ITW Brigade des crimes imaginaires
de Sophie Giraud et Daniel Nayeri
aux éditions
Genre : Interview

Auteurs : Sophie Giraud , Daniel Nayeri , Marie Sourd , Valérie Le Plouhinec
Date de parution : janvier 2013 Inédit
Langue d'origine : Français
Type d'ouvrage : Interview mail
Titre en vo :

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Brigade des crimes imaginaires est un recueil de quatre novellas de Daniel Nayerie. Interview groupée de l’auteur, de la traductrice, de l’illustratrice et de l’éditrice.

Questions à Daniel Nayeri, l’auteur de Brigade des crimes imaginaires
 
Actusf : Daniel Nayeri, bonjour, pourriez-vous, s’il vous plaît, nous parler de vous et de votre travail d’écrivain ?
Daniel Nayeri : Eh bien, pour faire court, ma biographie est la suivante : je suis né en Iran. Quand j’étais enfant, nous avons dû quitter notre pays et sommes devenus des réfugiés, voyageant dans plusieurs pays jusqu’à ce que l’on nous accorde l’asile aux États-Unis. J’ai toujours voulu devenir écrivain et suis parti étudier à New York. À ce moment, j’ai rencontré beaucoup d’artistes en difficulté et j’ai eu terriblement peur de ne jamais parvenir à être un auteur. Je m’identifiais à la manière dont George Orwell décrit la vie de bohème : « C’était l’époque des talents cachés et des génies obscurs. Chacun disait "Quand je serai lancé" (en français dans le texte original). Il s’avéra que personne ne fut "lancé". »
 
J’ai donc passé un certain temps à exercer les pires emplois qu’on puisse imaginer, au cas où je ne parvienne jamais à percer dans l’édition. De cette façon, je pourrais toujours subvenir à mes besoins (et, plus tard, à ceux de ma famille). Je suis devenu creuseur de fossés, ouvrier de chantier itinérant, j’ai fait toutes sortes de choses. Je suis aussi devenu chef pâtissier professionnel à cette époque, mais ça, c’était un métier très agréable.
 
Pendant tout ce temps, je revenais sans arrêt à l’édition, et suis devenu éditeur : cela fait plus de dix ans maintenant. Un jour, peut-être, je serai enfin un « écrivain » à plein temps. Pour l’instant, j’écris tous les matins avant d’aller au bureau, dans le train sur le chemin du travail, et le week-end.
 
 
Actusf : Comment êtes-vous devenu écrivain ? Quels sont les auteurs, les films (ou autres) qui vous ont inspiré ?
Daniel Nayeri : Je suis devenu écrivain quand je suis arrivé aux États-Unis. Mon anglais n’était pas très bon, et tout le monde me demandait toujours d’où je venais. Ma réponse donnait inévitablement lieu à des questions sur le fait d’être réfugié, aussi je devais raconter mon histoire. Au fil des années, j’ai réalisé que j’allais m’ennuyer en la racontant. J’en soulignais certains aspects, en omettais d’autres. En gros, je racontais la même histoire de différentes manières : parfois genre reportage sans émotion, parfois une version rapide et pleine d’action, d’autres fois encore comme s’il s’agissait d’un mélodrame. C’était fascinant pour moi de voir comment mon public réagissait à chacune de ces versions.
 
Je suis omnivore dans mes lectures, car en tant qu’éditeur, mon travail consiste à être curieux, professionnellement curieux. J’aime Marquez et Salman Rushdie, Terry Pratchett et Diana Wynne Jones, Raymond Chandler et Karen Russell. J’aime Donjon de Joann Sfar et Lewis Trondheim, Trois Ombres de Cyril Pedrosa, Yotsuba& ! de Kyohiko Azuma, CreatureTech de Doug TenNapel. Le meilleur film que j’ai jamais vu est The Fall de Tarsem Singh. J’apprécie les jeux vidéo suivants : Shadow of the Colossus, Chrono Trigger, Demon’s Souls et Journey.
 
Mais si vous me menaciez avec un couteau en me lançant : « Donne ton argent ! Et d’abord, qui est ton auteur préféré ? », je répondrais : « Italo Calvino. » Mais vous vous seriez pris à votre propre piège : j’ai plein d’auteurs préférés et n’ai jamais d’argent sur moi. 
 
