Dark Museum - Tome 2 : Le Cri
( Dark Museum 2 )
de Luc Brahy et Alcante
aux éditions Delcourt ,
collection Machination
Genre : Fantastique
Sous-genres :
  • Etrange

Scénariste : Alcante
Dessinateur : Luc Brahy
Couleurs : Delphine Rieu
Date de parution : septembre 2017 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 58
Titre en vo :
Cycle en vo : Dark Museum

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Copenhague, 1890, Edvard Munch est interné à la suite du décès de son père. Pourtant il semble bien que le mal qui ronge l’artiste est bien plus profond... Dark Museum imagine une intrigue à partir de son tableau le plus célèbre.

Alcante, de son vrai nom, Didier Swysen est né en 1970 en Belgique. Il est passionné de BD depuis l’enfance, apprend à lire avec Papyrus de Lucien De Gieter. Sa passion pour les scénarios lui a été transmise par son professeur de Français Kira Rahir avec qui il développe son envie d’écrire. Après des études de sciences économiques, un poste de chercheur à l’Université d’Anvers et un poste de conseiller dans une grande entreprise et au cabinet d’un Vice-Premier Ministre, il débute lentement en tant que scénariste. En 1995 il remporte un concours de scénario supervisé par Raoul Cauvin et voit ainsi sa première planche publiée dans le magazine Spirou. Ses histoires seront ainsi régulièrement publiées dans le magazine à partir de 2002. C’est à partir de ce moment qu’il adopte le pseudonyme Alcante, contraction des prénoms de ses enfants, Alexandre et Quentin. En 2005 parait sa première série Pandora Box (Dupuis). Il enchaîne sur d’autres projets comme Interpol, Ars Magna, Les Gardiens des Enfers. En 2011 il se fait remarquer par son Idole Jean Van Hamme et réalise un album de XIII - Mystery (Dargaud).

Gihef est né en 1974 en Belgique, le même jour que Quentin Tarantino à 10 ans près. Il s’intéresse très vite au dessin et à la narration par l’image. Après une brève et infructueuse tentative de monter un groupe de rock il décide de se consacrer principalement à la BD. Sa carrière de dessinateur débute avec R.I.P Limited (Nucléa²). Il collabore ensuite avec Joël Callède pour Enchaînés (Vents d’Ouest) et Haute Sécurité (Dupuis). En 2009 il se tourne vers le scénario avec Mister Hollywood, Renaud, et Skipper (Dupuis).

Luc Brahy est né en 1964 à Istres. Il commence dans la publicité et le dessin de presse avant de rencontrer Franck Giroud qui lui permettra de publier son premier album en 1993, Zoltan (Vents d’Ouest). En 2003 il collabore avec Corbeyran pour Imago Mundi (2003) et Climax (2008) chez Dargaud. Il participe au collectif Mafia & Co. et entame la série Le Temps des Cités (12bis). En 2010 il collabore de nouveau avec Franck Giroud pour Les Champs d’Azur (Glénat) et continue les collaboration. Il rejoint ainsi Delcourt avec une série concept Complots.

Une série concept sur des tableaux emblématiques

Le Cri succède au premier tome de la série consacré à l’oeuvre on ne peut plus célèbre de Grant Wood American Gothic. La série Dark Museum a pour principe d’imaginer une histoire fictive autour d’un tableau. Dans le premier tome les personnages du tableau étaient les acteurs mêmes de l’intrigue, dans celui du Cri, la trame tourne autour du tableau et son créateur, Edvard Munch.

L’histoire commence à Copenhague en 1890, le peintre qu’on sait fragile mentalement, est interné dans la plus grande discrétion dans une clinique suite au décès de son père. On sait que le peintre a eu un parcours jonché par les décès des membres de sa famille, les scénaristes se servent donc d’une part de vérité pour construire leur histoire.

Edvard Munch a en sa possession un étrange tableau Le Cri, il l’obsède et ne veut s’en séparer sous aucun prétexte. Une amie, Marie Marne vient lui rendre visite pour rendre compte de son état de santé. S’en suit alors un périple sur fond de psychanalyse qui les emmèneront jusqu’en Indonésie pour tenter de soigner le mal qui ronge l’artiste.

L’idée est bonne mais...

