ITW Appel d’Air
de Claude Ecken et Claude Mamier
aux éditions ActuSF
Genre : Fantastique

Auteurs : Claude Ecken , Claude Mamier , Jean-Emmanuel Aubert , Li Cam , Sylvie Lainé , Jean-Pierre Fontana , Markus Leicht , Fabrice Colin , Olivier Tomasini , Lise N.
Date de parution : octobre 2007 Réédition
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Les auteurs d’Appel d’Air répondent à quelques questions.

Lise N.  :

ActuSF  : Pourquoi as-tu participé à Appel d’Air ?
Lise N. : J’ai profité de ce temps de l’urgence et de l’amertume pour produire un texte à côté. Un texte où le regard, quasi-nostalgique, se pose sur un passé-futur ravageur et aliénant. C’est à la fois une échappée et un ancrage. L’activité d’écriture peut mettre en évidence les processus politiques qui organisent nos expériences intimes et les processus intimes qui fondent notre rapport au pouvoir. C’est un contre-pouvoir. 

ActuSF :
Après cinq mois d’exercice du nouveau gouvernement, quel regard portes-tu sur votre participation à cette anthologie ?
Lise N. : Cette anthologie rassemble des écritures et des regards singuliers à un moment donné de notre histoire politique et sociale. En dépit de sa dimension hétérogène, elle a fait collectif, ce qui est plutôt rassurant dans un contexte où tout nous amène à nous penser en tant qu’individus isolés et responsables. Tout n’est pas perdu lorsque l’on parvient à sortir de cette illusion, à dérouter l’illusion. Cela passe notamment par un travail sur l’imaginaire, qui peut porter ses fruits à partir du moment où il se partage, où il dialogue.  

Fabrice Colin

ActuSF :
Pourquoi as-tu participé à Appel d’Air ?
Fabrice Colin : Parce qu’on me l’a demandé. Si je me souviens bien, le projet est parti d’une discussion avec Alain Damasio. Nous étions d’accord sur le fait qu’il "fallait faire quelque chose". Alain a fourni l’impulsion. Par la suite, une fois le train lancé, il était difficile de ne pas monter dedans - même si j’ai longuement hésité, par peur d’enfoncer des portes ouvertes.

ActuSF  :
Après cinq mois d’exercice du nouveau gouvernement, quel regard portes-tu sur ta participation à cette anthologie ?
Fabrice Colin : Mon avis est mitigé. Certes, dans l’absolu, je pense qu’il valait mieux sortir ce recueil que rester les bras croisés à attendre. Mais j’espère qu’Appel d’Air n’avait pas vocation à convaincre qui que ce soit. Car nous n’avons évidemment fait que prêcher des convertis. Pour aller jusqu’au bout de ma pensée, j’ai regretté dans le recueil la présence de certains textes par trop caricaturaux. Non, Nicolas Sarkozy ne va pas transformer la France en IVe Reich d’ici quelques années. Le processus de déshumanisation dont il se fait le chantre plus ou moins volontaire est déjà engagé, et depuis bien longtemps.
D’autre part, et à mon humble avis, ce n’est pas l’avènement d’un dictateur que nous devons craindre (je vois mal notre ami supprimer le suffrage universel, par exemple) mais l’entérinement progressif et constant d’une mécanique économique proprement inhumaine, qui exclue tout recours à des valeurs fondamentales telles que respect de l’autre, générosité ou acceptation de la différence. Sarkozy n’est - hélas - que le laquais d’un système qui le dépasse complètement. D’une certaine façon, la situation est plus grave qu’elle n’en a l’air.

Claude Mamier

ActuSF :
Pourquoi as-tu participé à Appel d’Air ?
Claude Mamier  : L’anticipation - politique, sociale - à court et moyen terme m’apparaît comme une composante essentielle de la SF, et cet appel donnait l’occasion de s’engager dans cette voie, et de s’engager tout court, à un moment très particulier de la`vie du pays. Même si l’espoir était très faible d’échapper à un certain homme, c’était un grain de sable de plus dans sa trop belle machine...

ActuSF  :
Après cinq mois d’exercice du nouveau gouvernement, quel regard portes-tu sur ta participation à cette anthologie ?
Claude Mamier : En relisant les textes avec le recul, le mien comme les autres, je m’aperçois que peu d’entre eux sont centrés sur la personnalité du nouveau président, mais plutôt sur la société qui a permis son élection, et qui est encore aujourd’hui prête à permettre que certains textes d’Appel d’air deviennent réalité. A l’heure où j’écris ces lignes, un premier sondage (après cinq mois !) donne moins de 50% de confiance au président malgré tout ce qui s’est déjà produit. Le locataire de l’Elysée n’apparaît donc pas comme un épiphénomène localisé au printemps 2007, mais bien comme une conséquence logique de la société qui l’a élu. A ce titre, Appel d’air ne devrait être que le début d’une longue tentative pour expliquer (réparer ?) ce qui se passe actuellement en France.