 
Actusf : D’où vient cette fascination pour les contes de fées ?
Daniel Nayeri : Les contes de fées me fascinent pour de multiples raisons, mais l’une de ces raisons, c’est qu’ils interdisent. Autrement dit, ce désir de savoir « ce qui fait une belle vie – ce qui est bien et mal », les contes veulent désespérément vous dire ce que c’est. David Foster Wallace disait qu’intégré à toutes ces grandes histoires, ces aphorismes et paraboles, se cache le désir sous-jacent d’adorer quelque chose – nous dire ce qu’il faut adorer. Peu importe ce que c’est. Je pense que les contes de fées sont honnêtes dans leur quête de répondre à des questions sans réponse. J’aime leur ambition.
 
 
Actusf : Pourriez-vous présenter chacune des quatre histoires ?
Daniel Nayeri : "Brigade des crimes imaginaires" est un drame, un polar hard boiled sur des flics « très spéciaux » qui parcourent New York à la poursuite des mauvais vœux des enfants.
 
"Duel à Toy Farm" est un western sur un fermier qui cultive des jouets, et sur un éleveur qui cultive les gens. Les jouets sont pleins de vie et de vigueur, mais les gens sont des créatures sans âme. Alors l’éleveur assiège la ferme, afin de comprendre ce que l’agriculteur fait pour donner ainsi vie aux jouets. Le shérif de la ferme est un jeune épouvantail qui est pris dans cette violente querelle... c’est à lui de repousser les envahisseurs.
 
"Notre-Dame des Traîtres" est une histoire de science-fiction sur une jeune fille et un roadtrip à travers un monde où les nano-machines saturent toute l’atmosphère, créant ce que vous désirez (et pouvez vous permettre) à l’instant où vous le désirez.
 
"Coco et Cloclo" est une comédie romantique inspirée par The Princess Bride (et aussi Terry Pratchett :)), entre deux amants maudits, racontée par la Mort. En outre, il s’agit d’artistes qui n’étaient pas si importants, ou qui ont choisi des formes d’art historiquement insignifiantes. 
 
 
Actusf : Pouvez-vous expliquer pourquoi vous avez voulu mélanger les thèmes dans chacune ?
Daniel Nayeri : Pour moi, chaque histoire a ses propres thèmes : la loi contre l’anarchie, le Dieu absent face à la tragédie, l’égocentrisme effréné d’Internet, les crimes de l’esprit, la solitude, mais elles partagent aussi quelques grands thèmes. 
 
Prenons l’histoire des Trois Petits Cochons (nde : le titre original de Brigade des crimes imaginaires est Straw House, Wood House, Brick House, Blow, littéralement Maison de paille, maison de bois, maison de briques, Souffler), qui, pour moi, est une histoire difficile à analyser. Chacun des cochons construit une maison pour lui-même avant que le loup n’arrive. Mais dans de nombreuses versions de l’histoire, les matériaux pour chaque maison leur ont été donnés. Le cochon qui a construit une maison de paille n’avait aucun recours. Il a simplement eu un destin médiocre. Je vois cela comme une discussion sur « kismet », qui, en persan, signifie la destinée. Je pense que les histoires ont cette question en commun.
Mais le thème central, si je devais n’en choisir qu’un, ce serait l’idée de « l’amour en tant que cadeau en opposition à l’amour en tant que récompense. » C’est probablement au cœur de tous mes écrits.
 
 
Actusf : Pour chaque histoire, vous avez décidé d’écrire d’une manière très particulière, avec un style différent à chaque fois. Pouvez-vous nous parler du travail que représente chaque histoire, et comment se fait-il que vous vous soyez autant amusé avec tant de genres différents ?
Daniel Nayeri : Pour moi, les genres sont des langues avec leurs rythmes propres, leurs sous-entendus, leurs idiomes. Dans une certaine mesure, je voulais montrer puis jouer avec ces codes, et j’espère que le lecteur s’amusera autant que moi ! Personnellement, je suis un fan de tous ces genres, mais j’ai travaillé d’arrache-pied sur chacun d’entre pour mieux les appréhender. 
 
