Fondation
( Le Cycle de Fondation 1 )
de Isaac Asimov
aux éditions Denoël ,
collection Lunes d’Encre
Genre : SF

Auteurs : Isaac Asimov
Couverture : Manchu
Traduction : Philippe Gindre
Date de parution : novembre 2006 Inédit
Langue d'origine : Anglais UK
Type d'ouvrage : Roman
Nombre de pages : 943
Titre en vo : 1

Lire tous les articles concernant Isaac Asimov

Quinzième réédition

Tous les amateurs de science fiction le savent : Isaac Asimov est un géant. Né en 1920 en Russie, immigré très jeune avec ses parents aux Etats-Unis, ce littéraire passionné de sciences (il est diplômé de chimie biologique) a écrit au total plus de 400 livres au cours de sa vie, qu’il s’agisse de romans, de nouvelles ou d’ouvrages de vulgarisation scientifique. En SF on a l’habitude de retenir de lui ses deux cycles principaux : Les Robots et Fondation. Deux « oeuvres » qui ont marqué et changé l’Histoire de la science fiction. C’est lui qui a imaginé les fameuses "Lois de la robotique" prises en compte par tous les romans mettant en scène des robots par la suite. (Un robot ne peut ni porter atteinte à un être humain, ni rester passif devant un être humain exposé à un danger. Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi. Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’est pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi).

15 éditions différentes en France

L’histoire du cycle de Fondation commence dans les années 50 avec le rassemblement en un volume de plusieurs nouvelles sur un même thème. Très loin dans le futur, alors que l’humanité a construit un empire gigantesque, un savant invente une nouvelle discipline scientifique censée prévoir les grands événements de l’Histoire à venir à partir de statistiques : la psychohistoire. Le seul problème, c’est qu’il a prévu que l’Empire allait s’effondrer et que l’humanité allait retomber dans la barbarie. Pas vraiment le genre de nouvelles que les autorités ont envie de voir diffusé. Résultat avec ses compagnons, il est envoyé en exil sur une petite planète perdue au fin fond de l’univers : Fondation. Heureusement Hari est un ami qui nous veut du bien. Comme il a prévu chaque crise à venir, il a enregistré des interventions pour guider la colonie avec un objectif : reconstruire un empire depuis Fondation et éviter que l’âge de la barbarie ne dure trop longtemps pour l’humanité...

Partant de ce principe, les trois premiers tomes de Fondation (réunis dans le premier volume chez Lunes d’Encre), rassemble de petits récits sur chaque moment important de la Fondation. Chacun de ces récits étant espacé de plusieurs années, voir de quelques décennies. Le succès a été immédiat. Depuis, c’est devenu sans doute le cycle le plus souvent réédité dans l’Histoire de la SF en France. Avec cette nouvelle réimpression chez Lunes d’Encre, c’est la 15ème fois en 50 ans que Fondation ressort en librairie !

Quand l’Histoire s’écrit sous nos yeux

Pourquoi un tel succès ? La réponse est assez simple : le génie d’Asimov et la jubilation de voir sous nos yeux s’écrire l’Histoire de cette planète. On y voit Fondation faire ses premiers pas puis s’étendre peu à peu dans l’univers, chaque héros essayant de faire de son mieux pour surmonter la crise qu’il traverse. Le rythme, la puissance de l’imagination de l’auteur, l’humanité de ses personnages... tout concourt à ce que Fondation se lise à toute allure. Pas étonnant que la trilogie initiale ait été élue « Meilleure série de tous les temps » en 1966 lors de la remise des prix Hugo. C’est d’autant plus jubilatoire que l’énorme travail de Philippe Gindre pour réviser et toiletter la traduction semble payer. Les « lourdeurs » ou l’aspect « vieillot » du texte ont disparu (d’ailleurs si quelqu’un pouvait faire pareil pour le cycle des Robots...). Je dis bien « semble » car à moins d’avoir le nez sur une version plus ancienne ou des souvenirs très précis du style d’Asimov, il est assez difficile de s’en rendre compte. En tout cas c’est avec un vrai plaisir qu’on a pu relire ces deux omnibus, preuve qu’en 2007, ce texte reste toujours aussi essentiel. Un petit bémol cependant, notamment sur la première trilogie : une certaine de redondance. Chaque récit est une crise à surmonter ce qui provoque une sorte de répétition. On sait, on sent que les héros ne peuvent pas faire autrement que de réussir. Et lorsque la situation est critique, on sait qu’Hari Seldon va apparaître. C’est d’ailleurs très plaisant lorsque la machine s’enraye et que l’imprévu rentre dans la danse.

Alors, on l’achète ?

La question qui se pose avec cette réédition est la suivante : l’amélioration de la traduction mérite-t-elle l’achat de ces deux pavés ? Sans doute pas. En tout cas pour tous ceux qui ont déjà lu Fondation. A moins d’une envie irrésistible de relire tout le cycle, on peut s’en passer. D’autant qu’il n’y a pas si longtemps, Jacques Goimard proposait une autre version Omnibus (en deux tomes également) avec des articles et des études autour du cycle en complément du texte. Par contre si vous avez envie de l’offrir à quelqu’un qui n’a jamais lu Fondation, ou si ce cycle manque à vos lectures, alors là n’hésitez pas. Ce serait dommage de se contenter de moins bien au niveau du texte et de se priver de deux beaux livres. Car en plus, et c’est à noter (cela fait partie des plaisirs lorsqu’on achète un livre), avec les illustrations de Manchu, ces deux tomes chez Lunes d’Encre sont assez beaux.

Jérôme Vincent