CoCyclics : bêta-lecture et conseils d’écriture - avril 2016

aux éditions
Genre : Fantasy
Sous-genres :
  • Ecriture

Date de parution : avril 2016 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
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Chaque mois, CoCyclics propose sur ActuSF différents éclairages autour de l’activité d’auteur - publié ou non. CoCyclics est un collectif ouvert à tous, notamment fréquenté par des écrivains de SFFF découverts ces dernières années. On y pratique la bêta-lecture, on y partage des conseils d’écriture et on y échange sur les sujets touchant à l’édition et à l’Imaginaire. Plus d’infos https://tremplinsdelimaginaire.com/...

 Bonjour à tous !
 
Aujourd’hui, nous allons parler de technique d’écriture et, plus précisément, de ces personnages parfois négligés et pourtant si importants : les personnages antagonistes. Il n’existe bien sûr aucune méthode toute faite pour les créer. En revanche, on peut toujours glaner des conseils ici ou là qui peuvent faire réfléchir et donner de l’inspiration. A chaque auteur d’estimer si ces points de vue personnels, toujours discutables, peuvent lui être utiles ou non.
 
Nous avons donc traduit très librement (soyez indulgents, nous ne sommes pas des traducteurs de métier) un article d’Emily Wentsrom, figurant sur le site communautaire "The Write Practice", avec son aimable autorisation. Certes, il existe une infinité de personnages ennemis ou opposants, certains sympathiques et d’autres non. Il s’agit ici de conseils pour réussir des adversaires un peu particuliers : les "grands méchants", ces personnages puissants et cruels qui jouent un rôle central dans l’intrigue.
 
9 choses que j’ai apprises sur les « grands méchants » lors de l’écriture de mon premier roman
 
par Emily Wenstrom
 
Un héros n’en est pas un, sans un obstacle qui se dresse devant lui. C’est là où les « grands méchants » entrent en jeu.
 
Nous aimons les haïr, mais ces personnages remplissent un rôle essentiel dans l’anatomie d’une histoire : ils sont le « Yin » de votre protagoniste « Yang ». Peut-être cela révèle-t-il quelque chose d’inavouable dans ma personnalité, mais créer de « grands méchants » est l’une des choses que je préfère dans l’écriture.
 
En écrivant mon premier roman, j’ai appris beaucoup de choses sur ce qui fait qu’un personnage d’adversaire cruel fonctionne, et sur ce qui peut le rendre bancal. Et aujourd’hui, je souhaite partager ce que j’ai appris. Voici donc neuf choses que j’ai comprises à ce sujet :
 
1. Les « grands méchants » pensent que ce sont eux, les héros
 
Peu importe à quel point ils sont terrifiants ou torturés, il y a toujours une raison qui explique leurs actes. Chaque personnage a besoin de ses propres codes moraux, et c’est particulièrement vrai pour votre méchant.
 
Prenons le cas [Note des traducteurs : ATTENTION, si vous n’avez pas vu le film Gone girl ou la BD/le film Watchmen, ne lisez pas ce qui suit] du très froid et très rationnel Ozymandias dans Watchmen, ou celui d’Amy dans Gone Girl. Même le Joker possède son propre but interne, qui est de créer autant de chaos que possible.
 
Bien sûr, ces codes moraux sont, au mieux, extrêmement contestables, mais chacun de ces personnages se bat pour quelque chose auquel il croit.
 
 
2. Les « grands méchants » ont besoin de leur propre arc narratif
 
Il est tentant de sortir du placard votre adversaire à chaque fois que vous avez besoin de lui dans l’histoire pour faire face à votre héros. Mais même quand votre méchant est hors de votre vue, son histoire à lui suit son cours de son côté. Il est nécessaire d’en tenir compte.
 
3. N’y allez pas avec vos gros sabots
 
Ce que j’entends par là, c’est d’éviter les explications "clichés".
 
Vous n’avez pas besoin de marteler la tête de vos lecteurs pour leur faire remarquer le caractère malfaisant de votre « grand méchant ». Ses actes, et la façon dont les autres personnages y réagissent, doivent parler d’eux-mêmes.
 