Claude Ecken

ActuSF  : Pourquoi as-tu participé à Appel d’air ?
Claude Ecken : Parce que je ne sais pas dire non.
Parce que j’aime bien sentir passer un filet d’air sur mon visage.
Parce qu’on se situait, malgré la contemporanéité de l’appel, dans une démarche science-fictive, même si cette fois, les textes spéculatifs n’avaient plus tout à fait valeur d’exorcisme.

ActuSF  : Après cinq mois d’exercice du nouveau gouvernement quel regard portes-tu sur ta participation à cette anthologie ?
Claude Ecken : Snif, j’y étais !...
En tout cas, on avait bien raison de...
Mais il n’y a aucun plaisir à s’en vanter.
J’espère qu’on sera encore soutenus quand on aura nos contrôles fiscaux et nos mises sur écoute.

Olivier Tomasini

ActuSF  : Pourquoi as-tu participé à Appel d’air ?
Olivier Tomasini : C’était l’envie pressante d’exprimer un point de vue et une inquiétude, d’autant que je ne me faisais pas trop d’illusion sur l’issue du scrutin. J’ai voulu mettre en quelques lignes certaines de mes craintes. J’ai écris mon texte tard dans la nuit. Une chanson triste de Barbara hantait un coin de mon esprit.

Ma participation à Appel d’air me permettait aussi de mettre certaines choses au clair. Je suis issu d’un milieu ouvrier de gauche qui a viré vers l’extrême droite peu après l’élection de Mitterrand. J’ai donc grandi et mûri dans un climat borgne et j’ai presque eu du mal à m’en dégager. Ironie du sort j’ai épousé une femme née sur l’autre rive. Notre premier enfant qui va naître ces prochains jours sera le fruit de nos deux cultures. Il en portera les richesses mais il devra également se défendre contre les préjugés des autres.

ActuSF  : Après cinq mois d’exercice du nouveau gouvernement quel regard portes-tu sur votre participation à cette anthologie ?
Olivier Tomasini : Sur le moment je n’aurai pas vu l’intérêt de voir publier l’Appel d’air. Nos textes me paraissaient même donner une vision exagérément noire de l’avenir. Quelques mois plus tard je pense le contraire. Je ne limite pas seulement mes inquiétudes au regard de notre gouvernement actuel, le monde dans lequel on vit ne nous invite pas à l’optimisme. Raison de plus pour se sentir concerné.

Francis Berthelot

ActuSF  : Pourquoi as-tu participé à Appel d’Air ?
Francis Berthelot : Parce que j’avais les plus grandes appréhensions quant à ce que nous réservait le nouveau président.

ActuSF  : Après cinq mois d’exercice du nouveau gouvernement quel regard portes-tu sur ta participation à cette anthologie ?
Francis Berthelot : Vu la vitesse avec laquelle ce gouvernement vire à l’autocratie, j’estime avoir fait mon devoir d’écrivain et de citoyen en dénonçant à l’avance les dérives de ce genre.

Markus Leicht :

ActuSF : Pourquoi as-tu participé à Appel d’Air ?
Markus Leicht : Je crois qu’il est des cris nécessaires. Des moments où il est difficile, sinon impossible, de rester indifférent. Je me fais parfois l’impression d’être un ancien combattant.

Enfant j’ai connu la peur. J’habitais à Blida, non loin d’Alger. J’ai vécu les prémisses de la guerre d’Algérie. Les rues barrées. Les soldats. Les contrôles d’identités...

Plus tard j’ai participé aux évènements de mai 68. J’avais 19 ans à l’époque. C’est à ce moment là que j’ai véritablement ouvert les yeux sur le monde.

Et puis j’ai traversé les années Pompidou/Giscard. Je me souviens encore des perquisitions ainsi que des contrôles d’identités du vendredi et du samedi soir. Dans les grandes villes il était difficile d’y échapper.

Ça me foutait la trouille. Ça me rappelait trop mon enfance au début des années 50.

Tous ces évènements (ceux-ci et d’autres encore) ont laissé en moi un arrière goût de révolte.

Comités populaires de quartiers, manifestations antinucléaires, fêtes antimilitaristes... J’étais là. Je participais... Dans les années 70 tout semblait possible. Refaire le monde était à portée de main.

Et puis j’ai été happé moi aussi par le tourbillon de la vie. Boulot, écriture, voyages, rencontres...

Mais toujours, dans mes entrailles, ce besoin de dire une part de ma révolte contre une société qui laisse de moins en moins de place à l’homme, à l’humain..

