Camilla
( Succubes 1 )
de Laurent Paturaud et Thomas Mosdi
aux éditions Soleil ,
collection Secrets du Vatican
Genre : Historique

Scénariste : Thomas Mosdi
Dessinateur : Laurent Paturaud
Date de parution : avril 2009 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 50
Titre en vo :

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Quand Mosdi et Paturaud revisitent l’Histoire de France

Thomas Mosdi est scénariste de bandes dessinées depuis près de vingt ans. D’abord auteur de livres de jeux de rôles, il publie en 1991 le premier tome de L’Île des morts (en collaboration avec Guillaume Sorel). Il crée également avec Olivier Ledroit Xoco. Cela lui donne la réputation d’être un auteur d’histoires fantastiques noires. Il a en effet également créé d’autres séries à l’ambiance obscure, comme Korrigans ou Amnesia.

Laurent Paturaud est un illustrateur et coloriste de BD né en 1969. Passionné très tôt par le neuvième art, il suit une formation de graphiste publicitaire qui lui permet de travailler pour des journaux et magazines locaux. En 2001, il rencontre Thomas Mosdi. Il réalise alors les dessins de sa première série, Les Passants du Claire de Lune.

Derrière les grands hommes, il y a des femmes... mais pas forcément celles que l’on croit

1794. Paris. Maximilien Robespierre tient la France en son pouvoir et dans la terreur grâce à la loi du 22 prairial qui facilite l’arrestation et la condamnation de ses opposants. Mais le « tyran » est controversé. En ces temps troublés, où les luttes pour le pouvoir font rage, d’autres affrontements souterrains ont lieu.
Les Filles de Lilith, redoutablement charismatiques, d’une beauté envoûtante, manipulent en secret les figures de la Révolution, dont Robespierre. Mais une confrérie secrète d’hommes cherche à les démasquer et les empêcher d’agir.

Une bande dessinée pas révolutionnaire

La série Succubes est basée sur l’idée intéressante que les moments clefs de l’Histoire de France ont été enclenchés par une organisation secrète de femmes superbement charismatiques et manipulatrices, les Filles de Lilith, descendantes des prêtresses d’Isis de l’Égypte ancienne. Il est prévu que chaque tome de la série soit indépendant des autres, se déroulant à une époque différente mais mettant chaque fois en scène ces succubes.

Le premier tome de la série s’intitule Camilla, du nom de la Fille de Lilith qui manipule Maximilien de Robespierre, figure emblématique de la Révolution Française que tout le monde connaît. Très habilement, Thomas Mosdi s’appuie sur des faits réels, et notamment la Fête de l’Être Suprême du Champ de Mars qui aurait vu Robespierre inaugurer une statue pouvant représenter la déesse Isis, pour justifier le fait que ce personnage éminent ait pu être manipulé par les Filles de Lilith. Partant de là, tout se tient, et c’est là une qualité de Camilla.
Cela dit, cette bande dessinée ne révolutionne pas le genre : l’intrigue n’est pas spécialement originale avec sa lutte entre confréries masculine et féminine, ses trahisons et autres éléments fort courants dans ce type de récits.
De plus, les créateurs de la série échouent tout à fait dans leur hommage à la femme comme figure majeure de l’Histoire, c’est-à-dire l’idée que derrière les grands hommes, il y a des femmes qui les influencent. Malheureusement, dans Camilla, les femmes en question sont des créatures de rêve trop parfaites pour que le lecteur, à quelque moment que ce soit, s’imagine que le scénario de Mosdi soit crédible et que l’image de la Femme soit magnifiée. Ce n’est qu’une réécriture intéressante de l’Histoire, du moins dans ses détails car le scénariste ne s’est pas amusé à en changer le cours. Le lecteur trouvera surtout intérêt dans le récit d’un des passages majeurs de la Révolution Française.

Quand une bande dessinée met en scène des femmes superbes comme les Filles de Lilith, il est d’usage que ses dessins soient d’un grand réalisme. C’est donc Laurent Paturaud, dessinateur réaliste qui a été choisi pour mettre en images le scénario de Thomas Mosdi. Il faut reconnaître que l’artiste a un grand talent et a fourni un travail admirable, tant pour les dessins que pour les couleurs. Certes, le style est relativement ordinaire, mais convient parfaitement à une bande dessinée historique.
On reprochera seulement à Paturaud de ne disposer que d’une palette limitée de visages pour chaque sexe. Tous les personnages ont quasiment le même et on ne reconnaît les protagonistes que quand ils sont nommés ou grâce à leurs vêtements.

Camilla est une bande dessinée superbe, revisitant habilement la Révolution Française. Mais avec ses protagonistes sorties d’un numéro du magazine Playboy et une certaine superficialité dans le traitement des conséquences de leurs actions, elle reste une œuvre de pur divertissement.

Stéphane Gourjault

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