J’ai déjà mentionné que chaque histoire a sa propre bande-son. J’ai relu certaines de mes histoires préférées, revu des films, rejoué à des jeux vidéo, écouté des musiques pour chaque genre : Cormac McCarthy, The Book of the Dun Cow, Luc Besson, Adieu ma jolie de Raymond Chandler, Blacksad de Juan Díaz Canales, The Princess Bride et The Perfect Scene par Mercy Mercedes.
 
J’ai passé une grande partie de ma vie à apprendre les langues – le farsi, l’anglais, le français (étudié pendant 9 ans), l’italien et le latin. Lorsqu’on apprend une langue, le plus difficile, et ce qui vient en dernier, c’est l’argot de cette langue. J’étais très fier de moi, étant gamin, lorsque je comprenais quelle expression les gens venaient d’employer dans la conversation. Ces différents thèmes et genres sont devenus comme l’argot de mon métier. Lentement, lentement, j’apprenais... (en français dans le texte.) 
 
 
Actusf : Combien de temps a duré l’écriture ? 
Daniel Nayeri : Deux ans pour écrire les quatre histoires et deux ans pour corriger.
 
 
Actusf : En tant qu’écrivain, avez-vous des habitudes ? Des rituels ? Et en ce qui concerne votre écriture, avez-vous des tics ? 
Daniel Nayeri : J’ai toutes sortes de mauvaises habitudes. Par exemple, je préfère être dans un espace très bruyant, comme un café, mais seulement si j’ai mes écouteurs géants sur ma tête, comme ça, je peux en bloquer tous les bruits. J’aime avoir un défilé silencieux de gens en face de moi, mais les sons sont trop dérangeants.
 
Mon rituel le plus important, c’est que je choisis une ou deux chansons pour chaque roman que j’écris, et je les écoute en boucle sur répète tout le temps que je vous écris. Ainsi, pour "Duel à Toy Farm", j’ai écouté la chanson Society d’Eddie Vedder plus de 500 fois. Cela m’aide à retrouver le même ton, jour après jour. 
 
 
Actusf : Dites-nous où vous en êtes en ce moment ? Sur quoi travaillez-vous ?
Daniel Nayeri : Je travaille sur un roman qui se déroule sur la route de la Soie au XIe siècle, où un escroc corpulent et son jeune serviteur (un moine zoroastrien de dix ans) vont de village en village pour escroquer les habitants. Les villageois en ont marre de lui, donc chacun d’entre eux embauche un assassin pour le tuer.
 
 
Actusf : Quelque chose à dire aux lecteurs français ?
Daniel Nayeri : Pendant environ un an, j’ai travaillé à l’agence littéraire qui représente Paul Auster (aux États-Unis). J’étais en charge de la vente de ses livres sur les marchés internationaux. J’ai été étonné de voir qu’il était si populaire en France (peut-être même plus populaire qu’ici, aux États-Unis). Je me souviens m’être dit combien il devait se sentir chanceux d’avoir été adopté par les lecteurs français avec tant d’enthousiasme. Depuis lors, j’ai toujours rêvé de voir mon travail publié en France. Alors, je souhaite remercier mes futurs lecteurs français. J’espère devenir un ami de longue date.
 
 
Questions à Valérie Le Plouhinec, Traductrice
 
Actusf : Avant toute chose je tiens à vous féliciter pour le boulot fantastique que vous avez effectué : Cela ne doit pas être évident de traduire quatres novellas avec leurs particularités et leur vocabulaire propres, mais le résultat est impressionnant de clarté et extrêmement riche : Parlez-nous du boulot titanesque que cela représente.
Valérie Le Plouhinec : Merci, et contente que le résultat vous plaise !
 