Aussi, quand Sylvie Denis m’a laissé un message pour me parler d’Appel d’Air, au moment des élections, j’ai tout de suite dit oui. Je n’avais pas envie de revivre ce que j’avais connu dans les années 70. Je n’avais pas envie de voir disparaître un siècle d’acquis sociaux en quelques mois, en quelques années au mieux. Je me suis assis devant mon ordinateur et quarante minutes plus tard j’envoyais mon texte à Alain Damasio. 

ActuSF : Après cinq mois d’exercice du nouveau gouvernement, quel regard portes-tu sur votre participation à cette anthologie ?
Markus Leicht : Je crois que nous sommes entré de plein pied dans le cauchemar que nous décrivions. Au début je me disais, non, ce n’est pas possible. Suffisamment de gens lanceront des cris d’alarme. Il y aura des réactions violentes. Pas nécessairement du côté des intellectuels. De la base plutôt. Et puis finalement pas grand chose. Des grèves qu’il suffit de laisser pourrir. Quelques cris qu’on étouffe vite fait. On a l’impression que presque tout le monde s’en fout d’aller à l’abattoir.

Et pourtant sous nos pieds, sur nos têtes, tout autour de nous, tout pourrait s’embraser en quelques heures. Il ne manque plus que le détonateur.

Peut-être que des "Appel d’air" il en faudrait plein. Partout. Dans les librairies, à la télé, au cinéma... Dans les cuisines aussi. Pourquoi pas. Imaginez que votre tartine de nutella ou de confiture vous dise chaque matin un texte de Roland Wagner ou de Catherine Dufour...

Jusqu’à ce tout le monde se mette à bouger, jusqu’à ce que dans notre/nos société(s) l’humain reprenne ses droits. S’il ne doit plus rien nous rester que nous gardions au moins nos rêves.

Aller, un petit appel, avant de repartir à mes occupations :

"Hey, mister Président ! Vous devriez lire ce livre. Il ne vous en coûterait que quelques euros et peut-être découvririez-vous enfin le monde qui vous entoure, tel qu’il est, tel que vous êtes en train de le façonner. Et vous aussi vous prendriez peur."

Jean-Pierre Fontana

ActuSF :
Pourquoi as-tu participé à Appel d’Air ?
Jean-Pierre Fontana : Je suppose que ça me faisait plaisir. En fait, non, c’était bien la crainte d’un résultat qui, malheureusement, a été conforme aux prévisions. Donc, sans doute pas convaincre les autres de ne pas aller droit dans le mur - faut pas rêver - mais faire preuve de lucidité et le revendiquer. Et j’ai bien peur que les mois et années à venir nous donnent raison. D’ailleurs...

ActuSF : Après cinq mois d’exercice du nouveau gouvernement, quel regard portes-tu sur votre participation à cette anthologie ?
Jean-Pierre Fontana : Je ne regrette en rien d’y avoir participé puisque mes (nos) craintes se concrétisent :

- l’APL et l’allocation logement réduites de moitié (et personne n’en parle).

- les médias verrouillés

- les vieux qui vont devoir payer la taxe télé

- les médicaments et les hospitalisations de moins en moins remboursés (j’en sais quelque chose)

- le panier de la ménagère de plus en plus lourd ( mais pas à cause du contenu qui, lui, est de plus en plus léger)

- le prix des carburants qui grimpe sans que l’état réduise les taxes qu’il perçoit

- le climat d’insécurité grandissant (ex cheval de bataille d’un certain ministre de l’intérieur)

- le tout et le n’importe quoi comme la suppression de nombreux tribunaux de province alors que ceux des grandes villes sont saturés etc etc

Sylvie Lainé :

ActuSF :
Pourquoi as-tu participé à Appel d’Air ?
Sylvie Lainé : Parce que je me sens très concernée par la politique, qu’il y a des choses qui me révoltent, que j’ai une haute idée de l’éthique, de certaines valeurs. Parce qu’il y avait là-dedans tout un tas de chouettes copains avec qui j’avais envie de faire quelque chose de collectif. Parce que c’était un format coup de poing – dire un truc fort en quelques lignes, c’est un beau défi.

