Glen Cook, une interview SFFWRTCHT
de Glen Cook
aux éditions
Genre : Fantasy

Auteurs : Glen Cook
Date de parution : mai 2012 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Il y a quelques jours, le site américain SF Signal publiait une interview de Glen Cook dans sa rubrique SFFWRTCHT. Nous avons demandé aux responsables du site l’autorisation de la traduire.

Il y parle de ses débuts, de la Compagnie Noire, de Garett et de son actualité...

SFFWRTCHT : D’où vient votre intérêt pour la SF ?
Glen Cook : Il a toujours été présent. Un de mes voisins m’avait donné plusieurs romans sur Tarzan et mon père avait un exemplaire de Face aux feux du soleil d’Isaac Asimov. J’ai lu beaucoup de westerns et d’ouvrages sur l’histoire, mais aussi de science-fiction, dévorant tout ce qu’il y avait dans la bibliothèque du coin. J’ai ensuite commencé à écrire mes premières histoires en cinquième. J’ai débuté avec l’histoire d’Adam et Ève puis quelque chose à propos d’aliens intervenant dans une bataille opposant les Égyptiens et les Hittites sur les plaines de l’Armageddon.

SFFWRTCHT : Quels étaient vos auteurs préférés en grandissant ?
Glen Cook : A. E. Van Vogt et J. T. McIntosh avant d’aller au lycée. La bibliothèque du coin ne possédait que de la SF publiée par Doubleday. La bibliothèque du lycée a un peu élargi mes horizons mais je ne me suis tourné vers les auteurs connus (de ma génération) qu’à partir de la fac. J’y ai rencontré Heinlein, Vance et Norton avant d’avoir un espèce de trou... Bien que n’étant pas un étudiant modèle, j’étais aux ordres de l’US Navy. Pendant les huit années suivantes, mon temps de lecture a été limité.
Entre parenthèse, j’ai pu obtenir des notes élevées dans plusieurs cours au lycée et à la fac en impressionnant mes professeurs à l’aide de nouvelles écrites spécialement sur les sujets proposés. Aucun de ces chefs-d’œuvres bancals n’ont survécu.

SFFWRTCHT : Faisiez-vous partie d’un groupe de fans ? Participiez-vous aux conventions, à du cosplay ?
Glen Cook : Non, non et non. J’étais déjà adulte quand j’ai appris l’existence de ces choses.

SFFWRTCHT : Comment se sont passés vos débuts en tant qu’auteur ?
Glen Cook : Glen Cook, l’auteur publié et payé, a commencé à exister fin 1967, début 1968. À cette époque, je travaillais pour la General Motors dans une usine fabriquant des munitions pour l’US Army. Avec l’offensive du Têt au début 1968, l’année a été la plus intense de la guerre du Vietnam, on travaillait sept jours sur sept, douze heures par jour sauf les dimanches, où c’était ramené à huit heures. J’ai eu deux jours de repos les six premiers mois. Mon travail consistait à être assis près du téléphone, à attendre les appels d’urgence. Quand ils arrivaient, cela me prenait quarante-cinq minutes maximum pour régler le problème. Entre deux coups de fil, j’avais beaucoup de temps pour lire... Mais à cette époque, les éditeurs ne produisaient que quelques titres par mois, souvent des réimpressions que j’avais déjà lues. J’ai décidé que je pouvais faire mieux et je me suis mis à écrire. Seulement, c’était plus difficile que je ne l’avais imaginé.

SFFWRTCHT : Avez-vous eu des cours d’écriture à la fac ? Comment avez-vous appris à écrire ?
Glen Cook : Non, même si j’ai participé à l’un des tout premiers ateliers Clarion. Le meilleur qui en soit ressorti c’est que j’y ai rencontré celle qui est ma femme depuis plus de quarante ans. Principalement, j’ai appris en faisant, et peut-être pas tant que ça.

SFFWRTCHT : Avec la sortie de Myke Cole’s Shadow Ops, les gens parlent d’un nouveau genre de fantasy miliaire. Mais ce roman m’a rappelé que la Compagnie noire relève de la fantasy militaire. D’où vous est venue l’idée de la Compagnie noire ?
Glen Cook : Je ne sais pas. Certains auteurs pourraient vous en parler pendant des heures et d’autres diront simplement « je l’ai inventé ». Ce n’est pas une question à laquelle je peux répondre pour tous mes récits à part copier Salman Rushdie et dire que je l’ai trouvé sur la Mer des histoires. Toutes celles que j’ai écrites, et une centaine de plus, sont juste là, dans ma tête. Et des morceaux originaux d’heavy metal aussi, mais je ne sais pas comment les sortir de là. Je peux ne pas savoir d’où vient la Compagnie noire mais je savais ce que je voulais faire. C’était écrire l’histoire d’une grande guerre entre la lumière et le chaos du point de vue des gars faisant le sale boulot pour le seigneur des ténèbres.

