Aliette de Bodard à l’assaut de la Maison Aubépine !
de Aliette de Bodard
aux éditions Fleuve Edition

Auteurs : Aliette de Bodard
Date de parution : janvier 2018 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
Nombre de pages : 496
Titre en vo :

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A l’occasion de la sortie de L’Ascension de la Maison Aubépine, suite de La Chute de la Maison aux Flèches d’Argent chez Fleuve Editions, collection Outrefleuve, découvrez l’interview d’Aliette de Bodard.

Actusf : L’Ascension de la Maison Aubépine est la suite de La Chute de la Maison aux Flèches d’Argent. De quoi cela parle t-il ? Comment avez-vous imaginé cet univers ?
Aliette de Bodard : L’Ascension de la Maison Aubépine se déroule dans un Paris dévasté par une guerre magique, où la société continue à suivre les moeurs de la Belle Epoque au milieu des bâtiments et rues en ruine. Sous les eaux polluées de la Seine se cache un royaume de dragons annamites, qui n’a survécu jusqu’ici qu’en restant un secret. Mais le temps des secrets est fini, et les grandes maisons, les principales factions magiques de Paris, sont bien déterminées à conquérir la magie du royaume dragon. La Maison Aubépine, en pleine ascension, propose aux dragons une alliance inattendue entre leur chef Asmodée et un prince dragon. Il s’agit probablement d’un piège, mais lequel ? On suit Madeleine, récemment réintégrée au sein de la Maison Aubépine et envoyée comme émissaire dans le royaume dragon, et qui découvre que le précédent émissaire a disparu ; Thuan, un prince dragon infiltré au sein de la Maison Aubépine pour savoir ce qu’ils trament ; et deux annamites, Philippe et Françoise, qui tentent tant bien que mal de survivre en dehors des Maisons...
Au début, j’étais partie pour écrire une fantasy urbaine au 21e siècle, avec des familles de magiciens qui se seraient partagé la ville. J’ai dû abandonner parce que je n’arrivais juste pas à faire décoller le livre. J’ai fini par comprendre que j’avais besoin d’un univers qui soit plus fantastique, et j’ai imaginé un monde où la Grande Guerre aurait eu lieu entre factions magiques plutôt que pays. Pour ce tome, j’ai de nouveau pioché dans l’Histoire, mais de façon plus personnelle : les interactions entre le royaume dragon et les Maisons sont inspirés des premières relations entre la France et la cour vietnamienne à Huê, alors que la dominance française s’étendait sur le pays.

Actusf : L’intrigue se déroule à Paris, une grande ville où l’on on imagine et visualise très bien la magie à l’œuvre et les péripéties vécues par les protagonistes. Pourquoi cette ville en particulier plus qu’une autre ?
Aliette de Bodard : J’avoue que je n’ai jamais envisagé une autre ville : c’était la seule qui faisait sens pour moi. C’est la ville où j’ai vécu quasiment toute ma vie, et pour laquelle j’ai un grand attachement : la mettre en ruines peut paraître une solution facile ou revancharde, mais en fait je le vois plutôt comme une sorte de lettre d’amour à la ville. J’ai fait énormément de recherche pour pourvoir extrapoler comment serait la ville dans ces circonstances ; je suis partie des cartes de la Belle Epoque et j’ai brodé autour, tout en essayant de rester fidèle à la ville, à son caractère, et aux caractères des différents personnages qui avaient leur mot à dire dans son évolution. C’était aussi la ville européenne où amener, à la Belle Epoque, un grand nombre de personnages vietnamiens (ce que je souhaitais faire pour des raisons personnelles).

"Pour moi, c’est aussi une occasion de faire référence à des périodes littéraires qui m’ont marquée en tant qu’enfant : le 19e siècle et les livres de Hugo, Zola, Dumas, Leblanc, etc."

Actusf : Vos romans possèdent une dimension post-apocalyptique où les jeux de pouvoir n’ont pas disparu, loin de là.
Dans le même temps, avec La Chute de la Maison aux Flèches d’Argent, vous ancrez votre récit dans une sorte de réalité en évoquant des épisodes historiques réels, mais quelques peu perturbés (par exemple : la Première Guerre Mondiale qui n’a pas eu la fin que nous lui connaissons).
En-est-il de même pour ce second volet ? Pourquoi ?

Aliette de Bodard : Je suis fascinée par l’Histoire : cette idée de strates des années antérieures qui expliquent comment on en est arrivés là, pourquoi on se comporte comme ça, etc. Mais aussi l’Histoire en temps qu’histoires : in fine, particulièrement sur les années récentes, elle reste une narration, avec tous les risques que cela comporte (racontée par les vainqueurs, biaisée, éludant des épisodes peu reluisants ou au contraire en érigeant en mythe certains autres...). Pour moi, c’est aussi une occasion de faire référence à des périodes littéraires qui m’ont marquée en tant qu’enfant : le 19e siècle et les livres de Hugo, Zola, Dumas, Leblanc, etc. Je voulais écrire quelque chose qui se passerait dans un Paris de cette époque, mais dans une version qui inclue les gens qui je n’y ai pas ou peu vu en tant qu’enfant, ou en tout cas pas en tant qu’héros de leur propre intrigue, notamment les sujets de l’empire colonial.

Actusf : Dans le premier tome, les lecteurs pouvaient croiser des alchimistes ou encore des dragons. Allons-nous découvrir d’autres pans de féérie ? Comment choisissez-vous les créatures dont vous parlez ? Avez-vous des préférées ?
Aliette de Bodard : On va retrouver dans ce tome pas mal des mêmes pans de fééries : anges déchus, nouveaux alchimistes dans un nouveau cadre, médecins-magiciens... Le tome se focalise sur le royaume dragon et les créatures qui l’habitent, donc il va y avoir des généraux-crabes, des courtisans-poissons, et beaucoup plus de détails sur les dragons aquatiques du premier tome—sur leur hiérarchie, leur culture, leur magie. Un des personnages principaux est d’ailleurs un prince dragon qui ne se fait pas beaucoup d’illusions, ni sur son manque d’importance à la cour, ni sur ses talents magiques—et qui va pourtant se retrouver avec un rôle-clé dans les intrigues de la Maison Aubépine...

"Je travaille en ce moment sur la suite de L’Ascension de la Maison Aubépine, qui se focalisera sur la Maison Epervier, dans le 15e arrondissement, et sur Emmanuelle, la bibliothécaire de la Maison aux Flèches d’Argent."

Actusf : Suite à la parution de L’Ascension de la Maison Aubépine, avez-vous de nouveaux projets pour 2018 ?
Aliette de Bodard : Je travaille en ce moment sur la suite de L’Ascension de la Maison Aubépine, qui se focalisera sur la Maison Epervier, dans le 15e arrondissement, et sur Emmanuelle, la bibliothécaire de la Maison aux Flèches d’Argent. Je viens aussi de finir un premier jet d’un roman court inspiré du folklore vietnamien, dans lequel une lettrée tombe amoureuse d’un dragon.

Actusf : Enfin aurons-nous le plaisir de vous croiser en dédicace en France ?
Aliette de Bodard : Je serai au Royaume-Uni en août pour Nine Worlds—en France, peut-être aux Imaginales...

Estelle Hamelin