de Richard Guérineau et Eric Corbeyran
aux éditions Delcourt
Sous-genres :
- Thriller
Scénariste :
Eric Corbeyran
Dessinateur :
Richard Guérineau
Couleurs :
Ruby
Date de parution : avril 2002
Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 48
Titre en vo : 1
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Dans la lignée des tomes précédents
Corbeyran
est un scénariste très en vogue depuis un moment. Il a travaillé
avec de nombreux dessinateurs au style très différent de La Digue
avec Alfred au Fond du monde avec Falque en passant par Le
Régulateur, récemment paru, avec Moréno.
Il sait choisir les gens avec lesquels il collabore et s’adapter à leur
dessin. Cependant, l’univers qu’il a créé avec Le Chant des Stryges
a révélé son talent de scénariste de thriller. Il
a saisi la manière de créer de la tension en distillant les informations
petit à petit. Il sait donner ce qu’il faut au lecteur pour à la
fois ne pas le frustrer et exciter sa curiosité. Se sont greffées
à ce monde deux nouvelles séries dont il est l’auteur, Le
Maître de Jeu où l’intrigue débute sur un jeu de rôles
en grandeur nature et Le Clan des Chimères
dont l’action se déroule au Moyen-Age.
Guérineau est surtout
connu pour la série Le Chant des Stryges, qui est sa seule BD majeure.
Sa rencontre avec Corbeyran date de 1991. Ils collaborent alors sur L’As de
Pique, paru dans un premier temps chez Dargaud puis réédité
en intégrale chez Delcourt. C’est toujours avec le même scénariste
qu’il participe au collectif Paroles de Taulards qui a obtenu le prix Tournesol
à Angoulême en 2000. Son dessin s’adapte parfaitement au thriller
qu’est Le Chant des Stryges. Aimant les gros plans et les plans américains
serrés, son découpage est très cinématographique surtout
dans ce dernier album où il semble s’inspirer des films de guerre américains.
Leur collaboration fait de ce sixième opus, qui clôt le premier cycle,
une histoire très bien ficelée, très structurée où
l’on peut suivre aisément les différentes intrigues qui se nouent
en parallèle.
Un étrange inconnu
La première
planche qui ouvre ce dernier album met en scène le Président des
Etats-Unis attendant, de nuit, quelqu’un ou quelque chose dont on ne connaîtra
l’identité que dans la dernière planche. On retrouvera ensuite Nivek
et l’Ombre à l’endroit même où ils se sont rencontrés
la première fois. Depuis leurs relations ont quelque peu évolué
et Nelly ne semble plus vraiment apprécier de tenir la chandelle. En outre,
durant la séance d’invocation d’une stryge, un message a été
délivré. Après décodage par l’armée, un endroit
a été localisé en plein cœur de la forêt amazonienne.
Nivek, Graham et Josh s’y rendent en compagnie de quelques soldats pendant que
l’Ombre, suivant les ordres de " niveau 3 ", participe à un bal
costumé durant lequel elle doit rencontrer le très mystérieux
Sandor Welmtman. Au bout de cet album une grande révélation sera
faite. Mais loin d’être un soulagement, c’est une batterie de questions
qui sont alors soulevées, sans compter toutes celles qui sont loin d’être
encore résolues.
Dénouement surprenant
Toujours dans la lignée des précédents, cet album en révèle
moins que ce qu’il laisse paraître dans un premier temps même si bien
évidemment on est " bluffé " par la fin. C’est tout l’art
de nos deux compères de savoir gérer leur effet d’attente. L’art
du suspens n’a plus aucun secret pour Corbeyran qui a un plaisir presque sadique
à faire languir son lecteur mais pour le plus grand plaisir de celui-ci.
En effet, contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’y a pas de
longueurs et toutes les scènes servent l’intrigue. Le grand événement
de ce volume, c’est la plus grande présence des Stryges. Ces créatures
qui ne se donnent à voir que rarement (trop rarement ?) se laissent admirer
plus longtemps dans cet album au nom annonciateur d’" Existences".
Esthétiquement parlant, on est loin de la Stryge représentée
dans la gravure qui illustre le conte de Charles Nodier, Smarra ou les Démons
de la nuit, dans l’édition de 1846 de ses Contes et qui est reprise
sur la page de garde du Chant des Stryges. Les Stryges de Guérineau
semblent moins sorties d’une vision cauchemardesque que d’un autre temps, un temps
plus ancien que celui de l’Humanité où leurs formes harmonieuses
et leurs grandes ailes noires étaient les canons de la beauté. Et
leur chant est aussi beau que les Sirènes de l’Antiquité auxquelles
elles ressemblent morphologiquement, mais est-il aussi dangereux ?