SFFWRTCHT : L’aviez-vous prévu comme une série ou cela a-t-il simplement évolué au fur et à mesure ?
Glen Cook : Le processus a commencé à évoluer avec la publication du premier livre. L’éditrice qui l’a acheté était troublée par la Compagnie noire. Elle voyait bien que c’était complètement différent de tous les clones de Tolkien que l’on voyait à l’époque. Elle a insisté pour que je fasse une trilogie afin de montrer que les hommes de la Compagnie n’étaient pas irrémédiablement méchants. Quand j’ai eu terminé La Rose blanche, je connaissais Jeux d’ombres. Il a finalement été coupé en deux et a donné Jeux d’ombres et La Pointe d’argent. À ce moment, Rêves d’acier était devenu évident et Glittering Stone devait être fait. Mais il a fini par se scinder en plusieurs : Saisons funestes, Elle est les ténèbres, L’Eau dort et Soldats de pierre.

SFFWRTCHT : Vous avez écrit jusque ici dix livres. D’autres sont-ils prévus ?
Glen Cook : Oui, en supposant que je vive assez vieux pour les écrire. Port of Shadows se déroulera entre La Compagnie noire et Le Château noir. A Pitiless Rain suivra directement Soldats de pierre. Les deux premières parties de Port of Shadows ont déjà été publiées en tant que nouvelles, « Tides Elba » dans l’anthologie de Jonathan Strahan et Lou Anders, Swords and Dark Magic. Il y a eu une édition limitée publiée par Subterranean Press et un version de poche chez Harper/Collins. « Smelling Danger » était dans l’édition limitée de Tales of Dark Fantasy 2 dirigé par Williams Shafer, chez Subterranean Press. Je porterai toute mon attention à Port of Shadows dès que je me serais occupé de certaines obligations préalables.

SFFWRTCHT : Une autre de vos séries les plus connues met en scène un détective privé dans un univers fantasy, Garrett. D’où vous est venue l’idée ?
Glen Cook : Garrett a commencé par être une vraie histoire de détective privé américain. Mais à l’époque, en 1980, mon agent m’a découragé de faire ce genre de romans car il n’y avait alors pas de marché pour. Quelques années plus tard, les romans de Garrett ont fini par prendre une forme plus « fantasy ». Cela a commencé par un roman unique mais je connaissais les histoires de Cœur d’or à l’amer et Pour quelques deniers de cuivre quand j’ai eu finis La belle aux bleus d’argent. J’ai l’impression de toujours connaître le prochain roman et des bouts du suivant avant même de finir celui que j’écris sur le moment.

SFFWRTCHT : Y aura-t-il un 14e roman ?
Glen Cook : Oui, Wicked Bronze Ambition.

SFFWRTCHT : Étiez-vous influencé par d’autres auteurs pendant que vous écriviez cette série ?
Glen Cook : Oui, absolument. Et parfois même délibérément. Je laisse le soin aux lecteurs de décider quels titres font écho à Raymond Chandler, Dashiel Hammett, Richard Prather ou d’autres. La plupart de ces suppositions, quand elles arrivent à moi, sont souvent sont loin du compte. Peut-être que les influences n’ont pas été aussi importantes que je ne les ai imaginées quand j’écrivais.

