Flashback
de Dan Simmons
aux éditions
Genre : SF

Auteurs : Dan Simmons
Traduction : Patrick Dusoulier
Date de parution : mai 2012 Inédit
Langue d'origine : Anglais US
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 528
Titre en vo :

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Un polar futuriste de Dan Simmons à l’idéologie nauséabonde ?

Dan Simmons est depuis Hypérion un géant de la science-fiction mondiale. La liste de ses succès et de ses romans marquants est longue, que ce soit en SF donc mais aussi en fantastique, en polar et en thriller... On citera Les Fils des ténèbres, Le Chant de Kali, Les Chiens de l’hiver, Terreur ou plus récemment l’excellent Drood qui nous emmenait sur les traces de Charles Dickens. Un géant donc mais dont la réputation va prendre un sérieux coup dans l’aile avec Flashback...
 
Nick, ancien flic à la dérive
 
Depuis la mort de sa femme, Nick est à la dérive. Il passe son temps à prendre du flashback, une drogue qui lui permet de revivre ses meilleurs souvenirs. Peu à peu il se referme sur lui-même, oubliant ses amis, ses anciens collègues et son fils qui vit loin avec son grand-père.
 
Tout change quand un richissime homme d’affaire japonais lui demande de réactiver l’enquête sur la mort de son propre fils, tué par un mystérieux meurtrier six ans plus tôt à une époque où la femme de Nick était toujours vivante.
 
Flanqué du chef de la sécurité de son commanditaire, Nick va devoir se reprendre en main, avec au bout de l’affaire l’espoir de se payer assez de drogue pour retrouver son grand amour encore et encore pendant des années.
 
Un polar classique et bien mené mais un background qui gratte...
 
Au premier abord, tous les éléments sont réunis pour avoir un bon polar futuriste classique. Le Flashback remplace ici les bouteilles d’alcool que des détectives des années 50 ou 60 s’enfilaient pendant leurs enquêtes, pour oublier un sombre passé et leur déchéance. Rien de bien nouveau sous le soleil si ce n’est que cette nouvelle drogue lui fait revivre ses moments de bonheurs avec sa femme, renforçant la cruauté de sa perte. Il n’a avec le Flashback aucune chance de refaire sa vie, restant coincé dans son histoire d’amour. Bref, c’est encore plus noir que ce que nous connaissions dans ce type d’histoire.
 
De ce point de vue, le roman est efficace. Le duo entre Nick et le taciturne japonais qui l’accompagne fonctionne plutôt pas mal, avec un peu d’humour et surtout beaucoup d’action, d’interrogatoires, de déductions et de coups bas.
 
Là où le bas blesse, c’est le background et les commentaires politiques du narrateur. En gros, les Etats-Unis sont en pleine déliquescence morale et financière en 2035. Son influence internationale a été réduite à néant par une crise profonde dont le point de départ est la politique notamment sociale menée par Obama. Résultat, en plus d’un chômage et d’une misère galopante, le flashback gangrène la société civile tandis que les Hispaniques menacent de reprendre la Californie et le Nouveau Mexique, que l’Europe est devenue musulmane et que le monde est désormais dominé par les Japonais et le Califat Global. Tout cela pourrait encore passer si l’ensemble ne s’accompagnait de saillies politiques ancrées bien à droite (très à droite).
 
La question de la séparation de l’auteur, de ses idées et de son oeuvre a souvent été posée. Peut-on lire sans arrière pensée des écrivains dont les opinions tirent vers les extrêmes ? Et peut-on lire la poésie des meurtriers ? Ceux qui penchent pour le "Oui" avancent souvent la neutralité de l’oeuvre comme condition. Ici l’oeuvre n’est pas neutre. Les convictions de Dan Simmons sont connues et portent plutôt vers les Républicains aux Etats-Unis. Elles donnent à ce roman un goût amer, nauséabond dans ce qu’elles impliquent de rejets de l’autre. Et elles sont tellement présents qu’il est difficile de passer outre.
 
On peut toujours dire que l’on apprécie le polar, mais l’on ne peut ignorer les positions idéologiques. Dan Simmons aurait mieux fait de s’abstenir. Elles en gâchent la lecture. Un roman à éviter donc...

Jérôme Vincent

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3 Messages de forum

  • Flashback 12 juillet 2012 16:41, par vivlalecture

    Depuis que le traducteur attitré de Simmons a été évincé pour les raisons que l’on sait, le sujet vient systématiquement sur le tapis. Lecteur avant d’être preneur de position politique, j’aurais bien aimé un avis de lecteur sur le livre et sa richesse et ses défaut en tant qu’oeuvre littéraire. Comment d’années nous séparent de "Voyage au bout de la nuit" et de sa polémique à l’époque ?

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    • Flashback 12 juillet 2012 22:40, par Jérôme Vincent

      Je ne suis pas sûr que la polémique avec Jean-Daniel Brèque ait vraiment joué dans ma lecture, sinon je n’aurai pas loué "Drood" de Dan Simmons.

      Pour vous répondre, dans "Flashback", l’intrigue policière a des dehors assez classique même si elle est bien menée. De ce point de vue là, il n’y a pas de déception.

      C’est bien ici le propos politique qui gène la lecture. Que l’auteur ait ses opinions n’est pas le souci. Le problème c’est qu’il les exprime dans le livre en permanence (ou tout du moins semble les exprimer, on ne va pas s’avancer jusqu’à dire qu’on connait ses convictions). Et ce ne sont des opinions de tolérance et d’amour universel...

      Attention Dan Simmons n’est pas Céline et nous ne sommes pas dans le même cas de figure. On est pas en train de se demander si connaître les opinions politiques d’un auteur peut gêner la lecture. Le souci c’est ici qu’il les exprime. Difficile de les ignorer...

      Il y aura une autre chronique dans les prochains jours d’un autre chroniqueur. On verra si tout cela a autant posé problème à Chloé qu’à moi... :-)

      Cordialement

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      • Flashback 20 juillet 2012 14:50, par Bertrand Campeis

        Pour ma part, l’aspect polar fait trop cliché : Un ex-flic junkie rappelé des années pour recommencer une enquête ? Alors qu’on nous explique tout au long du roman qu’on a mis des moyens colossaux pour la résoudre ? Et paf (le chien) on se promène à droite à gauche avec un Gentil Organisateur Ninja pour vérifier que vous prenez bien votre drogue et allez bien emmerder les témoins de l’affaire pour leur reposer les mêmes questions, et ô surprise, on découvre de nouveaux éléments, des connexions qui avaient échappé de prime abord et pour aboutir à un méga-complot ? Le problème de l’aspect thriller et politique-fiction du bouquin est qu’il est indissociable du reste : Tout est là comme pour nous dire, vous êtes engoncés dans vos petites certitudes néo-bourgeoises et "Attention ça va péter ! Et voilà pourquoi"... Jean-Christophe Chaumette a trouvé une jolie formule par rapport au livre et à l’auteur : "Je ne force surtout pas mon talent" je me permets de lui emprunter car je trouve qu’elle résume parfaitement ce livre... A titre de curiosité, je recommanderai surtout la lecture de Chronoreg de Daniel Sernine chez ALire, très bonne uchronie, et surtout excellent polar, j’ai beaucoup repensé à ce livre en lisant le Simmons en me disant que Sernine réussissait là où Simmons péchait.

        Cordialement

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