Biographie de Maurice G. Dantec
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de Maurice G. Dantec
aux éditions ActuSF
Genre : SF

Auteurs : Maurice G. Dantec
Date de parution : avril 2003 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 1
Titre en vo : 1
Cycle en vo : Guin Saga

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Bio succinte

Alexandre le Grand est mort un 13 juin.

C’est aussi un 13 juin que Molière crée sa première compagnie théâtrale : L’Illustre Théâtre.

Et c’est le 13 juin 1959 que Maurice Georges Dantec naît à Grenoble.

Voilà ! La preuve est faite. Ce genre de parallèle est à la fois con et inutile, mais cela va certainement permettre à ceux qui le veulent d’y voir quelque chose. Il y en a toujours.

Père journaliste, mère couturière, Maurice G. Dantec va passer son enfance loin des montagnes, à Ivry-Sur Seine. Banlieue rouge, les parents le sont aussi, il grandit imprégné de la culture ouvrière des 30 Glorieuses.

A l’âge de 5 ans, de violentes crises d’asthme vont éveiller en lui une angoisse morbide, qu’il tentera des années plus tard de calmer par un usage très éclectique des drogues. Une habitude qu’il conserve encore et dont il n’a d’ailleurs jamais fait un mystère.

Adolescent, au lycée Romain-Rolland d’Ivry, Dantec se cherche. Rebelle, anticonformiste, très provo, il est rapidement séduit par le mouvement punk et plus tard par la mouvance cold wave. Son esthétique "post-constructiviste" vaut à ce mouvement musical une réputation sulfureuse, et un public radical. Une imagerie ambiguë dans laquelle Dantec se retrouve parfaitement, lui qui n’aime rien tant que souffler le chaud et le froid. C’est à cette époque, et par l’intermédiaire biaisé de Heldon, le groupe de Richard Pinhas, qu’il découvre Nietzsche et Deleuze. En se plongeant dans leurs écrits il rompt le lien avec les référents culturels parentaux. Curieux, il entame son propre périple vers cette Vérité qu’il voudra plus tard au centre même de sa création.

L’autre rencontre déterminante c’est Jean-Bernard Pouy. Educateur à Romain-Rolland, Pouy n’est pas encore directeur du Poulpe, tout juste écrivain, mais il est déjà très à gauche. Il va, dans un même mouvement, initier son élève au polar et aux écrits de l’Internationale Situationniste. Le décor est en place. Les deux pôles d’attraction de la pensée selon Dantec sont désormais clairement lisibles. Le reste suivra en marchant vers la lumière. Après une année en Lettres Modernes à Jussieu, Maurice G. Dantec lève le camp pour tenter l’aventure musicale au sein de plusieurs formations qui oscillent entre l’indus et le punk technoïde. Clavier, et généralement auteurs de la plupart des textes, le spectre de l’écriture ne s’éloigne jamais trop. Tant mieux car l’apex de cette carrière de rock star se matérialisera sous la forme d’un unique album, perpétré par l’un des combos qu’il hante alors, Artefact. Comme on est encore assez loin de Led Zeppelin, Dantec est parallèlement rédacteur pour diverses agences de pubs. Contingences purement matérielles qui ne l’en conduisent pas moins à abandonner toute velléité de vivre de sa musique.

Vient ensuite Dantec période entrepreneur. Début 1991, le multimédia balbutie mais promet de biens beaux jours. Beaux jours qu’il faudra néanmoins différer d’une grosse poignée de mois, pour cause de Guerre du Golfe. La petite société que Dantec avait montée ne survivra pas à la mini dépression subséquente.

C’est pour lui le déclic. Il décide dès lors d’écrire "sérieusement".

Il amène à son pote Pouy un volumineux manuscrit, que ce dernier soumet à Gallimard. Encourageant, mais "impubliable". Il ne faudra que trois semaines à Dantec pour en livrer un autre : La Sirène Rouge. Ecrit à un rythme forcené, le roman est publié dans la foulée, bien que dépassant de très loin le nombre de pages généralement autorisé par le cahier des charges de la très stricte série noire. Heureuse exception puisqu’il remportera, en 1993, le trophée 813 du meilleur roman policier.

Toutefois le nouveau prodige de la maison Gallimard ne se voit pas en auteur de genre, et les premiers contacts qu’il va avoir le petit landernau éditorial parisien vont le conforter dans son idée de tracer sa route seul, à sa manière.

Il lui faudra deux ans pour achever son second roman, Les Racines du Mal. Le public est pris par surprise, les éditeurs aussi. Ce qui ne l’empêchera pas de décrocher le Grand Prix de l’Imaginaire et le Prix Rosny Aîné en 1996. Crossover gonflé, Les Racines du Mal navigue entre polar, SF, thriller, et essai. La griffe Dantec est là. Il n’y a plus de genre, seulement un propos à défendre. C’est la seule mission d’un auteur. La littérature est un art total, voire viral. A grands coups de déclaration sur ce mode définitif qu’il aime tant on le voit sortir de la niche du roman policier. Il intrigue les médias, en deviendrait presque fréquentable, en tout cas cela mérite un essai. Et si la greffe avec le grand public ne prend pas, cela n’arrange pas pour autant ses relations avec le petit milieu de l’édition. Ses prises de positions, qui dépassent de très loin le cadre dans lequel on préfère voir un auteur de polar, lui attirent de nombreuses inimitiés, en même temps qu’elle conforte dans son adhésion au cas Dantec un public de fidèles, presque d’initiés.