4. S’ils sont ignobles, alors faites-les vraiment ignobles
 
Puisque les actes de vos antagonistes doivent parler d’eux-mêmes, faites en sorte qu’ils soient vraiment horribles. 
 
Allez-y à fond ou bien laissez tomber. Faites que votre « grand méchant » soit digne de la haine que vos lecteurs éprouveront pour lui.
 
5. Donnez-leur des motivations qui leur sont propres
 
Votre méchant n’est pas là juste pour faire obstacle à votre héros. Tout aussi important que leur arc narratif et leur code moral, les méchants ont besoin d’avoir leur propre but au sein de l’histoire. Ce qui signifie qu’il faut leur donner leurs propres motivations.
 
Il y a une raison pour laquelle votre « grand méchant » s’oppose à votre héros : quelle est-elle ?
 
6. En faire une affaire personnelle
 
Comme tout le reste dans votre histoire, votre opposant doit représenter un défi personnel pour votre protagoniste. Il n’a pas à être nécessairement direct, mais il faut qu’il soit significatif.
 
Par exemple, dans The Hunger Games, le « grand méchant » est le président Snow. Ses actes atteignent personnellement Katniss, car ils mettent sa vie en danger – pourtant, le président Snow est à peine présent dans le premier livre, parce que son rôle est en grande partie joué loin des regards.
 
 
7. En faire quelque chose d’épique
 
Parce que dans une histoire, il y a plusieurs couches. L’environnement personnel de votre héros est d’une importance cruciale, mais c’est aussi le cas de l’histoire de votre univers tout entier. Votre méchant doit avoir un impact sur cet univers, aussi.
 
Il faut quelque chose de sérieux dans la balance, quelque chose d’énorme. Si ce n’est pas le déjà cas, réfléchissez attentivement aux enjeux de votre histoire.
 
8. Sachez susciter de la compassion pour vos méchants
 
En tant qu’auteur, il est de votre responsabilité de comprendre et d’éprouver de l’empathie pour chacun de vos personnages, même si vous n’êtes pas d’accord avec eux. Si vous n’y arrivez pas pour l’un d’entre eux, alors prenez ça comme une alerte rouge : c’est sans doute que ce personnage ne fonctionne pas.
 
N’ayez pas peur non plus de faire en sorte que vos lecteurs s’attachent à votre méchant ou compatissent à son sort. Dans certains cas, cela peut conduire à de meilleures histoires, plus complexes.
 
9. Ne truquez pas le jeu
 
Evidemment (et en général), nous voulons voir nos héros triompher. Mais comme nous y sommes tous habitués, cette certitude peut parfois peser sur le déroulement de l’intrigue et donner l’impression que les dés sont pipés pour avantager le héros. Ne pensez pas que vos lecteurs ne le remarqueront pas.
 
Dans ces cas-là, les lecteurs sont confortés dans l’idée que votre héros triomphera, qu’il gagnera toutes les batailles, ce qui ruine toute la tension et le plaisir qu’on pourrait tirer de votre histoire.
 
Alors faites en sorte que votre héros doive se battre avec acharnement à chaque étape de l’histoire, en créant un opposant qui sera toujours au coude-à-coude avec lui.
 
 
Votre « méchant » est important
 
"L’antagoniste de votre histoire compte tout autant que votre héros."
 
Si votre héros est le piquet de tente qui fait tenir votre histoire debout, son adversaire est l’attache qui la gardera en place.
 
Alors donnez à ces méchants l’attention qu’ils méritent, en réfléchissant bien à leur rôle, de sorte qu’ils soient des personnages à part entière, avec des choses qu’ils aiment, d’autres qu’ils détestent, et une histoire qui leur est propre. Accordez-leur toute votre compréhension, afin qu’ils aient leur propre code moral et qu’ils suscitent un peu de sympathie. Et imprégnez-les d’une généreuse dose de malveillance, juste pour le plaisir.
 
A bientôt pour une nouvelle chronique made in CoCyclics !