Tout d’abord, il faut dire que j’ai lu ce texte en anglais avant que l’éditeur ait décidé de le publier, et que j’ai aussitôt eu envie de le traduire : pour le défi que cela représentait, bien sûr ; parce qu’il m’est rarement donné de tomber sur des textes aussi riches, foisonnants, de me trouver (surtout dans le roman américain jeunesse actuel, je dois dire) face à une langue aussi travaillée ; et, tout simplement, parce que j’ai lu les quatre novellas quasiment d’une traite, en deux jours : j’étais scotchée. J’aurais détesté que quelqu’un d’autre les traduise à ma place parce que, dès la première lecture, j’ai eu la sensation de "piger" l’auteur, de voir ce qu’il voulait dire, ce que je pourrais en faire.
 
Je pense en effet qu’il fallait là (comme pour tout texte qui a un peu de personnalité) de réelles affinités entre auteur et traducteur. Je parle bien sûr d’affinités littéraires – et, plus généralement, de références communes, de complicité dans l’humour, car je ne connais pas du tout Daniel Nayeri et je n’ai pas souhaité le contacter comme je le fais parfois avec d’autres. Je suis d’avis que la traduction est, dans le meilleur des cas, un art d’interprétation, pas si éloigné de ce que peut faire un comédien ou un musicien avec un texte ou une partition écrits par autrui. Ici, particulièrement, j’avais besoin d’avoir les coudées franches, de pouvoir me lâcher – et mettre un peu de moi-même pour mieux servir l’auteur. 
 
 
Difficile ? Oui, ça l’a été, mais les bons textes sont quand même toujours plus faciles à traduire que les mauvais. Une fois lancée, j’étais portée par l’énergie et l’inventivité de l’auteur, et c’est bien moins dur (ou en tout cas moins fastidieux) que devoir faire au mieux avec un texte poussif écrit avec les pieds.
 
Techniquement, il a fallu d’abord tout comprendre (pas toujours du premier coup !) puis parfois transposer, reconstruire totalement des jeux de mots, rendre les références aussi accessibles que possible… J’ai dû abandonner quelques astuces qui figuraient dans le texte anglais, mais pour en remettre d’autres de mon cru, du moment que je les jugeais "du même tonneau" ; je suis ravie, par exemple, d’avoir placé dans "Coco et Cloclo" les trois locutions "guili-guili", "gouzi-gouzi" et "gazou-gazou", d’autant que cela n’arrivera sûrement plus jamais dans aucune de mes traductions !
 
En même temps, le jeu était bien sûr de trouver le ton juste pour les quatre novellas ; c’est un exercice qui demande de se mettre dans un état d’esprit différent pour chaque texte. J’ai travaillé avec des images mentales, et avec mes références à moi. Par exemple, pour les répliques d’Ari le poisson rouge, c’était la tête d’Edgar J. Robinson qui me venait en tête, chapeau rond sur l’œil et cigare au coin du bec, mais curieusement c’est la voix française de Danny de Vito que j’avais à l’esprit ; en traduisant tel ou tel passage, j’ai pu avoir à l’esprit des images de Tex Avery, mais aussi la Rubrique-à-Brac ou de la série Kaamelot (même si je ne les cite pas directement) : même si D. Nayeri ne connaît pas Gotlib ni Kaamelot, je fais le pari qu’il aimerait s’il connaissait. Quant à "Notre-Dame des Traîtres", alors là… un exercice de style d’un bout à l’autre ! Sans doute le texte le plus intéressant pour qui s’intéresse à la langue, tant elle est indissociable du tissu même de l’histoire. J’ai beaucoup traîné sur des forums Internet, consulté mon fils de 17 ans… et constaté que je n’aurais pas tous les jours l’occasion de traduire les paroles d’un rap de 2067 !
 
Je pense que passer ainsi d’un registre à l’autre (communiqué officiel, journal, forum, mail…) demande surtout de la curiosité : j’écoute parler les gens dans le bus et aux terrasses des cafés, je suis du genre à lire tout ce qui me tombe sous les yeux y compris le texte des boîtes de céréales au petit déjeuner, je retiens les expressions qui me plaisent à la radio ou dans des sous-titres de séries, note celles qui me parlent, m’amusent, m’étonnent ou au contraire m’agacent… C’est un peu tout cela qui se retrouve ensuite dans des textes comme ces quatre novellas.
 
