de Grey et Nicolas Mitric
aux éditions Soleil
Scénariste :
Nicolas Mitric
Dessinateur :
Grey
Couleurs :
Fred Besson
Date de parution : juin 2004
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 48
Titre en vo : 1
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C’est rond, c’est lisse, c’est chiant
Nicolas
Mitric est un touche-à-tout de la BD, un de ces
nouveaux auteurs qui doivent autant à Crisse
qu’aux animes japonais, une génération
façonnée par le sens du rythme, de la
dramaturgie et de la rondeur graphique. Architecte d’Arkeod,
érigé en classique de la BD de science-fiction
française, Nicolas Mitric s’est ouvert de nombreuses
portes avec cette série qui en seulement deux
tomes lui a apporté une notoriété
tout à fait méritée. Ayant ouvert
le bal des albums de Kookaburra Universe
avec Le Secret du Sniper, il dessine
également le quatrième volume de la saga
sidérale de Crisse, intitulé Système
Ragnarok. Non content de ce joli succès,
c’est cette fois la jeunesse d’un de ses personnages
à lui : Scalp, le mystérieux ’samouraï’,
que Mitric a décidé de dévoiler
dans une série parallèle à Arkeod : La Voie du silence, qui
comptera deux albums. Pour ce faire, il laisse les clés
du dessin à un nouveau venu du vivier Soleil,
au mystérieux pseudonyme de Grey. Chez Soleil,
l’ouverture d’une série parallèle est
véritablement la marque des grands succès.
Une consécration, en quelque sorte, qu’il faut
savoir mériter et dont on jugera ici de la pertinence.
Une
enfance marquée au fer rouge sur le crâne
Avant
de s’appeler Scalp, il fut un jeune garçon. Un jeune garçon marqué
au fer rouge par le cataclysme qui a ravagé la Terre : le jour où
ce que l’humanité a longtemps pris pour des météorites a
ravagé la planète, il était aux première loges, avec
ses parents. Tandis qu’ils périssaient dans les flammes, le gamin était
sauvé par ses cheveux qui ralentirent sa chute avant d’être violemment
arrachés de son crâne (!). Traumatisé, le jeune Scalp s’est
reconstitué une famille parmi les survivants. Une famille que les monstrueux
extra-terrestres, les véritables responsables du cataclysme, auront tôt
fait d’exterminer à son tour, laissant le gamin doublement orphelin.
Recueilli
par un groupe de combattants dirigé par Le Maître, un samouraï
old-fashioned à souhait, Scalp va apprendre la voie du sabre.
Une voie qu’il va marier à sa morale personnelle, au risque de désobéir
aux ordres. Un lien étrange semble pourtant lier Scalp à l’antique
samouraï Masaki Minamoto dont il lui arrive de rêver d’une façon
presque... réelle.
Et le sentiment dans tout ça ?
A la suite de Mitric et de toute la batterie de jeunes
auteurs de Soleil, le trait de Grey nous accroche par
sa rondeur. Que reprocher au dessin de cette série ?
La composition est dynamique, les plans larges très
convaincants, les nombreuses planches sans texte suffisamment
évocatrices pour supporter l’absence de phylactères,
les personnages sont bien typés (sauf que le
Japon et les Japonais de Grey manquent singulièrement
de pittoresque, mais passons)... Alors quoi ? Peut-être
un petit supplément d’âme : en lisant cette
Aube ardente, on ne passera évidemment
pas un mauvais moment, mais on ne peut pas dire que
cette série soit promise à la postérité.
Si Grey ne signait pas ses dessins, on pourrait le prendre
pour n’importe qui d’autre tant ils sont dépourvus
de personnalité. Alors, oui : on peut joliment
dessiner et pourtant passer à côté,
en multipliant les cases vues et revues, en s’astreignant
à lisser tout relief d’un dessin dont la plus
grande qualité tient dès lors à
sa ’propreté’...
La mise en couleur est elle aussi irréprochable
dans son style : propre, dense, contrastée, elle
use (et à mon sens abuse) des effets de lumière
et de texture électroniques avec un savoir-faire
certain, pourtant incapable de rallier un vieux con
rétro dans mon genre. Certes, après les
vagues d’admiration soulevées par les couleurs
d’Arkeod, La Voie du silence
se devait d’avoir des couleurs irréprochables.
C’est bien le cas, et c’en est presque triste. J’aurais
aimé trouvé des aspérités
sur lesquelles me déchaîner, m’émouvoir,
quelque chose qui me chavire ou me hérisse, mais
là : rien. Pas la moindre parcelle de sentiment...
Du coup, la candeur du scénario ne risquait pas
de m’atteindre : un pauvre gamin qui souffre tous les
malheurs du monde avant de trouver un mentor, mentor
dont il devra s’émanciper pour devenir un homme,
et gnagnagna et gnagnagna... J’ai passé l’âge
de ces conneries comme dirait l’ami Danny. Désolé
messieurs : n’y voyez rien de personnel, mais je me
suis juste ennuyé ferme dans cette Aube
ardente. Un peu de sentiment que diable, et
moins de prédigéré ! Et je reprendrai
alors la voie qui convient souvent le mieux aux critiques
obtus : celle susnommée du silence.







