Black Summer/No hero/Supergod
de Warren Ellis et Garrie Gastonny
aux éditions HiComics
Genre : Comics
Sous-genres :
  • Super-héros

Auteurs : Warren Ellis
Dessinateur : Garrie Gastonny
Traduction : Eric Betsch
Date de parution : avril 2018 Réédition
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 512
Titre en vo : Black Summer/No hero/Supergod
Première parution : 2009

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Des auteurs entre mainstream et expérimentation

Après avoir largement profité de la vogue « britannique » suite au succès d’Alan Moore, on peut dire que Warren Ellis a fait son trou. Après des débuts sur  Excalibur ou Marvel 2099, c’est comme auteur de Planetary, avec John Cassaday aux dessins, et de Transmetropolitan qu’il a conquis l’estime de ses pairs et la ferveur de ses fans.

Cela ne l’empêcha pas de continuer à travailler avec Marvel sur Generation X, X-Man ou X-Force. Pour Black Summer/No hero/Supergod, il s’associe à Juan José Ryp, un dessinateur peu connu en France, connu surtout pour avoir illustré il y a quelques années le scénario original de Frank Miller sur RoboCop. Son trait l’apparente à Frank Quitely, avec plus de testostérone.

 

Trois essais sur le super-héros

 

Black Summer raconte l’histoire de sept héros aux pouvoirs augmentés, sept armes qui combattent le crime dans la rue. Mais voilà il y a eu des morts et des blessés. Tom a perdu sa jambe et Laura, la femme qu’il aimait. Handicapé, il regarde les exploits de ses pairs de chez lui. Et un 6 juillet, il voit John Horus, son ancien coéquipier, annoncer en direct qu’il a tué le président des Etats-Unis et qu’il rend la liberté au peuple. La réaction des autorités est de vouloir éliminer les sept armes dont Tom…

No Hero se concentre plutôt sur un groupe de super-héros menés par Carrick Masterson. Ce dernier se sert d’une drogue, le FX7, pour fabriquer du super héros et ainsi influencer l’histoire. Sauf que lorsqu’il rencontre Joshua Carver, il est loin de se douter qu’il met le doigt dans un engrenage qui va le mener à sa perte, tellement il a accumulé d’ennemis.

Supergod nous montre comment l’humanité a bâti des super-héros pour la sauver. Seulement ceux-ci ont des manières bien à eux de le faire, s’ils en ont envie…

 

Des récits symptomatiques de la fin d’un genre

 

On a affaire ici en partie à la réédition en un seul volume de trois albums sortis en 2009-2010 chez Milady Graphics. On se doit d’abord de reconnaître le graphisme percutant de Juan José Ryp. Quant au scénario, on sent indéniablement l’influence de l’approche de Watchmen et c’est là finalement que le bât blesse. Dans le créneau de la déconstruction d’un mythe, que faire de mieux que Watchmen, surtout dans un médium de moins en moins lu aujourd’hui ?

Cet album va intéresser des fans trentenaires, voire quadragénaires, traumatisés par les comics d’autrefois trop gnangnan, bourre-pifs et tutti-quanti. Ils en oublient le pouvoir de fascination des Fantastic Four de Jack Kirby (et Stan Lee) ou du Batman animé par Neal Adams (ou Jim Aparo). Ellis a lu ses aînés mais a moins d’impact parce qu’ils ont publié avant lui (avec talent), parce qu’il y a sans doute trop d’effets sanguinolents et enfin parce que de moins en moins de gens lisent des comics, surtout les jeunes.

Ellis, par son approche, en est-il en partie responsable ? Non mais il est le symptôme de la phase terminale qui atteint un genre dont les créateurs sont trop occupés à déconstruire le cadavre ou à se regarder le nombril… 

Sylvain Bonnet