Carnages
( Bunker 4 )
de Nicola Genzianella et Christophe Bec
aux éditions Dupuis
Genre : SF

Scénariste : Christophe Bec
Dessinateur : Nicola Genzianella
Couleurs : Marie-Paule Alluard
Date de parution : février 2010 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 56
Titre en vo :

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La fin est proche...

La carrière de Christophe Bec commence en 1997, après des études en bande dessinée à Angoulême, avec la série Zéro absolu, dont il signe les dessins. Car avant de devenir scénariste, cet Aveyronnais né en 1969 a d’abord manié le crayon et le pinceau sur des projets comme Sanctuaire, Anna ou Princesse rouge. Depuis 2004, il se consacre toutefois principalement à l’écriture de scénarios et a imaginé de nombreuses séries, telles Carême, Pandemonium ou Ténèbres. C’est lui qui donnera à Stéphane Betbeder, avec qui il réalise le scénario de Bunker, sa première opportunité dans la bande dessinée. Hôtel particulier fera entrer cet autre diplômé des Beaux-Arts d’Angoulême au sein du monde professionnel du Neuvième Art. Suivront Alister Kayne, Le Journal d’Abercrombie Smith et, encore avec Bec, Deus...
C’est ce dernier qui a réalisé les dessins du premier tome de la série Bunker, avant de laisser sa place à Nicola Genzianella, dessinateur italien dont la carrière en France n’est qu’à ses débuts. Toutefois, il est assisté par Marie-Paule Alluard, qui met au service de ses planches son expérience de coloriste.

Aleksi Stassik face à son destin

Aleksi Stassik sait maintenant tout de son passé. Il lui reste à affronter son destin. Son retour à Point Zéro a débloqué le pouvoir enfermé dans son corps, mais il ne maîtrise pas encore la puissance qu’il détient. Pour apprendre à contrôler ses capacités surhumaines, il se rend dans les territoires Ieretiks, là où sont ses origines.
Pendant ce temps, le Delegat-Oficir Velikic fait tout pour le retrouver. Il rêve en effet de disposer d’un soldat auquel aucun obstacle ne saurait résister. Mais c’est sans compter sur les projets des Très-Haut, ainsi que d’autres forces incommensurables et mystérieuses...

Une conclusion qui approche à grands pas

Avec quatre tomes parus sur les cinq prévus, la série Bunker s’approche dangereusement de sa fin. Dangereusement, en effet, car la tension monte tout particulièrement dans Carnages, épisode au titre évocateur. Aleksi Stassik, qui a tout appris de ses origines dans le tome précédent, Réminiscences, doit maintenant affronter son destin, ainsi que le pouvoir enfermé dans son corps.

Il pense trouver la réponse chez les Ieretiks. L’occasion pour Bec et Betbeder, après nous avoir fait visiter la Demarkacia dans le tome 1, les Territoires du Sud dans le second volume et le Velikiistok dans l’album précédent, de nous faire découvrir la nation ennemie de celle de l’Imperator Borodine. Ce n’est malheureusement pas une grande réussite et le peu que l’on entrevoit de la civilisation ieretik est décevant. Alors qu’elle apparaît supérieure d’un point de vue technologique et semble détenir les clefs pour comprendre les événements décrits dans la BD, la nation des Ieretiks ne joue que le rôle de figurante. Mais peut-être le tome 5 nous donnera-t-il tort...

Malgré ce léger défaut, la visite du personnage principal au-delà de la frontière est l’occasion pour le lecteur, comme dans d’autres scènes de l’album, d’avoir des réponses aux questions qu’il se pose encore : l’identité des êtres étranges qui manipulent les destins, le « spectre » et la « torche humaine » ; le destin exact d’Aleksi Stassik...
Christophe Bec et Stéphane Betbeder assemblent les pièces de leur puzzle sans trop de détours, les premières planches de Carnages fournissant de larges explications sur les forces qui peuvent décider, dans l’ombre, de l’évolution de la planète tout entière. Les scénaristes de Bunker accélèrent dans ce quatrième tome la délivrance des secrets de leur récit, permettant au lecteur de comprendre le but de scènes des album précédents : l’expédition de Stassik et Iosef Ievthik dans le désert dans le tome 2, la façon dont ils ont échappé à la mort dans les Territoires du Sud, les motivations des Ieretiks à lancer une attaque suicide sur la Demarkacia dans l’épisode précédent, le rôle des hommes des cavernes et de leur gigantesque corne de brume, et cætera.

Mais le lecteur dispose-t-il à la fin de Carnages de toutes les pièces du puzzle ? Pas exactement, comme on le découvre dans la dernière planche de l’album. Les scénaristes ont encore quelques cartes dans leurs manches, nous promettant un dernier tome aussi passionnant que les précédents.

Un graphisme à la hauteur du scénario

Outre le scénario, ce sont avec les dessins que le lecteur prendra du plaisir à lire Carnages. Il ne faut pas se fier à l’illustration de couverture, qui comme celle du tome précédent est quelconque. Le travail de Nicola Genzianella, comme celui de Marie-Paule Alluard, est de très bonne qualité, ainsi qu’il l’a été pour les albums déjà parus.
Les personnages sont tout particulièrement réussis, tant dans leurs attitudes que les expressions de leurs visages. Les décors de palais, comme d’extérieur, sont sublimes. Une telle qualité fait regretter de ne pas voir le dessinateur italien travailler plus en France. Quant à la coloriste, Marie-Paule Alluard, elle confirme un talent qui est déjà reconnu depuis vingt-cinq ans.

Un tome confirmant la qualité de la série

Carnages est donc un album réussi. Que ceux qui hésitaient à aborder la série Bunker s’y lancent sans crainte. Les autres, qui ont suivi la série depuis le début, ne seront pas déçus. Ils remarqueront que Christophe Bec y aborde des thèmes qui lui sont chers : entités supérieures (extraterrestres ou divines) qui manipulent les destins des hommes (comme dans Prométhée par exemple), personnage solitaire confronté à des événements extraordinaires (voir Rédemption aussi), et cætera. Associé à Stéphane Betbeder, il offre une histoire d’une qualité toute particulière, dont nous attendrons avec impatience la conclusion dans Le Mal des montagnes.

Stéphane Gourjault

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