Oui cette œuvre méritait bien une fiction, tant elle a fait parler d’elle et il y a fort à parier qu’elle continuera de le faire. Ce cri silencieux qui nous glace d’effroi, suscite en chacun un malaise unique, personnel. Le choix était judicieux, parce qu’il y avait de quoi s’amuser et se laisser aller à un peu de fantaisie pour pondre une histoire sympathique. Le problème de cette BD, c’est probablement que j’en savais trop sur l’œuvre et son histoire pour pouvoir l’apprécier et faire abstraction des quelques coquilles qui ne peuvent être éludées par l’œil expert qu’est le mien. J’adore Munch, j’ai vu Le Cri à Oslo je connais la vie du peintre, et ce qui me pose problème, c’est la pseudo fiction sur fond de vérité historique. A mon humble avis, c’est là la grande erreur de cette histoire.

Copenhague 1890, on nous voit venir, l’époque de ce cher Tonton Freud, l’occasion de se laisser entraîner dans ces théories fumeuses psychanalytiques pour écrire une histoire qui se veut "dans son époque". Admettons. Le professeur Fröst n’est pas crédible, ils nous assène sa science bonne comme une fiche Wikipedia et j’y crois moyennement. Si encore ça n’était que ça...

Pourquoi, mais pourquoi on s’est entêté à nous écrire "Münch" durant tout le long de l’histoire ? Est-ce une petite manie de la part des scénaristes ? Une coquille de lettrage qui n’a pas été remarquée en relecture ? J’ai essayé d’y faire abstraction mais croyez-le, ça a a été bien difficile, ils auraient mieux fait de l’appeler par son prénom, ça m’aurait évité de pester à chaque fois que je le lisais. Non, soyons clair, en norvégien il n’y a pas de trémas, et il n’y en aura jamais !

Bon, et si je décidais de dire quelque chose de positif ? Tout n’est pas perdu. J’ai trouvé intéressant le fait d’intégrer le tableau au sein même de l’intrigue. L’homme et son œuvre (même si Le Cri n’avait pas encore été peint à cette époque, seulement des croquis préparatoires, qu’on voit d’ailleurs dans la BD). Edvard sombrant en plein délire à la suite du décès de son père. Qui ne finirait pas marteau ? La suite veut qu’on décide de soigner ce cher Edvard en retournant aux racines mêmes de ce traumatisme, et c’est en Indonésie que ça se trouve, aux abords d’un volcan aux cendres qui ont des pouvoirs plus ou moins louches. J’aime bien cette idée. La possession par un être supérieur, tentative d’exorcisme, exotisme. C’était toujours mieux que la psychanalyse. Une fois sortis de la clinique (aux allures de prison du Silence des agneaux, sympa), on part direction Batavia (ex nom de Jakarta, tiens, maintenant que j’y pense, l’ancien nom d’Oslo, c’était Christiania jusqu’en 1924, c’est bête de l’avoir zappé ceci étant dit en passant). L’action commence vraiment à ce moment. Nos amis partent en quête d’un volcan qui pourrait guérir les troubles de ce cher Edvard. La suite se veut plus confuse, de la baston, de la baston, et... un peu de mystique, et de la baston. 

Bon, faut au moins reconnaître une chose, si le scénario reste un poil faiblard et prévisible, j’ai beaucoup aimé les dessins de Luc Brahy sublimés par la coloriste Delphine Rieu, rendant un parfait hommage au tableau. Dans une ambiance sombre, glauque et angoissante. Edvard nous file les jetons, on a autant peur que lui de tomber dans ce maudit volcan, et pour une fois, la couverture n’est pas mensongère puisque c’est aussi beau à l’intérieur. Ouf !

Moralité, même si mon avis sur cette BD reste mitigé, ça ne veut pas dire que l’ensemble est à jeter. Il me semble que la base reste les scénaristes qui seront présents tout du long, il n’y a que l’illustration qui change d’un album à un autre. Chaque tome se veut comme étant une histoire unique et indépendante. Le premier tome sur American Gothic était probablement tout autre peut-être meilleur ou moins bon, ça m’intrigue maintenant que j’y pense. Pour info, les prochains tomes seront L’Angélus de Millet et La leçon d’Anatomie du docteur Tulp de Rembrandt. A voir donc.

Salomé Lelièvre