Lassé d’une France "trop molle", d’une Europe qu’il juge en pleine dislocation, comme en témoigne le conflit yougoslave, victime de menaces de mort, et peut-être un peu pour ne pas devenir une sorte de gourou, il décide de s’exiler à Montréal. En cadeau d’adieu, il participe à l’enregistrement d’Utopia, le très attendu second album des No One Is Innocent. Sa contribution se limitera quelques phrases enregistrées sur un dictaphone remixées ensuite dans la musique. L’expérience sera quelque peu frustrante, mais réveillera en lui de vieux démons familiers.

Ainsi lorsqu’en 1999, Richard Pinhas le contacte, il n’ose y croire. Heldon n’existe officiellement plus, mais le guitariste propose à Dantec une sorte de soubresaut post-mortem, à laquelle il convie aussi Norman Spinrad. Une offre impossible à refuser pour un vieil inconditionnel. Très vite le projet se matérialise sous la forme de lecture en musique de textes du philosophe Nietzschien Gilles Deleuze, dont Pinhas fût l’élève au début des années 70. Dantec n’est cette fois pas un invité, mais bel et bien membre actif du groupe. C’est ainsi que le projet Schizotrope verra le jour, avec un album au titre familier de ses lecteurs : The Life and Death Of Marie Zorn. Une tournée suivra, ainsi que la concrétisation à répétition d’autres projets du même ordre.

Ce sera de son exil canadien que Maurice G. Dantec écrira Babylon Babies. Après avoir tenté, sans succès, de développer l’univers qu’il avait esquissé pour Là où tombent les Anges, une nouvelle inédite qu’il avait écrite pour le cinquantième anniversaire du Monde, c’est vers une anticipation moins radicale qu’il choisit de s’orienter. Ce troisième roman marque une étape essentielle dans sa carrière. Il boucle la boucle initiée par La Sirène Rouge, et on pressent un important virage à venir. Malgré un accueil critique assez largement unanime, Babylon Babies est un ouvrage de transition, un peu comme en musique on parlerait d’un album de transition. Une sorte d’équivalent livresque d’un Beatles For Sale, pour prendre une image qui serait familière au Fab Four Maniac qu’il est.

Il nous aura toutefois fallu attendre mars 2003 pour savoir à quoi nous en tenir. Avec Villa Vortex, Dantec revient enfin à la fiction. Pour faire patienter ses fans, et en quelque sorte pour solde de tout compte il décide de publier en collection Blanche, son journal de bord qu’il tient depuis 1991. Le Théâtre des Opérations et Laboratoire de Catastrophe Générale tiennent tout autant de l’essai que du pamphlet. Prévu pour sortir selon une périodicité d’environ deux ans il y livre au jour le jour le produit de ses réflexions à la vue d’un monde qui, semble-t-il, réclame plus d’attention qu’on ne lui en accorde. Charge érudite contre une société en piqué suicidaire, on ne sent guère l’importance que revêt un tel exercice qu’à la lecture de ce quatrième roman. Plus structurée, la pensée de Dantec est désormais indissociable de sa fiction. Elle en est le cœur. C’est d’elle que naissent ses personnages, et non plus l’inverse. Cela fait de Villa Vortex un roman à part : dur et global, comme le parangon de cette écriture virale que son auteur prônait déjà à la sortie de Babylon Babies.

Une littérature virale parce qu’il faut contaminer de son propos tout le débat contemporain. Le faire sien, car il nous appartient en propre. Toute l’œuvre de Dantec tourne autour de la thématique de l’engagement. Investit dans la vie de son temps il se veut un libre penseur. Il en assume tout à la fois les poses et les conséquences. Péremptoire parfois jusqu’au mépris, entier mais manipulateur, provocateur et complexe, on l’adule ou on l’exècre, mais d’un côté du stylo comme de l’autre, la demi-mesure n’est pas de mise dès qu’on pénètre dans l’univers de Dantec. C’est pourquoi on peut craindre de l’aimer, ne pas oser être d’accord avec lui. Il est de ses auteurs qui appellent au jugement. On doit s’interroger sur sa vision du monde. Il nous l’impose avec tant de brutalité qu’elle nous rentre parfois dans la gorge. Très loin. On peut y adhérer ou s’y refuser, mais qu’importe, parce que le bien est fait. Dantec aura rempli son contrat : il aura descellé vos certitudes, le temps au moins, que vous vous interrogiez. Action. Réaction. Réflexion. Sun Tzu et son Art de la Guerre n’est jamais bien loin. Ecriture virale, littérature balistique, auteur commando. Bienvenu dans les cours de survie pour lecteurs du XXIème siècle. Votre professeur sera Maurice G. Dantec.

Eric Holstein

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