Elantris
( Elantris 2 )
de Brandon Sanderson
aux éditions Calmann-Lévy ,
collection Orbit
Genre : Fantasy

Auteurs : Brandon Sanderson
Couverture : Alain Brion
Traduction : Pierre-Paul Durastanti
Date de parution : octobre 2009 Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 336
Titre en vo : Elantris
Parution en vo : 2005

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C’est confirmé : Elantris est l’un des roman à lire en 2009.

Récapitulons...

Une petite piqûre de rappel : Elantris était une cité autrefois florissante et luminescente ; au gré de ses artères ondoyaient ses habitants, investis de pouvoirs magiques qui les érigeaient au rang de presque-Dieux, depuis que le Shaod, mutation d’essence mystique, les avait touchés. Mais, pour une cause inconnue, le Shaod s’est perverti ; la cité s’est flétrie, couverte de fange et de champignons pourrissants. Les habitants ont perdu tout pouvoir, leur peau désormais grise s’est moirée de taches sombres, constituant une enveloppe corporelle adéquate à leur état de mort physiologique. La bénédiction s’est muée en malédiction, et Elantris n’est plus qu’une ruine décatie parcourue par des simili-zombies souffreteux. Et le Shaod continue de frapper quotidiennement, à l’aveuglette, les disgraciés qui seront évacués vers la cité.

C’est dans ce décor peut reluisant que Raoden, fils du roi touché par le Shaod, est envoyé. Doué d’une forte compassion et de qualités de meneur, il va tenter de fédérer la population elantrienne afin de la ramener vers une forme de civilisation, et de perçer les mystères de la dépravation du Shaod.

Sarène, promise de l’héritier, est dépêchée en Arélon pour apprendre son veuvage prématuré, Raoden étant présenté comme mort. Mais la princesse, en politicienne aguerrie, sent l’entourloupe. Elle va tenter de lever le voile sur le mystère du sort de son mari, d’acquérir une position forte au sein de la caste aristocratique, de réhabiliter Elantris en convainquant le peuple de l’humanité de ses habitants, et de prévenir l’expansionnisme fjordel en Arélon. En effet, le gyorn Hraten, Nordique aux atours d’inquisiteur, a été dépêché par son commanditaire, Wyrn, la soutane-en-chef fjordel, en ce pays en vue de convertir sa population à la religion déréthie, étape essentielle afin d’asseoir une domination.

Voici, sommairement, où l’on en était resté à l’issue d’un prometteur premier volume. Alors, que nous réserve ce second tome ?

Un second tome qui concrétise nos attentes...

Sarène est autorisée à ravitailler Elantris en victuailles, et ce une fois par jour. Elle y rencontre un certain Messire Esprit – qui n’est autre que Raoden –, vraisemblablement maître de la cité, auquel elle s’attache plus qu’elle ne veut l’admettre. Raoden, poursuivant ses recherches, découvre que l’état d’Elantris et de ses habitants, serait lié à un processus de mutation interrompu ; comme si le corps était captif d’un moment, que l’esprit ne ressentait plus le passage du temps… De son côté, Hraten ourdit en secret ses plans machiavéliques, mais rencontre en Sarène une adversaire forcenée et aussi rusée que lui. Les rebondissements s’enchaînent, plongeant le pays dans le chaos politique…

Qu’est ce qu’Elantris, au final ?

Un de ces livres qui se lisent vite, qui se lisent bien, ponctués de rebondissements et cliffhangers plus ou moins prévisibles, et plus encore, qui témoignent d’un monde et de personnages pensés, construits. Le premier tome nous laissait miroiter une œuvre de qualité ; Je suis heureux de constater que l’édifice ne s’est pas écroulé… Ce second tome nous projette dans un Arélon désormais en proie au trouble. Le pays est en crise, faisant écho à des personnages – Sarène et Raoden – poussés à bout, flanchant sous le poids de responsabilités devenues trop lourdes. Trois personnages poussés dans leurs derniers retranchements au sein d’un royaume en pleine délitescence.

Un background intéressant et des personnages fouillés.

Arélon est plus qu’un simple canevas sur lequel Sanderson peint son tableau elantrien. Le background politique est suffisamment développé pour accrocher le lecteur, et se révèle globalement intelligent. De même, les personnages, tous soumis à d’intenses difficultés liées aux rôles qu’ils doivent assumer respectivement, mais également d’ordre personnel – pour Raoden, la souffrance physique, pour Sarène, la solitude, pour Hraten, le doute constant au sujet de sa foi et ses motivations –, gagnent en complexité. Complexité qui se retrouve dans les relations qu’entretiennent les personnages entre eux.

La construction se révèle un peu plus bancale et inégale que celle du premier tome. Hraten, personnage clé du bouquin, se voit accorder un traitement beaucoup trop maigre dans la première moitié du roman, qui heureusement s’enrichit conséquemment par la suite, concrétisant globalement mes attentes. Car il conserve toute sa dualité, et les interrogations qui le minent au sujet de sa foi et du bien fondé de sa mission – en plus de nouvelles révélations sur son rôle et sa sujétion à des évènements qui le dépassent – font de lui ce fameux méchant-en-définitive-pas-si-méchant, en somme, le type de gars que l’on aime bien en raison de l’inanité d’un regard manichéen posé sur lui. Un vrai bon personnage, en définitive.

L’un des bouquins à lire en... ah zut, 2009 est finie... mais à lire quand même !

Sanderson fait également preuve d’un certain sens du détail, qui s’étiole malheureusement en fin de roman. Fin sur laquelle je dois émettre quelques réserves, car elle sacrifie quelque peu le réalisme sur l’autel du grand spectacle. Une fin toute en action, en rebondissements, très visuelle (trop visuelle, même), qui contraste de fait avec le reste du bouquin. Les images sont belles, au moins, ce n’est pas le problème, mais elles ne passent pas haut la main l’épreuve de la vraisemblance, la faute à quelques détails qui font tiquer.

Finalement, qu’en retiendra-t-on ?

Non, pardon M. Card, je le répète, mais Elantris n’est vraisemblablement pas le meilleur roman de fantasy de ces dernières années. Reste, indubitablement, au milieu d’une vaste production estampillée fantasy, l’un des ouvrages à lire de l’année 2009.

Raphaël Gazel

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