SFFWRTCHT : Votre dernier roman, A Path to Coldness of Heart, conclut la dernière chronique de votre série Dread Empire. Pourquoi autant de temps entre deux livres ? Était-ce difficile de s’y replonger ou aviez-vous des notes de côté, en attendant d’être exploitées ?
Glen Cook : À l’époque où j’ai commencé, Dread Empire devait faire au moins quatorze volumes, en plus de nombreuses nouvelles. Cela devait être le grand œuvre de ma vie. Malheureusement, alors que la série recevait les louanges d’autres écrivains, ce n’était pas le cas des lecteurs. Seuls deux des sept volumes initiaux prévus ont remboursé les à-valoir. D’un autre côté, La Compagnie noire et les livres de Garrett étaient très populaires, donc devinez ce que mes éditeurs voulaient que j’écrive ?
Le livre suivant (alors appelé A Cruel Wind) était écrit à 85 % quand j’ai mis Dread Empire de côté. Sa suite – The Wrath of Kings – était terminé à 15 %. Tout ce qui concernant le projet était rangé dans une grande boîte dans l’attente d’une éventuelle revivification.
Dans les années 1980, ma femme et moi organisions des soirées pour la communauté SF, à laquelle participaient généralement 150 invités. Durant la dernière, quelqu’un est allé se servir dans cette boîte, désespéré sans doute de savoir comment l’histoire continuerait. (Les invités ont également « emprunté » plusieurs premiers Ace Doubles, dont mon exemplaire de la première édition de La Terre Mourante de Jack Vance, datant de 1949 et mon unique exemplaire d’un roman porno que j’avais gribouillé en 1970. Cela m’a pris vingt-deux ans et pas loin de trois cents dollars pour les remplacer. D’autres trésors ont aussi disparu. Nous n’avons plus jamais organisé de soirée.)
Quand Night Shade a racheté la plupart de mes anciens titres pour une réédition, ils m’ont demandé si je voulais écrire un livre pour terminer Dread Empire. Je n’avais plus rien, si l’on excepte de vagues souvenirs d’un projet vieux de vingt-cinq ans. Je m’y suis plongé, j’ai tout mélangé, combiné les événements principaux de Cruel Wind et Wrath of Kings, j’ai expédié les points importants qui auraient dû apparaître dans le livre suivant et saupoudré de menus indices tirés du livre qui aurait dû suivre tous les autres et j’ai créé A Path to Coldness Of Heart. Je suppose que le roman remplit son office mais il est beaucoup moins satisfaisant que ce que j’avais prévu à l’origine. Il contient beaucoup de suggestions, sur ce qu’il aurait pu arriver si la série avait pu continuer. Mais je suis satisfait et reconnaissant envers Night Shade. Ils ont vraiment été bons pour moi.

SFFWRTCHT : Comment faîtes-vous pour jongler avec les séries et garder le ton juste entre les différents livres ? Est-ce que vous vous replongez dans les livres précédents pour retrouver l’ambiance ?
Glen Cook : Je replonge un peu dans mes anciens livres ces derniers temps, mais vraiment un peu. Chaque histoire semble sortir de la manière dont elle le doit. Il y a parfois des changements, comme il y en a dans le monde réel. Mais je n’en fais pas beaucoup délibérément.

SFFWRTCHT : Que pouvez-vous nous dire sur Winter’s Dream, qui doit sortir à la fin avril ?
Glen Cook : C’est un recueil de nouvelles. J’ai écrit très peu de nouvelles dans ma carrière. Winter’s Dream contient tout ce qui n’apparaissait pas dans le recueil de Dread Empire, An Empire Unacquainted With Defeat. Les nouvelles datent du début de ma carrière...

SFFWRTCHT : Certaines de ces nouvelles sont-elles liées à vos séries les plus connues ?
Glen Cook : Plusieurs de ces histoires se déroulent dans le futur de la trilogie Starfishers et de Passage At Arms. « Winter’s Dream » ferait partie d’une suite au Dragon ne dort jamais si jamais je devais en écrire. « Darkwar » est relié à l’intégrale de la trilogie du même nom chez Night Shade, la trilogie ayant été écrite pour expliquer ce qui se passait dans la nouvelle. Ces dernières années j’ai écrit plusieurs nouvelles sur demande pour des anthologies, mais aucune ne sera présente dans Winter’s Dream pour des raisons de contrat. Je parle des deux nouvelles dans l’univers de la Compagnie noire mentionnées plus haut, « The Good Magicien » dans Songs Of The Dying Earth dirigée par Dozois et Martin ainsi que « Shadow Thieves », une nouvelle de Garrett (la seule jamais écrite) parue dans l’anthologie Down Those Strange Streets dirigé aussi par Dozois et Martin chez Ace Books.

SFFWRTCHT : Est-ce que vous esquissez les grandes lignes du texte ou vous vous lancez à l’aveuglette ? Quelle est la part déjà prévue avec de vous mettre à écrire ?
Glen Cook : Je me lance à l’aveuglette. Je planifie très peu, bien que cela change d’un livre à l’autre.

SFFWRTCHT : Dans quelle proportion faites-vous des recherches avant d’écrire ou même pendant ?
Glen Cook : De pas beaucoup à pas du tout. Je me repose sur l’habitude d’une vie entière de lectures voraces et éclectiques et une bonne mémoire. Très rarement, je cherche sur Google quand je ne suis pas sûr d’un détail.

