Au bal des actifs – demain le travail
de Anne Adam
aux éditions La Volte
Genre : Science Fiction
Sous-genres :
  • Anthologie
  • Anticipation
  • Futur
  • Nouvelles technologies

Auteurs : Li-Cam , Catherine Dufour , Léo Henry , Luvan , Ketty Steward , Alain Damasio , Stéphane Beauverger , Norbert Merjagnan , L.L. Kloetzer , Emmanuel Delporte , David Calvo
Couverture : Stéphanie Aparicio
Anthologiste : Anne Adam
Date de parution : février 2017 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Anthologie
Nombre de pages : 614
Titre en vo :

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Le travail, c’est un ciment de la société, une source de revenus, de vie, de croyances, de liens sociaux et de réalisation. Mais c’est aussi aliénation, burn-out ou encore perte de sens. Et demain ? Dans un contexte où le futur du travail est sur toutes les lèvres, qui mieux que douze auteurs de science-fiction pour apporter leur plume et leur imaginaire au débat ?

En pleine ébullition du mouvement « Nuits Debout », les éditions La Volte lancèrent un appel à texte pour une anthologie de nouvelles : dans notre monde en pleine mutation, quels sont les avenirs possibles du travail ? Dans la lignée d’ouvrages comme Ceux qui vous veulent du bien (2010) ou encore Faites demi-tour dès que possible (2014), la Volte explore avec Au bal des actifs notre actualité à travers le prisme de la science-fiction…

Au bal des actifs est un recueil de douze nouvelles de science-fiction partageant le thème commun de l’avenir du travail : de l’automatisation à la précarité en passant par le revenu universel et la révolution numérique, ou encore l’aliénation et l’ordre social...

La science-fiction : vecteur de réflexion ?

À la manière de la série aux épisodes indépendants Black Mirror, chacune de ces nouvelles de science-fiction française nous emmène dans un monde unique, façonné par l’imagination des auteurs : du futur proche, presque palpable, à l’univers irréel, porteur de métaphores qui suscitent la réflexion.

Ainsi, le travail dénué de sens devient un moyen de contrôler les masses dans la construction sans fin d’une tour aux promesses de ciel bleu dans "Vertigeo". L’importance des réseaux sociaux, de l’image virtuelle, de la notoriété et de l’évaluation mutuelle se mue en outil de contrôle et de construction sociale dans "ALIVE" ou encore "coÊve", où l’aliéné devient bourreau et celui qui refuse le système en est exclu.

Ces futurs imaginés et imaginaires mettent l’accent sur des questions bien réelles et remuent nos neurones sur la place du travail dans notre société et dans nos vies. Est-ce que tout se vend, tout s’achète dans un monde où la précarité devient survie ? Quelle est la place des émotions et de l’humanité dans un monde de manipulation ou de machines ?

Chacun de ces auteurs, à sa manière, suscite la réflexion, mais aussi l’émotion et tisse en filigrane une trame d’idées et de mises en garde. Certains voient du noir, d’autres laissent en suspens ou proposent une réponse. D’autres encore sont porteurs d’espoir, mais beaucoup reflètent l’aliénation d’un travail vidé de son sens, dont il ne reste que l’instrument de torture, le trepalium.

Et alors, demain, le travail ?

Dans cette période pré-électorale, ce sont des sujets bien actuels que chacun des auteurs aborde à travers ces douze nouvelles de science-fiction.

Bien sûr, on parle de la souffrance au travail, silencieuse mais si forte. Du burn-out au bore-out, en passant par l’ubérisation, la précarisation, la perte de sens et d’humain, l’aliénation de l’individu sur l’autel de l’entreprise, du profit, du modèle de réussite sociale. Contrairement à ce que l’on imagine, cette souffrance ne se limite pas aux précaires, ceux qui cherchent à vendre ce qu’ils peuvent pour survivre au jour le jour, comme dans "Canal 235" ou "Pâles mâles".

Elle touche aussi les employés bien installés dans un emploi stable, qui se vide de son sens pour laisser place au contrôle, à la répétition et à l’aliénation, comme les salariés de "Nous vivons tous dans un monde meilleur" ou les stagiaires créa de "Self-made-man".

Quelle est la place de la technologie dans le futur au travail ? Que restera-t-il de nos emplois lorsque les robots nous libéreront de notre labeur ? Un revenu universel ? Une autre forme d’aliénation ? Comment rester humain dans un monde automatisé ? "coÊve", "ALIVE" ou encore "Self-Made-Man" abordent ces sujets, chacun à leur manière.

Il reste encore la victime devenue bourreau, l’employé culpabilisé de ne pas comprendre sa chance d’être là où il est, raillé de demander plus de sens à ses tâches toutes plus absurdes que les autres.

Et plein d’autres questions encore sont soulevées dans cette anthologie, des réflexions fondamentales dans notre société où les métiers absurdes aux tâches vides de sens existent déjà, où l’on noie le travail, l’œuvre et le métier sous le terme limitant d’emploi, où l’on culpabilise les « assistés » de ne pas s’insérer et les employés de ne pas se satisfaire de leur condition.

Rédigée par Sophie Hiet, scénariste de la série d’anticipation Trepalium (Arte, 2016), une postface vient terminer l’anthologie en beauté. Elle revient sur les nouvelles et les questions posées par ces avenirs du travail, sombres ou porteurs d’espoir, pour ouvrir le débat sur ces sujets de société, plus actuels que jamais.

Sommaire des nouvelles

Catherine Dufour – Pâles mâles
Stéphane Beauverger – Canal 235
Karim Berrouka – Nous vivons tous dans un monde meilleur
Emmanuel Delporte – Vertigeo
L.L. Kloetzer – La Fabrique de cercueils
Ketty Steward – ALIVE
Norbert Merjagnan – coÊve 2015
Li-Cam – Le Profil
Alain Damasio – Self-made-man ? ou la créativité discutable de Nolan Peskine
Iuvan – Miroirs
Léo Heny – Le parapluie de Goncourt
David Calvo – Parfum d’une mouffette 

Florie Vignon