Article croisé Temps de Stephen Baxter et Au-dela de l’Infini de Gregory Benford
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de Stephen Baxter et Gregory Benford
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Stephen Baxter , Gregory Benford
Date de parution : janvier 2000 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga

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Article croisé sur Temps de Stephen Baxter et Au-dela de l’Infini de Gregory Benford

Deux livres de science-fiction viennent de sortir, épais et solides. Il s’agit de Temps de Stephen Baxter et Au-dela de l’Infini de Gregory Benford. Tous les deux parlent de l’Humanité, du Temps et de l’Avenir. La lecture successive ce ces deux ouvrages donne une étrange sensation de similarité. A tel point qu’il semble parfaitement pertinent de tenter une analyse comparée de ces textes.

Ce qui frappe en premier, à la lecture de ces deux ouvrages, c’est l’opposition absolue entre le ton froid et déshumanisé de Baxter d’une part, et celui léger, plein de second degré de Benford. Il est rapidement évident que les textes sont radicalement différents et aussi dissemblables que possibles.

Dans Temps, l’accent est tout de suite dramatique et prenant. La suite d’événements qui y sont décrits est présentée comme inéluctable, d’une logique implacable. Les acteurs manipulés foncent tête baissée vers leur destin, souvent tragique. Pour Au-delà de l’Infini, le traitement est moins stressant, moins détaché. Son héroïne est humaine, vivante et parfois même heureuse.


Pourtant, les deux livres s’avèrent aussi, avec la même rapidité, traiter de sujets connexes, s’attaquer à la même problématique. A sa manière, utilisant chacun son style et sa personnalité, les auteurs s’attaquent à ce mystère que représente l’avenir, notre avenir en tant que race. On y trouve le même élégant mélange de théories scientifiques de pointe – matière, énergie, quantas et quarks - , de génétique – eugénisme et mutations - et de philosophie sur la place de l’Homme dans l’univers, voire même plus loin que ça, aux travers des dimensions.

Fondamentalement, la trame est semblable

Les similitudes vont bien plus loin que ce simple sujet de base. Fondamentalement, la trame est semblable, bien que traitée différemment. Des humains « normaux » qui représentent un nous actuel, poussés par des événements qu’ils maîtrisent de moins en moins à foncer droit devant eux, à abandonner tout ce qui a été leur vie pour quitter enfin la Terre et s’enfoncer dans l’espace vers une découverte mystique et dépassant toutes les connaissances du moment. Ils savent qu’eux seuls peuvent sauver l’avenir de l’Humanité malgré tous les obstacles posés sur leur route.

Au fil des pages, des motifs apparaissent étrangement, comme des échos d’un ouvrage sur l’autre. Pourtant, le style d’écriture de Baxter brouille le schéma très linéaire de Benford, éclatant les événements qui assaillent l’héroïne unique de Au-delà de l’Infini entre les divers protagonistes de Temps. Il est tout de même facile de repérer les jalons, tels le bonheur d’être chez soi, le déchirement de la séparation, l’incompréhension face à un monde froid et inconnu, la stupeur devant la mort des êtres aimés, la fuite, l’ascension hors de l’atmosphère, le découverte d’un autre monde, etc...

Comme déjà dit, le ton des deux oeuvres est très différent. Benford nous raconte une histoire, une sorte de parabole qui frappe plus par ce qui n’est pas exprimé que par l’aventure elle-même. Baxter, lui, utilise ce ton didactique et professoral qu’il affectionne énormément, glissant partout où il le peut son couplet sur l’esprit de colon des américains, partant vers l’espace comme leurs ancêtres vers l’ancien Far-West – il est à noter ici les connections entre l’auteur et le « Mars lobby » qui prône une expédition humaine vers la planète rouge. Malgré la différence d’écriture, les ressemblances s’accumulent et tissent leur toile au fil de la lecture.

Une espèce animale génétiquement modifiée
Bien plus encore, comme des pépites dans ce schéma viennent se cristalliser certains éléments annexes dont les similitudes surprennent : en effet pourquoi ces deux romans ont-ils besoins d’introduire une espèce animale génétiquement modifiée pour devenir intelligente ? Pourquoi finalement l’avenir doit-il faire intervenir une entité immatérielle aux dimensions galactiques ? Pourquoi le héros est-il un homo simplex alors que le monde pullule de super-cerveaux aux capacités incroyables ?

Il semble que les auteurs ont tenté de placer leurs héros au milieu d’une chaîne évolutive, ni trop puissants, ni trop faibles – une notion que l’on retrouve souvent chez Brin, par exemple. Comme si chacun des auteurs tentait de nous expliquer à sa manière que, même si l’avenir est sombre et inhumain, c’est avec nos seules capacités naturelles – la référence aux animaux – que nous saurons y faire face.
Tout ceci n’est certainement en grande partie que coïncidences, mais reste néanmoins symptomatique d’un état d’esprit, d’une angoisse existentielle de l’homme actuel devant l’avenir qui, de radieux dans les années soixante, s’est assombri des prédictions écologistes et alter-mondialistes qui font peser le poids d’un passé glorieux sur un avenir incertain. Les deux livres sont à envisager comme des échos qui se répondent, comme des points d’interrogations dans le paysage de la science-fiction.

Jean Rébillat

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