Dans le corps de l’Autre

aux éditions
Genre : Anticipation
Sous-genres :
  • SF

Date de parution : décembre 2017 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage :
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Alors que Arte vient de sortir Transferts, sa nouvelle création originale, retour sur... les transferts de corps et d’esprits les plus intéressants de la fiction d’imaginaire, qu’ils soient cinématographiques, littéraires ou télévisés.

Littérature :

Tout d’abord, explorons les pages de livres qui sont déjà en eux-mêmes les transferts de l’imaginaire de l’auteur vers le lecteur.

Comment ne pas citer le grand maître de l’horreur cosmique, j’ai nommé H.P Lovecraft ? Avec sa longue nouvelle, Dans l’abîme du temps, il évoque l’étrange mésaventure de Nathaniel Wingate Peaslee, professeur d’économie à la Miskatonic University d’Arkham. Victime d’une absence pendant un de ses cours, il ne revient à lui que cinq ans plus tard, victime d’amnésie concernant cette période. Petit à petit, il découvrira que son esprit a été échangé avec celui d’un représentant d’une mystérieuse race extra-terrestre avancée. Sommet tardif (c’est le dernier texte publié du vivant de son auteur, en 1936) il montre toute la science de Lovecraft dans l’élaboration d’une inquiétante étrangeté et sa capacité à créer un vertige métaphysique prenant. À noter que le texte a récemment bénéficié d’une nouvelle traduction de François Bon (chez poche chez Points), donc pas d’excuses pour ne pas la lire ! Dans un registre plus horrifique, son terrible Monstre sur le seuil (1933) est aussi un bel exercice d’horreur intimiste, glaçant dans dénouement.

Anne Rice s’est également penchée sur la question dans Le Voleur de Corps (Pocket, traduction de Jean Rosenthal), quatrième volume de ses Chroniques des Vampires. Lestat en a marre de son existence immortelle. Confronté à la mort de son unique ami humain, il envisage le suicide. Il s’expose à la lumière du jour, sans autre succès qu’une douleur intense. Il fait alors la rencontre d’un homme étrange, Raglan James, prétendant répondre à sa requête. Ce dernier est en effet capable de pratiquer un échange de corps, qui ne serait que temporaire, le temps pour le vampire de prendre une décision après avoir expérimenté les vicissitudes de l’existence des simples mortels. Lestat accepte mais regrettera vite l’expérience lorsqu’il se rendra compte qu’il est victime... du vol de son propre corps. Avec son écriture sensible et son sens du drame, la reine de la nuit de la Louisiane nous offre une intrigue en forme de conte existentiel prenant.

 Et pour finir, sachez que le talentueux Timothé Rey a pour sa part livré une belle histoire de transfert d’esprit dans un arbre, baptisée Les arbres sont des gens comme les autres, pour l’anthologie officielle des Utopiales 2017. Dans un futur lointain, la forêt de Brocéliande est revitalisée par l’implantation de systèmes nerveux humains dans les arbres qui la peuplent (l’expression est don à prendre au premier degré cette fois). Cette fois, l’altérité est des plus forte, puisque la transition s’opère vers une toute autre branche du vivant, un végétal... Une curiosité à découvrir donc. 

Cinéma :

Quoi de plus cinématographique qu’un visage ? porteur de toute la complexité d’un personnage et plus bel outil de travail d’un comédien. Les deux films dont nous allons parler évoquent donc le visage et leur altérabilité. 

Volte/Face tout d’abord, fil de John Woo sorti 1997. Castor Troy (Nicolas Cage) et son frère Pollux sont de dangereux terroristes que rien en semble arrêter, il est la Némésis de Sean Archer (John Travolta), un agent du FBI. Ce dernier survit à une tentative d’assassinat orchestrée par Troy qui aura néanmoins raison de la vie de son fils, Michael. Dès lors, fou de douleur, Sean Archer accepte de participer à une opération de transplantation de visage pour ’’devenir’’ Troy et ainsi mettre fin aux agissements de Pollux. Évidemment, l’opération tourne mal et Castor s’approprie le visage de Sean... Le jeu de dupes peut alors commencer. Film d’action habile et diablement intelligent, il fait montre de toute la démesure opératique de son génial metteur en scène hongkongais, qui réussit enfin son aventure américaine. Une pépite.

Remontons le temps à présent avec le redoutable thriller Opération Terreur. Film de John Frankenheimer sorti en 1966, il nous raconte la terrible histoire d’Arthur Hamilton (Rock Hudson) qui se voit offrir la possibilité de changer de vie grâce à une opération secrète et surtout l’utilisation d’un cadavre pour simuler sa mort. Sans le savoir, il va entrer dans un engrenage où l’absurde le dispute à l’inquiétant... Véritable chef-d’oeuvre d’ironie macabre que ne renierait pas Hitchcock, il nous met dans le bain dans le générique de début (orchestré par le génial Saul Bass) et nous hante après le visionnage tant son dénouement et son déroulé paranoïaque nous questionnent sur l’identité et la façon dont une société peut la broyer ou la monnayer.

Séries télé :

La télévision n’est pas non plus avare en substitution d’esprits et autres échanges de corps. Certaines séries en font le point central d’un épisode. C’est par exemple le cas du génial et double Zone 51 de la sixième saison de X Files qui voyait Mulder prendre les oripeaux d’un agent du gouvernement incompétent et lourdaud (et vice-versa). Mais d’autres en font le cœur de leur propos, en voici deux exemples.

Code Quantum, tout d’abord. Crée par Donald P. Belisario en 1989, elle connaîtra cinq saison. Elle nous raconte l’histoire du docteur Samuel Beckett (Scott Bakula) physicien de génie, qui, à la suite d’une expérience qui a mal tourné se retrouve obligé de errer d’époque en époque, de corps en corps pour réparer les erreurs dans la vie de gens du commun (ce qui ne l’empêchera pas de côtoyer quelques personnages historiques). Accompagné, sous la forme d’un hologramme, d’Al Calavicci (Dean Stcokwell), un de ses collègues, il s’efforce de rejoindre son époque et son corps durant 94 épisodes. Touchante et originale, la série remporta un franc succès et devint vite culte. La rumeur évoque d’ailleurs un futur film...

Sense8 quant à elle nous parle du lien mystérieux qui unit huit personnes à travers le monde. Capables d’intervenir chacun dans leurs vies respectives. Mais ils ne sont pas seuls dans ce cas et attirent l’attention d’une redoutable organisation secrète... Crée par les sœurs Wachowski, la série Netflix la plus chère et aussi la plus folle nous permet de nous immerger en plein cœur de cette altérite si fascinante. Avec beaucoup d’élégance et d’intelligence, les Wachowski nous offrent une réflexion humaniste sur l’Autre et nous-même.

Sacha Lopez