En conclusion, j’espère que cela transparaît dans ma réponse : je me suis beaucoup amusée à réaliser cette traduction car ce fut une belle occasion de jouer véritablement avec les mots, et je pense que c’est important car l’écriture même de Nayeri est extrêmement jubilatoire. On sent qu’il prend un plaisir énorme à écrire, et il fallait que ce plaisir soit communicatif ; c’était la condition sine qua non pour que l’expérience de lecture soit similaire en anglais et en français. J’espère y être arrivée, mais c’est maintenant aux lecteurs de le dire…
 
 
Questions à Marie Sourd, Conceptrice de la couverture et des illustrations
 
Actusf : Bonjour, le premier contact d’un lecteur avec un livre se fait automatiquement avec la couverture du dit livre, et là vous nous avez gâtés : Si l’artiste aime s’effacer derrière son œuvre, pouvez-vous nous parler de votre parcours et de vos autres réalisations ?
Marie Sourd : Bonjour !
Fraîchement diplômée de l’ESAG Penninghen, j’ai commencé à travailler en tant que graphiste/illustratrice indépendante avec Gérard Lo Monaco, au sein du studio Les Associés réunis, pour des clients tels que Hélium, Gallimard jeunesse, le Centre Pompidou-Metz, 10/18, EMI... Aujourd’hui, j’ai fondé mon propre studio avec Katie Fechtmann, Les Barbantes (http://cargocollective.com/lesbarbantes), studio spécialisé dans l’objet imprimé et l’édition et nous assurons notamment la direction artistique et le graphisme de toute la production des éditions Hélium. 
Ma formation de graphiste/directrice artistique enrichit mon travail d’illustratrice : je jongle toujours un peu entre les 2. La typographie occupe une place importante dans mon travail, qu’elle soit travaillée par ordinateur ou à la main. 
Pour hélium je travaille en tant que graphiste, mais j’ai aussi réalisé des couvertures de romans (Colin Fischer & La brigade des crimes imaginaires). Chez 10/18 j’ai, illustré Dessine-moi un parisien d’Olivier Magny, ainsi que plusieurs couvertures (Ann Featherstone La gigue du pendu, Ann Perry Du sang sur la soie, Brigitte Aubert Le secret de l’abbaye, etc.). 
Je suis aussi passionnée de musique et de culture underground et j’ai créé un studio de graphisme pour la musique extrême, Abrakadabra, avec Léopold Roux (http://cargocollective.com/abrakada...).
 
 
Actusf : L’œil est automatiquement attiré par cette belle couverture argentée (qui m’a fait songer inconsciemment à la collection Ailleurs & Demain) et ses très jolis symboles picturaux, chacun symbolisant une nouvelle : Pourriez-vous nous expliquer tout le travail que cela représente ?
Marie Sourd : Bien vu pour la référence, j’avais un exemplaire de Dune chez moi, et ça faisait longtemps que je voulais utiliser un vernis holographique , voilà chose faite ! 
 
Pour faire une couverture efficace, il est important de penser tous ces éléments qui la composent en cohérence les uns avec les autres : le format, le support (grammage et qualité du papier), la reliure, la technique d’impression et le graphisme, c’est un vrai travail d’équipe. Pour ce livre il y a eu un processus de création assez long : 3 directions différentes ont été développées, d’abord une couverture typographique, puis une couverture illustrée, pour finalement revenir sur l’idée d’une couverture typographique, monochrome, avec ce fameux vernis holographique. 
 
L’idée d’attribuer une illustration à chaque chapitre est arrivée en fin de course, et j’ai eu peu de temps pour les réaliser, j’ai été briefée par l’éditeur puis j’ai fait des recherches de formes et de stylisation. Habituellement, je préfère travailler au feutre ou à l’encre, mais ici les dessins devaient être traités à la manière de logotypes, c’est pourquoi j’ai choisi de travailler plus sur la forme que sur la matière, et donc, de les réaliser en vectoriel. 
 
