Hugo & Iris 1
( La Guerre des Sambre 1 )
de Vincent Mezil et Jean Bastide
aux éditions Glénat
Genre : Récit graphique
Sous-genres :
  • Fantastique

Dessinateur : Vincent Mezil
Date de parution : mai 2007 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Album
Nombre de pages : 56
Titre en vo :

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Couleur naguère, couleur décembre

Après les cinq tomes de la série créée par Yslaire et Balac et poursuivie en solo par Yslaire, voici la nouvelle saga des Sambre. Cette fois-ci, c’est la guerre entre les Sambre et les femmes aux yeux rouges. Bernard Yslaire ne dessine plus. Il tient la plume. L’univers des Sambre se déclinera désormais en plusieurs séries (Hugo & Iris, Werner & Charlotte et plus si affinités) et chacune d’elles sera mise en image par des dessinateurs différents. Pour ce premier album de la guerre des Sambre, de jeunes talents français, Jean Bastide et Vincent Mezil, élèves de l’Institut de St-Luc de Bruxelles, mêlent leurs crayons. Sous la férule du maître.

Le premier album Plus ne m’est rien… mettait en scène le déchirement d’une famille en 1848, après le décès du patriarche, Hugo Sambre, et la découverte de son œuvre inachevée « La guerre des yeux ». Les autres albums retraçaient la malédiction familiale à travers le parcours de ses enfants Sarah, Bernard et Julie, puis de Bernard-Marie, son petit-fils. Ce nouveau récit est centré sur sa rencontre avec Iris et sur la rédaction de son ouvrage mystérieux.

A la demande d’Yslaire, l’album (et, ce faisant, l’ouvrage mystérieux) est coédité par Glénat et Futuropolis, son ancien et son nouvel éditeur. On y retrouve le penchant de l’auteur pour les fresques historiques et son chant romantique désespéré, aux couleurs de fin d’automne. Naguère. Décembre.

Couleur sang sombre


L’œil rougi suite à une blessure, Bernard-Marie, en proie à des cauchemars, se lève la nuit pour lire le manuscrit testament écrit par son grand-père Hugo : « La guerre des yeux ».

Le premier chapitre du livre nous conte le mariage d’Hugo au printemps 1830. Un mariage arrangé avec Blanche Dessang, enceinte et courtisée par le père d’Hugo. En échange, la famille Sambre jouit d’une dot confortable incluant une usine de charbonnage. Hugo se rend en Belgique pour vendre cette usine dont les rendements décroissent, mais, il sympathise avec le contremaître et les mineurs après un accident mortel. Il découvre, alors, dans les boyaux sombres de la mine, une grotte préhistorique et un crâne dont l’une des orbites est incrustée d’une pierre précieuse rouge. Dès lors, prenant ses distances avec son père et sa famille, il mène des recherches qui le conduiront à rédiger son manuscrit. Jusqu’à ce qu’une certaine Iris aux yeux de sang…

Couleur ambre, couleur cendre


Désormais, comme pour les Stryges, la guerre des Sambre se joue à une échelle séculaire. Une histoire d’amour funeste qui s’étend de la préhistoire à nos jours. Et on comprend que l’auteur soit tenté d’enrôler plusieurs dessinateurs pour embrasser simultanément une palette de nouvelles époques.

Dans la logique de la série Sambre avec le renversement de la monarchie de Juillet (1848), le récit Hugo & Iris se déroule l’année des Trois Glorieuses (1830), mais, à vrai dire, l’abdication de Charles X a peu d’incidences sur la vie monastique de Hugo à Paris. Il a découvert, en Belgique, la vie laborieuse des mineurs en cette première moitié de XIXème siècle. Dans ce premier album, la vie de Hugo est plutôt morne, peu propice à l’exaltation, plus proche des personnages « d’Une vie » de Maupassant que de « L’Education Sentimentale » de Flaubert. Il faudra attendre le second album pour se rapprocher des vertiges de la passion à la Stendhal. Iris joue, en effet, pour l’instant, un rôle mineur en fin de récit.

Yslaire partage avec ses deux recrues talentueuses, Bastide et Mezil, le même souci du détail et le même engouement pour la lumière, les éclairages artificiels, la photographie, les décors 3D et le rendu sombre « d’aquarelle crayonnée ». L’expression des visages, le mouvement des corps sont restitués avec une réelle subtilité qui s’accorde à merveille avec la qualité littéraire de l’ouvrage. Outre les pages noires à l’intérieur de la couverture, les couleurs sont sombres. Un mélange d’ambre légèrement orangé et de gris cendre.

C’est beau, c’est sombre, mais c’est plus beau que sombre. Un des grands albums de l’année 2007.


Marc Alotton

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