ActuSF : Après cinq mois d’exercice du nouveau gouvernement, quel regard portes-tu sur votre participation à cette anthologie ?
Sylvie Lainé : Je croyais avoir écrit quelque chose d’horrible et d’inhumain, une caricature outrancière. Chômeurs et fils ressemble de plus en plus à la réalité, elle commence à devenir insidieusement crédible. J’en ai froid dans le dos.
Un de nos amis artistes vient de mourir. Je n’étais pas une de ses proches, je ne l’avais pas revu depuis quelques années. Je pense souvent à lui, j’ai chez moi un dessin superbe qu’il m’avait offert, qu’il avait dessiné en quelques traits hardis au dos d’une affiche, un dessin drôle, inventif, plein d’espaces et de voyages. Je le revois, solide comme un grand chêne, joyeux, chaleureux et si créatif – je savais qu’il était considéré comme un maître par de nombreux artistes qui parfois avaient fait de plus belles carrières que lui. Il aimait toucher à tout, il aimait les défis, il aimait créer et inventer, il était généreux. Il ne se souciait pas de rentabilité, ni des médias, ni de se constituer un capital, il voulait juste faire de l’art, et il était doué pour cela, et si on l’avait invité à faire le pitre chez un animateur de la télévision poubelle je doute qu’il y serait allé.
Jean-Jacques Killian ne pouvait plus vivre de ses talents, ses dons et ses qualités humaines ne représentaient pas grand chose au sein de notre société, il a fini par ne plus y trouver sa place – et cela, c’est un constat bien pire que tout ce que nous avons pu écrire.
Je n’ai pas grand chose d’autre à dire.

Li-Cam :

ActuSF :
Pourquoi as-tu participé à Appel d’Air ?
Li-Cam : je crois que ma décision de participer à "Appel d’Air" est le résultat d’un électro-choc.
Je m’explique :
Je n’ai jamais vraiment été militante. Je n’ai jamais adhéré à aucun parti politique bien que j’ai toujours eu des convictions profondes et jusqu’à ces dernières présidentielles, je laissais d’autres personnes défendre des idées qui étaient également miennes. Ma plume laissait bien sûr transparaître mes réflexions sur la société et mes affections politiques, mais elles étaient diluées dans la fiction. La politique "confort" ... Un engagement qui laisse le sentiment du devoir accompli tout en évitant de s’engager vraiment dans la "lutte".
Les débats de l’entre deux tours et leur solde de péripéties et d’alliances improbables m’ont communiqué un sentiment d’incrédulité mélé d’inquiétude qui s’est conclu par un véritable choc lors du résulat des élections. (Et oui, bêtement, j’y ai cru jusqu’au dernier moment).
Consternation...
Et j’ai tout a coup réalisé à quel point mes convictions méritaient que je les montre sans fioritures, ni paravent.
Certains mots ou idées véhiculées ces derniers temps me renvoient mes origines sociales et mon passé en pleine figure .
Je pensais ne pas avoir oublié d’où je viens même si j’en suis sorti depuis longtemps.
Je me rend compte que j’avais tort.
Je suis issue du milieu ouvrier, émigrée de deuxième génération. "Mon enfance" a été semée de grosses embuches qui auraient pu déboucher sur un handicap lourd. Je dois ma vie actuelle à ma propre volonté de m’en sortir certes, mais je la dois surtout aux efforts de mes parents, à la protection sociale et à l’aide de la société.
Je me bats pour défendre ce que l’on appelait il n’y a pas si longtemps, l’ascenseur social et pour que d’autres
puissent le prendre.

ActuSF :
Après cinq mois d’exercice du nouveau gouvernement, quel regard portes-tu sur votre participation à cette anthologie ?
Li-Cam : L’intérêt d’"Appel d’Air" ne s’est pas volatilisé avec les élections, il se trouve au contraire renforcer par les discours et les décisions prises ces derniers mois - les cadeaux fiscaux faits aux grosses fortunes, la réduction des postes dans l’éducation nationale, les déremboursements médicaux, les ponts d’or fait aux socialistes pour décridibiliser l’adversaire, l’omniprésence médiatique, la démagogie sentimentalo rose bonbon, la pression sur les médias, les tests génétiques pour le "regroupement familiale" .... et .... et ....
Sans commentaire.
Je crois que cette énumération non exhaustive se suffit à elle-même.

Jean-Emmanuel Aubert :

ActuSF  :
Pourquoi as-tu participé à Appel d’Air ?
Jean-Emmanuel Aubert : J’ai participé à "Appel d’Air" pour faire un geste citoyen. J’ai toujours été voté et j’ai été vraiment consterné par
le résultat des élections. On m’a demandé si je voulais faire la couverture , j’ai tout de suite accepté. Pour moi,
c’était naturel de rejoindre ce collectif "dissident".

ActuSF :
Après cinq mois d’exercice du nouveau gouvernement, quel regard portes-tu sur votre participation à cette anthologie ?
Jean-Emmanuel Aubert : Après cinq mois, je trouve qu’"Appel d’Air" est de plus en plus d’actualité. La "politique spectacle" qu’on nous sert ces derniers temps est digne de la pire émission de télé-réalité. Allez savoir ce que cachent les paillettes ! Nous n’allons pas tarder malheureusement à le découvrir.

Charlotte Volper, Eric Holstein, Jérôme Vincent