Au final, le travail de réalisation n’est pas le plus long, c’est la conception qui demande le plus de temps : il faut s’imprégner du texte et synthétiser ses impressions pour ensuite trouver le traitement qui évoquera le plus efficacement l’identité du roman, et qui pourra toucher le public auquel il est destiné. Comme vous le dites très justement, la couverture est la première chose qui attire l’oeil, il est donc bien sûr important qu’elle soit belle, mais son but premier, c’est de guider le lecteur dans son choix, de lui donner envie d’ouvrir le livre : il y a plusieurs moyens d’y arriver, que ce soit par le graphisme, l’illustration, et/ou par des astuces de fabrication (format, jeux de découpes, de transparence, vernis, papiers spéciaux, matières...) et c’est le travail du graphiste, en dialogue avec l’éditeur, que de trouver le plus adapté au livre en question.
 
 
Actusf : Avez-vous d’autres projets en cours et à venir ?
Marie Sourd : Entre autres, je travaille en ce moment sur un catalogue pour le musée d’Orsay, Le musée d’Orsay à 360°, qui répertorie 360 œuvres phares du musée et qui paraîtra début 2013 (conception de la couverture en collaboration avec Gérard Lo Monaco), une affiche de théâtre, Bonheur & Crustacés & Autres p’tites misères de Carole Rivière et Jade Collinet (conception graphique et illustration, à l’encre) et le design d’un album pour un groupe de métal, Under the painted sky de Darkness Dynamite, qui sortira en mars 2013 (conception graphique de l’album et illustration de la couverture et de l’intérieur).
 
Pour les projets à venir, je travaille en ce moment avec Katie Fechtmann, Amélie Lebleu et Zahra Sebti, à la création d’un collectif graphique pluridisciplinaire (MAZK) et d’une série d’expositions visant à promouvoir de jeunes talents de tous les domaines (illustration, photographie, vidéo, multimédia, graphisme, peinture...), dont la première, Expo-Combo #1, a eu lieu le 4 octobre dernier au sein de notre atelier, près du canal Saint Martin. 
 
 
Questions à Sophie Giraud, Éditrice et Fondatrice des Éditions Hélium
 
Actusf : Bonjour, pourriez-vous, pour commencer, nous parler un peu de vous ?
Sophie Giraud : Je suis l’éditrice et la fondatrice des éditions hélium. J’ai eu de multiples expériences dans l’édition : de lectrice de romans adulte pendant mes études à éditrice de livres animés. Je suis très influencée par les éditeurs et artistes des années 1950 et 1970 qui ont cherché à ouvrir des nouveaux territoires aussi bien dans la forme (Delpire, Munari, Pauvert…) que dans les genres littéraires. 
 
Je suis passée par des toutes petites maisons comme des maisons de grande taille comme Albin Michel. Chez Naïve dont j’avais créé le catalogue, j’ai publié aussi bien des beaux livres, des romans, des essais, et de la jeunesse. De la création française comme des auteurs étrangers. De là me vient sans doute l’intérêt pour des livres comme celui de Daniel Nayeri, qui allient des publics et des références aussi bien jeunesse (l’univers des contes, les références à Tex Avery ou à la bande dessinée) qu’adultes (les références au cinéma, aux maîtres de la SF, etc.). 
 
 
Actusf : Comment et pourquoi avoir décidé de sortir ce recueil de novellas complètement barrées ?
Sophie Giraud : Je crois avoir répondu à cette question dans la première. Mais il y a une chose que je peux rajouter : c’est important de ne pas rentrer dans des cadres trop prédéfinis et de laisser aux artistes la possibilité de s’exprimer en brouillant les pistes et les genres. Daniel Nayeri a écrit une œuvre loufoque certes, mais totalement singulière. C’est cela qui me semble intéressant et nécessaire pour exister sur un marché du livre sur-saturé de livres souvent extrêmement plats et attendus. 
 
 
Actusf : Quelques indiscrétions à nous dévoiler sur des futurs titres d’Hélium ?
Sophie Giraud : Nous allons continuer à creuser le sillon qu’a ouvert Richard Harland (steampunk) dont nous publierons le nouveau roman l’an prochain mais aussi à créer des livres-objets qui donnent à la matérialité du livre tout son éclat. 
 
 
Actusf : Merci à Sylvie Chabroux et à Gilberte Bourget pour la traduction des Q/R de Daniel Nayeri. 

Bertrand Campeis