SFFWRTCHT : Combien de temps vous prend en moyenne un roman à écrire ?
Glen Cook : Une année serait probablement une bonne moyenne mais en réalité c’est très changeant. Onze et quatorze jours pour deux cas, des années pour d’autres. J’ai un projet inachevé intitulé Fail Point en semi-vie depuis le début des années 1970.

SFFWRTCHT : À quoi ressemble votre temps dédié à l’écriture ? 
Glen Cook : Ces derniers temps, c’est souvent quelques heures le matin et puis quand j’en ai envie, je continue le reste de la journée. Quand je travaillais chez General Motors et que j’élevais mes enfants, c’était vraiment quand je le pouvais...

SFFWRTCHT : Comment gérez-vous le syndrome de la page blanche ?
Glen Cook : Je ne le fais pas. Ca n’a jamais été un problème. Simplement parfois, si je n’aimais pas comment les choses se déroulaient, je me concentrais sur une histoire différente...

SFFWRTCHT : Quel est le meilleur conseil sur l’écriture que vous pouvez offrir aux aspirants auteurs ?
Glen Cook : D’abord, et le plus important, écrivez ! Ne parlez pas de le faire. Pour l’amour de Dieu, ne venez pas me parler de l’histoire que vous allez écrire un de ces jours. Posez vos fesses sur une chaise avec un crayon, une machine à écrire ou un ordinateur et commencez à transformer les mots en phrases et les phrases en paragraphes. Vous allez devoir jeter beaucoup de vos textes avant d’y arriver mais cela fait partie du processus d’apprentissage. Et, un jour, une de ces premières idées resurgira peut-être dans un projet qui vaut le coup.
Deuxièmement, ne demandez pas à votre mère, votre compagnon/compagne ou à vos meilleurs amis de lire et commenter votre travail. Ils vous aime tous et ils vous mentiront pour ne pas vous blesser. Vous avez besoin d’être blessé pour arrêter d’écrire toute cette merde.
Troisièmement, vous devez avoir plus qu’une connaissance approximative de l’anglais. Tout artisan doit connaître et prendre soin de ses outils. Non, l’éditeur ne l’arrangera pas pour vous. Quoi que vous pensiez, ce n’est pas son travail. Si vous ne pouvez pas écrire une phrase cohérente ou si vous utilisez la grammaire comme si vous aviez été élevé par des crapauds, votre chefs-d’œuvre sera rejeté avant même que le premier lecteur n’arrive à la deuxième page.
Dans la newsletter trimestrielle de la librairie Uncle Hugo, son propriétaire, Don Blyly, a dit :
« Il y a maintenant des centaines de milliers de titres auto-publiés disponibles. Quelques-uns sont bons, d’autres sont passables et la majorité sont affreux. Dans la plupart des cas, les auteurs ont été dupés par des éditeurs peu scrupuleux, qui ont pris leur argent tout en sachant que le livre ne se vendrait pas en dehors des exemplaires achetés à l’auteur, qui finira par les entreposer dans son placard pour le reste de ses jours. La plupart de ces livres n’ont jamais été vérifié : l’orthographe, la grammaire, etc. et sont proposés à des prix élevés qui garantissent que n’importe quelle librairie n’en achètera jamais un exemplaire. Pour voir l’un des exemples les plus flagrants, lisez l’article The Worsk Book Ever is Moon People.
En résumé, si vous devez publier votre livre par vous-même c’est qu’il ne mérite pas de l’être. Il y a eu 850 000 de ces livres publiés en 2010.

SFFWRTCHT : Sur quels projets travaillez-vous en ce moment ?
Glen Cook : Le prochain Garrett, Wicked Bronze Ambition. Le quatrième tome des Instrumentalités de la nuit, Working God’s Mischief (j’aimerais en faire un cinquième, He Losts His Shadows Somehow, mais ça a peu de chance d’arriver. Les ventes en poche et en numérique ont été décevantes et le quatrième livre a été difficile à vendre.) Les livres de la Compagnie noire précédemment mentionnés, suivant le temps, et une poignée de nouvelles pour des anthologies à venir. Puis un autre Garrett, cette fois du point de vue de Pular Singe (en fait, ils le sont tous vu qu’elle a mis par écrit ce que Garrett a rapporté). J’ai encore un tas d’histoires dans ma tête mais à 67 ans, je me sens moins pressé de les en faire sortir.

SFFWRTCHT : Derniers mots ?
Glen Cook : Don’t worry. Be happy.

Jérôme Vincent

 L’interview en anglais est à retrouver sur SF Signal