaud), une série
qui compte aujourd’hui huit albums. Leur collaboration se poursuit avec Kenya.
Rodolphe également n’est plus à présenter pour tous les amateurs de bande dessinée.
Il se distingue par la veine fantastique de nombre de ses récits. Ainsi, le seul
lien entre certaines de ses séries comme Les Abîmes du Temps (Albin Michel),
Les Echaudeurs des Ténèbres (Soleil), Das Reich (Soleil) – dont on
regrette d’ailleurs l’interruption brutale – ou Gothic
(Delcourt), La Maison Dieu (Albin Michel), c’est bien une certaine inquiétante
étrangeté.
Entre Jurassic Park, Rencontre du troisième type et South
of Africa
Les services secrets britanniques renvoient Catherine Austin
au Kenya suite à son rapport sur les étranges événements qui s’y sont déroulés.
Cette fois encore elle sera au première loge pour assister à d’insolites phénomènes.
Mais pour le moment elle atterrit à Mombasa et va se recueillir sur la tombe de
son ancien collègue Jaques Merlin, un agent double dont personne n’a réclamé le
corps. Pourtant, au cimetière, elle croise sa sœur qui lui fait part ouvertement
de son animosité. Sachant pertinemment que c’est Kathy qui a tué son frère, elle
se fait une joie de la traiter d’assassin. Pour l’instant, Kathy a des choses
plus urgentes à traiter, elle doit se rendre au plus vite chez le Comte Valentino
Di Broglie, surnommé le Baron, un excentrique qui s’est fait construire un palais
en pleine brousse. Justement, celui-ci montre à ses hôtes, l’écrivain aventurier
John Remington et Judith qu’il a recueillis, un étrange cube fait d’un métal inconnu,
orné de symboles incompréhensibles et qui émet de légères vibrations.
Du
fantastique à la science-fiction
Les inconditionnels de Léo auront
une fois encore de quoi s’émerveiller. Il met en scène un Kenya aride et mystérieux,
une terre pleine de secrets. Les auteurs revendiquent un exotisme qui se révèle
moins dans les paysages et les autochtones que dans des créatures préhistoriques
ou extraterrestres qui semblent avoir pris possession de cet environnement. Les
rencontres avec ce bestiaire fabuleux sont toujours aussi anecdotiques, s’ils
sont le centre de toutes les attentions extérieures, ils ne se donnent à voir
que difficilement. Cela entretient bien évidemment le suspens et tout comme les
protagonistes, nous guettons l’apparition de l’une de ces créatures au détour
d’une page. Comme à son habitude, Rodolphe sait ménager son histoire, distille
par-ci, par-là quelques petites informations qui ne font qu’épaissir le mystère.
On dérive d’ailleurs doucement des rivages du fantastique pour aborder l’île de
la science-fiction. Avec comme toile de fond le début de la Guerre Froide et des
luttes entre Etats qui cherchent tous à asseoir leur hégémonie et notamment dans
les colonies, le récit prend racine dans le réel. Comme nous le disions déjà à
l’occasion de la sortie du deuxième tome, la série doit beaucoup au décalage entre
le dessin si finement réaliste de Léo et les événements surnaturels qui s’y déroulent.
On pense bien sûr au Monde perdu d’Arthur Conan Doyle, mais aussi
à l’Angleterre férue de fantastique qui cède bien volontiers sa Nessie au lac
Victoria. Toute aussi fantastique cette belle Afrique noire peuplée uniquement
de Blancs. Bien sûr le Kenya était alors une colonie britannique et toutes les
affaires importantes n’étaient traitées que par les gentils colons, bien sûr nos
principaux protagonistes sont européens, mais tout de même çà devient un tantinet
agaçant ce miroir de l’Europe en Afrique. D’autant plus que l’on se demande pourquoi
aucun autochtone n’a eu vent de ces curieux phénomènes, la savane n’est pourtant
pas inhabitée. Cette restriction mise à part, Kenya est une série pleine
de charme que l’on recommande aux lecteurs en mal d’exostime.







