Ailleurs n’existe pas
( Echec et Automates 2 )
de Arnaud Quéré et Philippe Segard
aux éditions Carabas ,
collection Cockpit
Genre : Fantastique

Scénariste : Philippe Segard
Dessinateur : Arnaud Quéré
Couleurs : Arnaud Quéré
Date de parution : novembre 2005 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 46
Titre en vo : 1

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« Alors ce jour-là, je me suis dit qu’il valait mieux crever vivante plutôt que vivre morte. Histoire d’exister vraiment. »

Le dessinateur Arnaud Quéré est diplômé du CFT Gobelins. Il débute dans le multimédia et le jeu vidéo avant de revenir à ses premières amours la bande dessinée en compagnie de Philippe Segard. Ce dernier est un ancien chargé de production télévisuelle qui a également travaillé dans le cinéma.

« C’est en sortant les poubelles que j’ai rencontré l’homme de ma vie. »

Une ville saturée de pollution accrochée aux flancs de pics rocheux vertigineux. Une population amorphe cantonnée dans des usines de tuyaux et de machineries sans âmes. Un homme surplombe son domaine, le maître de cet univers sans joie qui a fait fortune en vendant des masques qui permettent de respirer l’air vicié. Mais l’industriel est contrarié, sa fille vient de s’enfuir. C’est elle que l’on va suivre dans ses pérégrinations.

Elle fuit la possessivité tyrannique de son père, elle fuit sa vie d’oiseau enfermé dans une cage dorée. Et son exploration du monde débute par une rencontre inopinée avec un jeune homme aussi fantasque qu’elle. Elle atterrit droit dans la maquette d’une ville depuis longtemps oubliée, une Venise que le garçon s’ingénie à faire revivre en miniature en attendant de la retrouver en vrai. Tombant amoureuse comme on tombe d’une chaise, elle s’évade avec celui qu’elle appelle désormais « L’Homme de ma vie ».

« La première fois que je l’ai serré dans mes bras, l’homme de ma vie ne songeait qu’à s’enfuir . »

Second volet de la série Echec et Automates, Ailleurs n’existe pas adopte à nouveau la forme d’un one shot et est chronologiquement antérieur au premier album. Il nous conte la rencontre des parents du petit garçon que l’on a découvert il y a six mois à peine dans une Venise asséchée et seulement rythmée par la mécanique d’immenses horloges. On suit l’histoire à travers les yeux de la jeune fille en quête de liberté. Ses réflexions font plus qu’expliciter certaines scènes, elles leur donnent leur sens, leur humour avec cette ironie douce et légère qui teinte le récit, leur côté tragi-comique. Segard avec un réel talent d’écrivain brille dans l’art de la conversation amoureuse intérieure, intime, des fragments de discours amoureux qui ne se disent pas.

Le lecteur voit naître sous ses yeux un amour fragile, encore balbutiant et qui semble voué à l’échec. Segard utilise les clichés de l’intrigue amoureuse classique : la scène de première vue, le coup de foudre, le lent apprivoisement de l’autre, la description des qualités de l’être aimé, la première scène de ménage et surtout les obstacles extérieurs à la relation qui entraînent la fuite des amants pour mieux aller à contre-courant. Tout comme Aragon l’avait fait dans son roman Aurélien, où par exemple la première fois que son héros voit Bérénice, il la trouve laide. Quéré n’utilise cette trame classique que pour mieux la rénover et la renverser.

A l’onirisme étrange du récit répondent en écho les dessins aux perspectives vertigineuses de Quéré. Une nouvelle fois inspiré, il crée un monde plus poétique que science-fictif, où les allusions à une technologie (robots, fusées, planètes éloignées…) ne sont convoqués que pour dépayser ou ornementer le récit. Les auteurs parviennent ainsi à rendre réel un monde qui se suffit à lui-même, à la fois proche du nôtre, auquel on peut donc s’identifier et à la fois suffisamment éloigné pour que l’on ne puisse connaître la fin de la fable et pour que les auteurs puissent se permettre toutes sortes de fantaisies sans que la cohérence n’en souffre.

Ailleurs n’existe pas
est un récit surréaliste aux tons pastel qui adoucissent et tempèrent la dureté d’un scénario qui transporte le lecteur dans un onirisme léger et émouvant.

Charlotte Volper

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